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Couleuvres à volonté au PQ

Vincent Marissal
La Presse

C'était à l'automne 2010, pendant un lunch avec Jean Charest. Parmi les nombreux sujets abordés, quelque part entre la soupe et le filet de saumon trop cuit d'un club privé du centre-ville, le lock-out au Journal de Montréal, qui s'éternisait depuis près de deux ans.

L'ancien premier ministre, comme tous les élus québécois à l'époque, était navré de cette situation, mais il ne pouvait que constater son impuissance devant la machine Québecor et son patron, Pierre Karl Péladeau.

En entendant ces jours-ci PKP et ses partisans affirmer que celui-ci ne se mêle pas du contenu éditorial de ses médias, je me suis souvenu des «CP» dont m'avait parlé Jean Charest.

«CP» pour «commande du patron». C'est ainsi qu'on appelait, au bureau du premier ministre, certains reportages publiés sur les différentes plateformes de Québecor à la demande express du boss.

Paranoïa ou réalité, Jean Charest et son entourage étaient persuadés que PKP en menait très large dans la couverture des affaires politiques, imposant à l'occasion ses marottes à ses subalternes.

Comme l'a expliqué mon collègue Denis Lessard, hier, dans une analyse touffue des liens entre PQ et PKP, nous sommes nombreux, dans le petit milieu journalistique québécois, à avoir entendu des collègues de Québecor parler de l'ombre pesante du proprio. Le magazine MacLean's abordait aussi cet aspect (et bien d'autres) dans un long article intitulé «Pierre Karl Péladeau: King of Québec», publié en septembre.

Que PKP veille à ses intérêts et se passionne de couvertures médiatiques, c'est légitime, mais il existe bel et bien un risque de proximité malsaine entre lui et son empire s'il devient ministre. Et pas seulement pour des suggestions d'angle de reportage...

Ceux qui, comme Michel Nadeau, utilisent l'expérience de Paul Martin (patron de la société maritime CSL et ex-ministre et premier ministre au fédéral) pour vanter l'étanchéité des fiducies sans droit de regard devraient relire les faits. La manoeuvre n'avait pas prémuni Paul Martin de toute apparence de conflits d'intérêts, loin de là, et son entreprise couvrait beaucoup moins large que Québecor.

L'arrivée de PKP au sein du PQ est certainement un gros coup de Pauline Marois, mais l'entrée en scène du commissaire à l'éthique est embêtante pour un parti qui a pris le pouvoir en promettant de laver plus blanc que blanc.

La candidature de PKP a aussi forcé, depuis dimanche, certains candidats péquistes à ravaler leurs paroles et même à avaler des couleuvres.

Dans Trois-Rivières, l'ex-journaliste de TVA Alexis Deschênes, qui a quitté Québecor en critiquant le contrôle de l'information, n'a eu hier que de bons mots pour son ancien patron.

Accueil chaleureux aussi de la part du député sortant de Borduas, Pierre Duchesne, qui s'est battu contre Québecor lorsqu'il était président de la Tribune de presse à Québec (pour empêcher les journalistes de remplacement de couvrir l'Assemblée nationale pendant le lock-out). M. Duchesne avait même insisté auprès du gouvernement Charest pour qu'il condamne publiquement Québecor.

Dominique Payette, candidate dans Charlesbourg, ex-journaliste, prof dans ce domaine à l'Université Laval et auteure d'un rapport sur les médias québécois en 2011 à la demande du gouvernement libéral, a défendu les pratiques de Québecor en disant que tous les médias traversent une période difficile. Elle n'est pas revenue, toutefois, sur l'éthique journalistique, elle qui dénonçait il y a quelques mois à peine le fait que Québecor s'était volontairement soustrait au code de déontologie du Conseil de presse.

Tout cela, après tout, n'intéresse peut-être que les journalistes et ne nuira pas à la candidature de PKP ni a son aura auprès de certains électeurs, mais il est toujours affligeant de voir jusqu'où peuvent aller certains pour ne pas briser la ligne de parti. Ou pour ne pas déplaire au candidat-vedette qui pourrait fort bien devenir leur chef un jour ou l'autre.

Marc Laviolette et Claudette Carbonneau, par exemple, deux anciens présidents de la CSN, qui ont vanté les qualités de M. Péladeau, le patron qui a mis leurs membres en lock-out (puis, à pied, à Montréal) au Journal de Québec et au Journal de Montréal.

La couleuvre est décidément un mets à la mode en cette période électorale, dans plusieurs domaines. Et pas qu'au PQ.

Bien sûr, on a vu la semaine dernière Martine Desjardins patiner pour éviter de condamner l'indexation des droits de scolarité contre laquelle elle s'est battue il y a tout juste un an.

Avant Mme Desjardins, on a aussi assisté à la conversion de Daniel Breton en faveur du pétrole d'Anticosti, lui qui traitait de dinosaures ceux qui, comme Lucien Bouchard, militent pour l'exploitation des énergies fossiles et qui préfèrent creuser le sol plutôt que de se creuser la tête.

Les libéraux ne sont pas en reste.

L'arrivée spectaculaire de Gaétan Barrette dans La Pinière a obligé le chef Philippe Couillard et le député sortant Yves Bolduc, deux anciens ministres de la Santé, à marcher sur leur orgueil pour vanter celui qui leur a tenu tête pendant des années, les ridiculisant parfois et accusant au passage leur parti d'être à la solde des lobbys.




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