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Une décennie de misère, c'est long

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin... (Photo Graham Hughes, PC)

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Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau

Photo Graham Hughes, PC

VINCENT MARISSAL
La Presse

Après toutes ces années à traîner les week-ends dans les corridors des congrès politiques, je suis toujours étonné d'entendre des stratèges promettre, des jours à l'avance, un « discours majeur » ou un « discours de substance » de leur chef.

Cela produit immanquablement le même résultat : les attentes gonflent, gonflent et gonflent, puis, finalement, tout le monde reste sur sa faim, le fameux discours n'étant évidemment pas à la hauteur des promesses.Cette stratégie de survente est inutile. On sait reconnaître un grand discours quand on en entend un ! Avant son fameux « Race Speech » (discours sur les différences raciales), à Philadelphie en 2008, Barack Obama n'a pas eu besoin de crier préventivement sur tous les toits qu'il allait dire quelque chose d'important !

C'est pourtant cette bonne vieille erreur qu'a commise l'équipe de Justin Trudeau, ces derniers jours, en nous faisant miroiter un grand discours de substance, notamment sur l'économie et la croissance.

Pas que le discours du chef libéral devant environ 3000 militants réunis au Palais des congrès de Montréal fût mauvais.

Au contraire, ce congrès aura permis de constater que le jeune homme a gagné en assurance depuis qu'il a été élu chef du PLC, il y a près d'un an.

Visiblement, les habits de chef ne lui pèsent plus autant sur les épaules. Un peu « flat »

(et, curieusement, aucune référence aux performances canadiennes à Sotchi, un catalyseur puissant dans une salle comme celle-là), mais la « livraison » est de loin meilleure qu'il y a un an.

Il est plus à l'aise en anglais qu'en français, dont il n'abuse pas d'ailleurs, et il « connecte » avec la salle.

Mais pourquoi alors se priver de faire lever la foule ? Pourquoi ne pas pousser un peu l'enthousiasmomètre dans ce parti qui sort d'une longue période de déprime ? C'eût été facile, pourtant. C'est la bonne nouvelle pour les libéraux : 10 ans après le scandale des commandites, décennie au cours de laquelle ils ont connu échec sur échec avec trois chefs différents, les voilà maintenant en confiance.

De toute évidence, Justin Trudeau veut jouer la carte du premier ministre en attente et ne plus se faire reprocher de tomber dans le lyrisme.

Pour la « substance », par contre, il faudra attendre. Pas étonnant, remarquez. Aucun chef de parti ne veut télégraphier à ses adversaires les grandes mesures de son programme électoral 18 mois avant le prochain scrutin. Pour le moment, le chef libéral se contente de rassembler son monde et de critiquer le gouvernement Harper.

Dans l'immédiat, Justin Trudeau doit relever des défis plus urgents : reconstruire son parti (ce qui se fait lentement au Québec après 10 ans de marasme, à en juger par une présence modeste de Québécois à son congrès pourtant tenu à Montréal) et démontrer qu'il a l'étoffe d'un premier ministre.

Le discours d'hier ne passera pas à l'histoire pour sa substance et les militants auraient certainement aimé manifester davantage leur enthousiasme envers leur jeune leader, mais pour la première fois depuis longtemps, ils ne sont pas sortis de la grande salle de leur congrès dubitatifs quant à la capacité de leur chef de survivre à une campagne électorale.

Les libéraux étant des libéraux, il importe aussi pour leur chef de leur rappeler que l'époque des grandes dépenses tous azimuts est derrière nous. Fini les Livres rouges dans lesquels le PLC promettait des programmes nationaux à coups de centaines de millions.

Justin Trudeau a voulu passer le message à ses militants, tout en cherchant à contrer les attaques des conservateurs. Un gouvernement Trudeau ne hausserait pas les impôts, a-t-il répété avec insistance.

Dans les corridors du Palais des congrès, on rencontrait pratiquement à chaque pas des militants qui veulent être candidats aux prochaines élections, y compris de nombreux Québécois. Ça aussi, c'est une nouveauté pour le PLC.

En général, l'état d'esprit des militants est bon, mais pas triomphaliste. Les organisateurs terrain se montrent prudents et reconnaissent que la donne électorale a changé au Québec.

L'adversaire traditionnel (le Bloc) a été pratiquement mis hors course la dernière fois et les députés néo-démocrates, presque tous des inconnus lors des élections de mai 2011, sont aujourd'hui bien présents dans leur circonscription.

Ailleurs au pays aussi, les choses vont mieux pour les libéraux, qui misent clairement sur l'usure du temps sur le gouvernement Harper pour ramener les électeurs perdus.

Après une décennie de misère, les libéraux constatent que leur parti est de nouveau compétitif, et pour eux, c'est déjà beaucoup.

C'est long, 10 ans, surtout pour des gens qui en étaient arrivés à se convaincre qu'ils étaient membres du natural governing party (parti naturel au pouvoir).




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