Politique: faire parler les morts

René Lévesque... (Bernard Brault, Archives La Presse)

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René Lévesque

Bernard Brault, Archives La Presse

Vincent Marissal
La Presse

Peut-être est-ce à cause de novembre, mais les morts prennent beaucoup de place ces temps-ci dans l'actualité politique.

Depuis quelques semaines déjà, les péquistes aiment bien rappeler la mémoire de René Lévesque pour défendre leur projet de charte de la laïcité, faisant référence à l'adoption de la loi 101. Au passage, ils n'insistent pas trop sur les réticences de leur chef-fondateur et de ses luttes contre les radicaux de son parti, à l'époque, mais l'évocation du souvenir de M. Lévesque fait toujours son effet.

C'est ce qu'il y a de pratique avec les morts: on peut leur faire dire plein de choses sans risquer de se faire contredire.

Dans une sortie pour le moins étonnante, les ministres Jean-François Lisée et Bernard Drainville ont même puisé dans les livres d'histoire de nos voisins du Sud pour arracher un appui posthume de Thomas Jefferson à leur projet de charte.

En fait, a précisé M. Lisée après avoir été critiqué pour cette sortie, on ne peut être certain, aujourd'hui, de ce que Jefferson aurait dit de la Charte... En effet,

il est difficile de demander à quelqu'un mort depuis 187 ans de préciser sa pensée sur un sujet en particulier, mais disons que le très riche héritage intellectuel et politique laissé par cet ancien président ne laisse pas beaucoup de doutes sur son attachement envers les libertés individuelles, notamment religieuses.

(Voici, parmi des centaines de citations de Jefferson, deux passages sur le sujet:

«I am for freedom of religion,&against all maneuvers to bring about a legal ascendancy of one sect over another.»

«I never will, by any word or act, bow to the shrine of intolerance, or admit a right of inquiry into the religious opinions of others.»

Vous me direz que moi aussi je fais parler un mort, mais ça, au moins, on est sûr qu'il l'a bel et bien dit!

Jack Layton... - image 2.0

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Jack Layton

Un autre mort, plus récent celui-là, fait ces jours-ci un retour spectaculaire dans l'actualité politique canadienne: l'icône néo-démocrate Jack Layton. Le plus cocasse, c'est que le souvenir de l'ancien chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) refait surface à cause d'une déclaration du chef libéral, Justin Trudeau.

Lundi soir, après la victoire de son parti dans deux élections partielles, Bourassa et Toronto-Centre, M. Trudeau a critiqué le ton négatif du NPD, affirmant que ce parti n'incarne plus l'espoir dont parlait Jack Layton sur son lit de mort.

Oh là là, oser s'approprier les paroles de Jack! Crime de lèse-majesté aux yeux des néo-démocrates, qui vouent un culte à leur défunt chef (et ont une animosité tout aussi ardente envers Justin Trudeau!).

Réaction immédiate de Thomas Mulcair, qui voit dans cette récupération des mots de Jack Layton un signe de manque de jugement du jeune leader libéral.

La veuve de M. Layton, Olivia Chow, qui est aussi députée néo-démocrate à Toronto, s'est elle aussi offusquée des déclarations de Justin Trudeau, selon qui «le parti de l'espoir de Jack Layton est devenu le parti négatif et le parti de la division de Thomas Mulcair».

Un ancien proche conseiller de M. Layton, Brad Lavigne, a répliqué dans une lettre ouverte, hier dans The Globe and Mail, y allant de plusieurs allusions sur le manque de profondeur du chef libéral ainsi que sur les nominations au Sénat des libéraux.

M. Lavigne ajoute (en anglais): «I knew Jack Layton. Jack Layton was a friend of mine. And you sir, are no Jack Layton.»

Brad Lavigne reprend ainsi la célèbre réplique du candidat démocrate à la vice-présidence des États-Unis, Lloyd Bentsen, qui avait asséné cette cinglante réplique en débat à son adversaire républicain, Dan Quayle, qui avait dit que John F. Kennedy était, comme lui, plutôt jeune lorsqu'il avait été élu: 

«I served with Jack Kennedy. I knew Jack Kennedy. Jack Kennedy was a friend of mine. Senator, you're no Jack Kennedy.» Ouch!

Pas de doute, le ton entre libéraux et néo-démocrates est donné pour la prochaine campagne et l'idée d'un rapprochement entre les deux partis, qui ne comptait déjà pas beaucoup d'adeptes aussi bien chez les rouges que chez les orange, semble enterrée pour de bon.

Visiblement, Thomas Mulcair est frustré et cela peut se comprendre. Le chef du NPD a connu un automne exceptionnel aux Communes, mettant Stephen Harper au pied du mur avec ses questions sur les scandales au Sénat, mais cela tarde à se concrétiser en dividendes électoraux.

Les néo-démocrates, par ailleurs, accusent les libéraux d'alimenter, dans le Canada anglais, l'idée que le NPD de Thomas Mulcair est proche des souverainistes québécois et qu'il compte même, au sein de son caucus, des militants indépendantistes.

Ces querelles entre le NPD et le PLC ne déplaisent certainement pas à Stephen Harper, qui, même s'il perd des plumes, profite de la division du vote centre gauche, comme ce fut le cas lundi soir à Brandon-Souris (Manitoba).

Le chef conservateur a eu chaud, mais si ces partielles sont une répétition pour la prochaine campagne, il ne se plaindra certainement pas de voir libéraux et néo-démocrates s'entredéchirer.

Pour le moment, les libéraux font le pari que la vague «Justin» les portera jusqu'aux prochaines élections. Les néo-démocrates, eux, s'encouragent en se répétant que le chef libéral finira par se planter.

Entre les deux, Stephen Harper croit pouvoir se faufiler.




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