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Valeurs québécoises: le choix de la division

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Vous avez probablement remarqué, la semaine dernière, que le gouvernement Marois a souligné son premier anniversaire au pouvoir.

Ce n'est toutefois pas dans La Presse que vous aurez lu la classique interview-bilan avec la première ministre, qui a donné des entrevues presque partout, mais pas à votre quotidien préféré.

Les lecteurs de La Presse n'existent apparemment pas aux yeux de Pauline Marois. Ils ne méritent pas son attention et ses explications. Ils sont les victimes collatérales des mesures de représailles de la première ministre envers un média qui s'est montré très critique de ses actions, en particulier envers ses projets de Charte des «valeurs québécoises».

Exactement le genre de reproche qu'on fait à Stephen Harper qui, comme Pauline Marois, cherche des enjeux électoraux délicats pour diviser l'électorat et boude ensuite les médias trop critiques.

On peut fort bien comprendre que le pouvoir préfère donner des entrevues complaisantes en terrain ami, mais le vrai courage, surtout lorsqu'on propose de jouer avec des matières explosives comme l'identité et les droits fondamentaux, c'est de débattre avec les sceptiques.

Dans une entrevue au Devoir, publiée vendredi dernier, Pauline Marois s'est «lâchée lousse», y allant de déclarations à l'emporte-pièce, du genre: «En Angleterre, ils se tapent sur la gueule et s'envoient des bombes parce que c'est le multiculturalisme et qu'il n'y a plus personne qui se retrouve dans cette société-là.»

Difficile d'accuser les autres de faire du «Québec bashing» quand la première ministre se permet de telles envolées sur un pays étranger.

Faut-il rappeler à Mme Marois que les bombes dans les bus et le métro de Londres ont été posées par Al-Qaïda en guise de mesures de représailles contre une puissance impliquée dans la lutte au terrorisme? Le multiculturalisme n'a rien à voir là-dedans, pas plus que le melting pot américain n'est la cause des attentats du 11-Septembre.

Dans cette entrevue, Mme Marois dit aussi que l'État «peut aider cette personne-là [une femme qui porte le hijab] sûrement à cheminer et à accepter de vivre avec les règles que la société se donne». "Cheminer", comme si cette personne était déviante et qu'elle devait être rééduquée, amenée, par force de loi s'il le faut, dans le droit chemin. Beurk...

Le rôle de l'État n'est-il pas d'accompagner les immigrants à se faire une place dans la société et sur le marché du travail, les femmes en particulier, plutôt que de les culpabiliser parce qu'ils n'ont pas les mêmes "valeurs" que la majorité?

Et la responsabilité de l'État, avant de se lancer dans un tel chantier, n'est-elle pas de faire la démonstration qu'une action gouvernementale est nécessaire?

Pourquoi faut-il légiférer? A-t-on dressé un portrait, un état des lieux? A-t-on des études, des faits, enfin, autre chose que les appréhensions de certains et des anecdotes déformées de cabane à sucre ou de YMCA? Autre chose qu'un sondage favorable produit dans les jours suivant le lancement d'un ballon d'essai politique? Non seulement le projet du gouvernement sent la stratégie partisane à plein nez, mais encore il ne s'appuie sur aucune étude, aucun rapport. Vous trouvez normal qu'on passe plus de temps à étudier les impacts d'un changement d'heures d'ouverture des bars que les enjeux touchant les droits fondamentaux?

Le chef libéral, Philippe Couillard, qui doit manoeuvrer pour ne pas se faire larguer dans ce débat, insiste pour dire que l'État doit être neutre. Soit. Mais l'État n'est-il pas neutre? Le principe de la séparation de l'État et de la religion est solidement implanté au Québec depuis près de 50 ans, non? On peut bien ajouter des bretelles à la ceinture si ça peut rassurer certains, mais existe-t-il un seul cas où la foi d'un employé de l'État, d'un décideur ou du gouvernement ait dicté une décision de l'État?

On parle souvent, par exemple, des juges, des procureurs de l'État et des policiers. Débat oiseux. Avez-vous déjà vu un juge avec une kippa? Un flic avec un crucifix pendant sur son uniforme?

Les juges et les procureurs, peu importe leur confession, suivent un code très strict visant à maintenir le décorum des tribunaux. Quant aux policiers, ils ne peuvent, pour des raisons de sécurité, déroger à l'uniforme prescrit. (La cravate, par exemple, est attachée à l'arrière par du velcro parce qu'un noeud serait évidemment dangereux en cas d'étranglement.)

Le chef libéral n'a pas le choix: il doit dire quelque chose sur le sujet de l'heure, savamment ramené sur le terrain par le gouvernement Marois. Les libéraux seraient toutefois plus crédibles s'ils avaient fait adopter, lorsqu'ils étaient au pouvoir, leur défunt projet de loi exigeant que les services publics soient donnés à visage découvert. Et s'ils avaient donné suite à la création d'un Bureau des accommodements raisonnables, genre de centre de référence pour les institutions publiques, qui réclament des balises, des guides, de la jurisprudence.

Quant au gouvernement, son plan fonctionne à merveille pour le moment: relancer un débat avec des propositions controversées; les adoucir par la suite au gré des réactions pour avoir l'air modéré, tout en accusant les libéraux d'être mous.

Tiens, ça aussi, ça rappelle la méthode Harper...




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