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Et maintenant, les Harper macoutes

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Dans une récente envolée dont il a parfois le secret, le ministre Bernard Drainville a affirmé que la réforme de l'assurance-emploi entreprise par le gouvernement Harper est, dans les faits, un «complot» contre les régions du Québec, menacées de disparition.

Plus on en apprend sur cette réforme, plus on réalise qu'elle représente plutôt un complot contre la décence... et contre les régions qui ne votent pas conservateur.

Récemment, des notes internes à Développement des Ressources humaines (drôle de nom de ministère, tout de même, vu les circonstances) nous apprenaient que les fonctionnaires doivent remplir des quotas, c'est-à-dire priver un certain nombre de demandeurs de prestations d'assurance-emploi.

Rebelote, cette semaine, on apprend que le ministère envoie maintenant des inspecteurs à l'improviste chez les prestataires pour leur remettre des documents et les convoquer à des rencontres.

Au fil des dernières décennies, les gouvernements successifs ont entrepris plusieurs réformes de l'assurance-emploi et ont maintes fois serré la vis aux prestataires, mais jamais était-on allé aussi loin que d'organiser des parties de pêches aux présumés fraudeurs jusque dans leur cuisine.

Complot contre la décence. Et contre la dignité, puisqu'on laisse entendre que les 1200 chômeurs sur la liste des visites aléatoires sont peut-être des fraudeurs. C'est le premier ministre Harper lui-même qui le dit, justifiant cette pratique par les nombreuses fraudes qui grèvent le régime.

On n'envoie pas des agents pour aider les chômeurs à se trouver un emploi ou pour s'assurer qu'ils remplissent correctement la paperasse, mais pour débusquer les fraudeurs. C'est du profilage social, rien de moins.

Ces politiques (quotas et visites) s'inscrivent dans une réforme contestée, qui forcera les chômeurs fréquents (lire: saisonniers, principalement) à accepter un emploi jusqu'à 100 km de leur résidence, et ce, pour un salaire jusqu'à 30% moins élevé que leur précédent emploi.

Avez-vous déjà conduit, l'hiver, en Gaspésie, dans Charlevoix et dans certains coins du Nouveau-Brunswick où il y a plus d'orignaux au kilomètre carré que d'êtres humains? Moi si, ce pourquoi je sais que la perspective de devoir faire 150, 180, voire 200 km aller-retour, soir et matin, pour un job 30% moins payant que le job d'avant est un ticket aller simple vers l'aide sociale pour de nombreux chômeurs. Le gouvernement Harper aussi le sait.

Toute comparaison avec les déplacements des banlieusards qui roulent soir et matin pour entrer et sortir de Montréal ne tient pas la route, n'en déplaise aux partisans de la réforme Harper. Les banlieusards font le choix de vivre loin de leur emploi alors que de nombreux chômeurs en région choisissent de rester dans leur patelin, où ils ne peuvent trouver un emploi à l'année. Le premier modèle favorise l'étalement urbain; le second prône la survie des régions éloignées.

Comme si cette réforme n'était pas assez contraignante, voilà qu'on envoie des Harper macoutes dans les chaumières. Et la prochaine étape? Enverra-t-on un bus jaune et un shérif sur les routes de la Baie-des-Chaleurs pour cueillir les chômeurs et les conduire de force vers la shop ou le champ le plus près, à 80 km?

Les raisons pour lesquelles M. Harper lance cette réforme (dont il n'avait pas jugé bon de parler dans la dernière campagne) sont évidentes: flatter son image de bon gestionnaire en frappant les fraudeurs (et tant pis pour les préjugés) sans risquer de perdre des plumes, puisque les nouvelles mesures touchent principalement des régions où il n'a aucun député. C'est gagnant-gagnant.

Mais ceci est plus qu'une réforme. Plus qu'une manoeuvre politique. C'est une vision du pays, sauce Harper. Les régions sont comme la culture, comme les entreprises, comme l'immigration, comme la recherche: si ça paye pas, on ne finance pas. Il n'y a pas de job à l'année dans votre coin de pays? Déménagez! Au diable les pêches, vive le pétrole! Le retour du Far West: Go west, young man!

Tant pis pour les communautés locales, tant pis pour leur culture, pour leur patrimoine, pour leurs industries. Tant pis pour l'occupation du territoire.

Déjà que les grandes villes exercent un attrait économique connu et documenté qui draine les régions, maintenant, celle réforme ne fera qu'accentuer l'exode. Et puis, si les chômeurs exclus décident de rester chez eux, ce sont les provinces qui casqueront.

Très bien, disent les défenseurs de la réforme, puisque l'assurance-emploi est devenue une forme de subvention à certaines industries régionales et saisonnières.

Et l'industrie pétrolière, elle n'est pas subventionnée?

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca




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