La valse du gel

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(Drummondville) Les grands rassemblements du Parti québécois sont rarement ennuyants et le conseil national de la fin de semaine, à Drummondville, n'aura pas fait exception. Pas sûr, toutefois, que cette rencontre aura permis au gouvernement Marois de dissiper cette impression qu'il navigue à vue dans la purée de pois en vue du Sommet sur l'éducation supérieure, prévu à la fin du mois.

En fait, les longues délibérations des délégués, en particulier ceux de l'aile jeunesse du PQ, et les explications floues de Pauline Marois et de son ministre de l'Éducation supérieure, Pierre Duchesne, auront surtout contribué à entretenir la confusion.

Ce qui s'est passé cette fin de semaine est un exemple classique du difficile passage de l'opposition (où le PQ était confiné depuis près des 10 ans) au pouvoir. Dans l'opposition, on s'oppose, c'est bien connu. On défend, sans trop de nuances, des positions comme le gel des droits de scolarité, ce que préconisaient les jeunes du PQ jusqu'à hier matin.

Après «discussion» avec le ministre Duchesne, les jeunes ont modifié leur proposition, demandant au PQ de «défendre un gel ferme» pour «gel» tout court ou (et c'est là le noeud de l'affaire) «toute autre position permettant de diminuer l'endettement étudiant et de maintenir l'accessibilité aux études supérieures».

À première vue, il pourrait s'agir d'une porte de sortie pour le gouvernement, mais cette porte conduit en fait à un labyrinthe dans lequel délégués, ministre et première ministre se sont perdus hier.

Pour Frédéric Saint-Jean, président des jeunes péquistes, cette proposition adoptée par le Conseil national signifie «soit un gel, soit une diminution de la facture étudiante», rien en bas de cela. Soyez assuré que les leaders étudiants ont noté cette phrase pour usage ultérieur...

Pierre Duchesne a insisté, quant à lui, sur l'importance de diminuer l'endettement étudiant, un mot qu'il a répété à maintes reprises, comme pour masquer «indexation».

Pauline Marois, elle, a tenté de boucler la boucle en disant qu'«une indexation, c'est un gel» puisque les droits ne font que suivre le coût de la vie. Pour le reste, on pourrait soulager les étudiants en réduisant les frais afférents, avance Mme Marois.

Pas un mot, dans tous ces débats, sur le financement des universités, un aspect complètement évacué au PQ. Les recteurs, qui n'étaient déjà pas de bonne humeur (et en mauvais termes avec le ministre Duchesne), ne retrouveront pas le sourire après ce conseil national.

Les leaders étudiants, par contre, ont de quoi se réjouir. Ils ont déjà obtenu l'annulation de la hausse du gouvernement Charest et conservé les améliorations au régime des prêts et bourses. Le pire qu'il puisse maintenant leur arriver, c'est une indexation, compensée par une diminution des frais afférents et, qui sait, d'autres mesures. C'est à cela que vient de s'engager le parti au pouvoir en votant une proposition en conseil national. Une proposition appuyée par la première ministre.

Au gouvernement, on admet que les leaders étudiants sont gourmands et qu'ils sont grisés par les événements de la dernière année. On croit aussi, au PQ, que les étudiants préfèrent négocier avec un gouvernement péquiste qu'avec les libéraux ou les caquistes. Remarquez, il est facile de «négocier» quand on ne peut que faire des gains.

Il faut admettre que dans les circonstances, Pierre Duchesne, politicien néophyte responsable de la plus grosse patate chaude au Québec, fait preuve d'un calme remarquable. Même son sens de l'humour est resté intact.

Sa patronne, elle, semblait plutôt détachée. Pas un mot sur les universités dans son discours de clôture, hier. Mme Marois a parlé de souveraineté. Beaucoup, même si elle a admis en point de presse que les Québécois manquent d'intérêt envers la souveraineté!

Pauline Marois veut redonner confiance aux Québécois, d'abord pour obtenir un gouvernement majoritaire, puis, dès que possible, tenir un nouveau référendum.

Les militants ont beaucoup aimé. Ils devaient toutefois se demander si le bricolage en catastrophe de positions politiques, les soirs de fins de semaine de conseil national, dans un motel de Drummondville, sont de nature à redonner confiance aux Québécois.

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