Un oeil au beurre noir pour le PLQ

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Philippe Couillard a bien fait rire les militants libéraux réunis hier à Gatineau pour le quatrième débat des aspirants chefs du Parti libéral du Québec (PLQ) lorsqu'il a dit apprécier la «branche d'olivier» tendue par Raymond Bachand. Il faut dire que ce dernier lui a asséné tout un coup de «deux par quatre» la veille, lors du débat en anglais.

Les candidats à la succession de Jean Charest ont débattu pendant trois heures en fin de semaine, en français et en anglais, sur une foule de sujets, comme la santé, l'intégrité, le fédéralisme ou l'avenir de leur parti, mais c'est sans aucun doute cette toute petite phrase de Raymond Bachand qu'on retiendra: «Pendant qu'on combattait la corruption et l'évasion fiscale, qu'est-ce que tu faisais? Tu t'associais à Arthur Porter!»

Voilà le genre d'attaque frontale qui laisse des traces entre collègues et dans un parti. On voit mal comment M. Couillard, s'il devient chef du PLQ, pourra avoir confiance en M. Bachand et croire en sa loyauté.

Fidèle à lui-même, M. Couillard a encaissé sans broncher, affirmant vouloir éviter les attaques personnelles, mais la théorie d'une possible alliance Bachand-Moreau a gagné des adeptes en fin de semaine.

Il faut croire que Philippe Couillard est vraiment en avance pour s'attirer de tels missiles dans une course qui a été, à ce jour, plutôt calme.

Bien sûr, les adversaires de M. Couillard lui reprochent d'avoir quitté le bateau juste avant la tempête. Mais il ne faut pas oublier, non plus, que l'ancien ministre de la Santé a indisposé bien de ses collègues, dont le député d'Outremont, en tenant tête à Jean Charest dans la décision de construire le CHUM au centre-ville plutôt qu'à Outremont. Les vieilles rancoeurs s'effacent rarement.

Par ailleurs, M. Bachand ne s'est pas particulièrement illustré au cours des deux précédents débats et il doit sentir le besoin de frapper plus fort. Ces débats, quoique pas inintéressants, ne soulèvent pas les passions, et la meilleure façon pour un candidat de faire parler de soi, c'est de se faufiler jusqu'aux bulletins d'information avec une déclaration fracassante. Si c'est que cherchait Raymond Bachand, mission accomplie.

Cette stratégie, toutefois, n'est pas sans risque. C'est Philippe Couillard qui a pris le coup de poing, mais c'est le PLQ qui a un oeil au beurre noir ce matin. Les autres partis seront bien trop heureux, si Philippe Couillard devient chef du PLQ, de rappeler cette phrase assassine de son collègue.

Les adversaires du Parti libéral auront trouvé dans ces débats une autre raison de se frotter les mains. MM. Bachand, Couillard et Moreau ont, en effet, passé une partie de l'après-midi d'hier à répéter à quel point leur gouvernement a échoué dans ce qui était pourtant la priorité absolue de leur ancien chef, la santé.

Il faut saluer la franchise des trois anciens ministres, qui ont admis que le système de santé ne fonctionne pas (que les urgences débordent, que les Québécois n'ont pas de médecin de famille, etc.), et souligner leur prudence à ne pas promettre, cette fois, de remède universel aux maux de la santé. Mais ils dressent un constat d'échec lamentable sur les politiques de l'ère Charest.

Du bonbon pour les autres partis, qui auront beau jeu de dire qu'on ne peut pas croire les solutions et les engagements de gens qui avouent eux-mêmes avoir échoué à leur mission première, après presque 10 ans au pouvoir. Il sera difficile, après ça, pour les libéraux de se lever à l'Assemblée nationale pour critiquer les orientations du gouvernement Marois.

On a constaté, en outre, que même après avoir passé une décennie au pouvoir, les anciens ministres libéraux n'ont pas de solutions concrètes à mettre de l'avant. Beaucoup de généralités, du genre: mettre les soins aux patients en priorité, mieux dépenser là où il le faut, réorganiser, faire des choix...

Philippe Couillard, c'est naturel, connaît le réseau mieux que ses rivaux, mais je le soupçonne de ne pas dire le fond de sa pensée pour ne pas effrayer les militants libéraux (et les Québécois en général). Depuis qu'il a quitté la politique, M. Couillard s'est avancé en public et en privé sur des changements majeurs dans le système de santé. Il a notamment dit que le ministre ne devrait plus être responsable de la gestion quotidienne de tous les problèmes du réseau.

Pierre Moreau, quant à lui, affirme qu'il faudra faire des choix pour stopper l'augmentation incessante du budget de la santé. Mais au-delà des slogans («Bientôt, la santé coûtera 100 millions par jour!), il est très vague sur ses projets.

Le PLQ, un goulag?

Les trois rivaux dans cette course à la direction s'entendent sur un autre constat affligeant: sous le règne de Jean Charest, leur parti était devenu un goulag intellectuel où les débats hors des limites permises étaient proscrits.

Ils sont revenus, notamment, sur ce conseil général de 2010 au cours duquel un malheureux militant avait tenté, en vain, de lancer un débat sur la pertinence de créer une commission d'enquête sur l'industrie de la construction.

Philippe Couillard a pris soin de préciser qu'il n'était plus là à cette époque, et MM. Moreau et Bachand ont convenu que ce n'était pas le meilleur moment du PLQ.

Pourtant, tous les ministres, les députés et l'establishment du PLQ défendaient avec vigueur le refus de Jean Charest de lancer une telle commission, ou même d'en discuter.

Comment croire, s'ils devaient reprendre le pouvoir, qu'ils deviendraient des chantres de la transparence et des débats démocratiques au sein de leur parti?

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal @lapresse.ca

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