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Qu'est-ce qui fait courir JMA?

Vincent Marissal
La Presse

Lorsque j'ai lu la résolution de 2013 de Jean-Martin Aussant (JMA), j'ai conclu, en ondes et par écrit, que son Option nationale (ON) ne passerait vraisemblablement pas l'année.

J'ai peut-être trop d'imagination, mais je me suis dit que ceci: «Avoir la sagesse de choisir les projets les plus importants parmi tous ceux auxquels on tient» annonçait cela: la fin prochaine d'ON, d'autant plus que la première version de résolution que m'avait envoyée M. Aussant était encore plus prophétique.

J'ai voulu tirer tout ça au clair avec le principal intéressé, ce que nous avons fait cette semaine, dans un café du Vieux-Montréal.

M. Aussant m'attendait à La Presse, iPhone aux couleurs du Barça (équipe de soccer de Barcelone) à la main, vêtu d'un flamboyant jean skinny rouge et arborant de grosses lunettes noires Prada. Pardonnez le cliché, mais le chef d'ON avait davantage l'air d'un artiste (non, ce n'est absolument pas péjoratif!) que d'un politicien, du moins l'immense majorité d'entre eux.

Il est vrai que M. Aussant est aussi un musicien et que son parcours politique, à ce jour, est atypique.

«Si Option nationale disparaît, ce sera malgré moi!», m'a lancé d'emblée son chef, plus convaincu que jamais de la pertinence de son parti, malgré la défaite de son seul député aux élections du 4 septembre, Jean-Martin Aussant lui-même, dans Nicolet-Bécancour.

À ceux qui lui disent - chiffres à l'appui - que son parti divise le vote souverainiste, Jean-Martin Aussant répond qu'Option nationale doit survivre parce qu'il est le gardien du mouvement souverainiste. Et c'est justement pour éviter la division du vote que le Parti québécois (PQ) devrait négocier une entente, ce qui vaut aussi pour Québec solidaire.

«Jacques Parizeau nous appuie, dit M. Aussant, parce qu'il voit ON comme le chien de garde de la souveraineté. Ce n'est pas rien, le seul membre à vie du PQ qui nous appuie. Il n'a pas sa carte d'Option nationale, mais il nous appuie et il sera là à notre congrès de mars, au Palais des congrès de Montréal.

Jean-Martin Aussant a l'intention de se présenter à... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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Jean-Martin Aussant a l'intention de se présenter à Montréal aux prochaines élections.

Archives Le Soleil

ON recrute dans le bassin des péquistes déçus, comme M. Aussant lui-même ou Pierre Curzi ou Lisette Lapointe, mais c'est d'abord chez les jeunes de 35 ans et moins qui n'ont jamais milité nulle part qu'il tire ses forces vives.

«ON va bien, reprend-il. Nous sommes passés de 6000 à 8000 membres depuis l'automne, nous avons un peu d'argent, les gens s'intéressent à nous et de plus en plus de gens plus connus prennent contact avec nous pour se présenter aux prochaines élections.»

Jean-Martin Aussant a même quelques scénarios pour la suite des choses. «Moi, je veux que Philippe Couillard gagne le leadership du Parti libéral, comme ça Raymond Bachand s'en irait, Couillard se présenterait dans Outremont dans une partielle et je pourrais gagner, notamment grâce au vote des étudiants de l'Université de Montréal!»

Bon, il y a plusieurs si, mais et peut-être dans ce plan, mais chose certaine, JMA n'a pas l'air d'un gars qui veut quitter la politique!

Mais pour quoi faire? Quel avenir pour ce petit parti qui a récolté 83 000 votes en septembre et qui n'a plus de député? Bref, que cherche ON et qu'est-ce qui fait courir son chef?

Si c'était d'abord le pouvoir, il aurait très bien pu rester au PQ, se faire réélire et, vraisemblablement, obtenir un siège au cabinet Marois.

Il faut, dit-il, avoir le courage de mener campagne en promettant de faire la souveraineté, ce que ne fait pas le PQ. «Promettre un référendum dans un premier mandat ou non, la mécanique m'importe peu, mais il faut ramener le projet souverainiste, la gouvernance provinciale ne m'intéresse pas», dit M. Aussant en sirotant un chocolat chaud épais comme une soupe aux pois, accompagné d'une bonne tasse de crème fouettée.

Le PQ de Pauline Marois, ajoute-t-il, se contente d'un Québec province.

«La plupart des ministres qui sont là, s'ils avaient le choix entre garder le pouvoir et leur limousine et s'engager résolument pour la souveraineté, ils garderaient leur limousine.»

M. Aussant reproche par ailleurs à Pauline Marois d'avoir sabordé la commission de la souveraineté (formée de députés) parce que, affirme-t-il, elle «brassait trop». C'est cette instance, présidée un temps par un autre péquiste démissionnaire, Pierre Curzi, qui avait proposé, notamment, la déclaration de revenus unique.

Jean-Martin Aussant constate, un brin agacé, que le PQ l'ignore, son parti et lui, qu'il l'évince des débats ou des forums publics, comme le sommet sur l'éducation, mais cela ne pourra pas durer, croit-il.

«Sans nous, et sans Québec solidaire, pas de majorité pour le PQ, analyse-t-il. Nous, on est parlables. Ce n'est pas du chantage, mais on ne va pas se saborder pour rien. Bien des vieux péquistes me parlent de Pierre Bourgault, qui avait sabordé le RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale) pour se joindre au PQ, mais aujourd'hui, Bourgault serait ON, pas PQ!»

Option nationale a l'avantage d'attirer les jeunes, dit M. Aussant, ce qui n'est plus le cas du PQ, selon lui.

Le chef d'ON affirme n'être ni fâché ni en guerre contre le PQ, où il compte de bons amis, comme Bernard Drainville et Véronique Hivon, mais il doute qu'un rapprochement soit possible sous Pauline Marois, une «gentille madame qui est là depuis toujours», précise-t-il.

«Chaque fois que je croise des députés du PQ, Drainville, [Jean-François] Lisée ou d'autres, ils me disent: "Il faut qu'on se parle", mais il ne se passe rien. Il faudrait que le PQ change de chef. Qui? Je ne sais pas, mais je pense que Gilles Duceppe n'a pas fait une croix sur un retour en politique.»

Jean-Martin Aussant a l'intention de se présenter à Montréal aux prochaines élections. ON a établi une liste d'une dizaine de sièges possibles à Montréal, mais M. Aussant préférerait discuter avec le PQ avant de faire son choix et, idéalement, se présenter là où le PQ n'a pas de député sortant.

En attendant les élections, dont on ne connaît évidemment pas la date, le chef d'ON devra aussi prendre des décisions professionnelles. Pour le moment, il est un peu prisonnier du succès relatif de son parti, mais il devra tôt ou tard trouver un nouvel emploi. Visiblement, il adore la politique, mais il faut bien payer l'hypothèque.

Dans son parti, plusieurs le poussent à devenir chef rémunéré, ce qu'il refuse. Il pourrait aussi retourner dans le monde de la finance, où il connaissait une carrière remarquable avant le saut en politique, mais il sait bien qu'il devra alors quitter la tête de son parti. Il garde aussi un oeil du côté de l'enseignement.

La conjointe de M. Aussant, et mère de leurs jumeaux de 2 ans, a dû quitter le cabinet de la chef péquiste après sa défection. Elle a récemment lancé une firme de communication avec des associées. On ne pourra pas dire que Jean-Martin Aussant fait de la politique par opportunisme!

«Je me verrais bien délégué du Québec à Londres, mais le gouvernement Marois ne me l'a pas offert. En fait, ils ne m'ont rien offert, pourtant, ç'aurait été une belle façon de me faire disparaître!», dit-il à la blague.

«Ben non, je n'aurais pas accepté, ç'aurait été trop gros!»




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