Une course jouée d'avance?

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Pour la majorité des électeurs sondés par CROP, y compris les partisans libéraux, les jeux sont faits: Philippe Couillard deviendra le prochain chef du Parti libéral du Québec (PLQ) dans deux mois.

Évidemment, dans une course classique (élection du chef par des membres délégués par leur association de circonscription au cours d'un congrès), ce sont les membres qui votent, pas la population en général, mais les militants libéraux ne trouveront pas beaucoup de raison de bouder Philippe Couillard dans ce sondage.

Si l'avance de M. Couillard est aussi marquée au sein du PLQ (on dit qu'il a pris dès le départ une bonne longueur d'avance dans plusieurs circonscriptions commises à son endroit), le seul espoir de ses adversaires, Raymond Bachand et Pierre Moreau, c'est de le voir s'«auto-pelure-de-bananiser», pour reprendre la savoureuse expression jadis inventée par Jacques Parizeau. Malheureusement pour eux, ce n'est pas dans les habitudes de ce neurochirurgien ultracartésien de déraper et de perdre le contrôle. Parlez-en aux députés péquistes qui ont vaillamment tenté pendant des années de le prendre en défaut à l'Assemblée nationale à l'époque où il était ministre de la Santé, poste le plus casse-gueule à Québec.

MM. Bachand et Moreau n'auront pas le choix: ils devront forcer le jeu et attaquer M. Couillard dans les débats (le premier demain, à Montréal), ce qui est généralement le sort du meneur dans une course.

La course à la direction du PLQ a été, à ce jour, plutôt polie, mais les détracteurs de Philippe Couillard au sein du PLQ, dont MM. Moreau et Bachand, lui reprochent d'avoir abandonné le parti, et son chef Jean Charest, alors qu'eux ont tenu le fort dans des moments difficiles après l'élection d'un gouvernement minoritaire, en 2007. (M. Couillard a démissionné en juin 2008, soit 15 mois après l'élection du gouvernement minoritaire de Jean Charest. Son départ avait ouvert la porte à Yves Bolduc, qui appuie maintenant M. Couillard.)

À défaut d'avoir de meilleures munitions contre lui, il sera tentant de reprocher à M. Couillard son manque de solidarité avec le gouvernement Charest (d'autant plus que ses anciens collègues l'ont toujours suspecté de vouloir être calife à la place du calife).

Le problème, c'est que voilà précisément ce que semblent apprécier les électeurs: la coupure, la distance de M. Couillard avec l'ère Charest.

Si Philippe Couillard jouit d'une plus grande notoriété et, apparemment, d'une plus grande crédibilité, il serait largement exagéré de parler de Couillard-manie.

Ici, pas d'effet «Justin», meneur présumé dans la course à la direction du Parti libéral du Canada, qui propulse son parti dans les intentions de vote. M. Couillard fait bouger un peu l'aiguille en faveur des libéraux, mais rien de spectaculaire.

En fait, il semble être le choix «par défaut» d'une majorité. Aucun des trois candidats en lice n'arrive à se démarquer. Dans la plupart des catégories-tests (faire preuve d'honnêteté et de respect des règles éthiques; représenter un véritable changement; comprendre les difficultés auxquelles les gens comme moi font face; défendre les plus démunis de la société; (être) un bon ambassadeur du Québec à l'étranger), «aucun» obtient systématiquement un meilleur score que MM. Couillard, Bachand ou Moreau.

Raymond Bachand, ancien ministre des Finances de Jean Charest, un candidat qui gagne à être connu et qui pourrait surprendre par son franc-parler, est vu comme le champion en économie, carte très importante pour quiconque aspire à diriger le PLQ.

À la fin de son long séjour à la Santé (plus de cinq ans), Philippe Couillard voulait changer de ministère, justement pour acquérir une expérience dans un portefeuille économique, un atout pour quelqu'un qui nourrit des ambitions politiques.

À première vue, Pierre Moreau semble être le grand perdant de ce sondage, mais son mauvais score est d'abord et avant tout dû à un déficit aigu de notoriété, même au sein des électeurs libéraux.

C'est toutefois lui qui compte le plus d'appuis parmi ses collègues députés, ce qui pourrait faire de lui un allié incontournable pour Philippe Couillard au lendemain du congrès de mars.

Quant à Raymond Bachand, une porte de sortie honorable se dessine vers la mairie de Montréal, si l'aventure l'intéresse, évidemment.

Quel que soit le choix des libéraux, dans deux mois, le nouveau chef du PLQ héritera d'une marque de commerce amochée. Plus de 60% des Québécois ont une mauvaise opinion de ce parti en ce moment.

En 2013, la suite pour le PLQ se jouera bien plus devant la commission Charbonneau que sur le plancher du congrès de mars.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca

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