Les solutions miracles

De très nombreuses raisons peuvent expliquer la désillusion et le décrochage politique des électeurs: affaires de corruption et pouvoir de l'argent sur les partis, insultes et campagnes de dénigrement, manque de transparence, promesses improvisées, cadeaux électoralistes comme les bons vieux bouts de route, etc.

Un autre virus électoral courant explique le ras-le-bol des électeurs: les solutions miracles sorties d'un chapeau, comme par magie, et qui promettent de régler en un clin d'oeil des problèmes qui durent depuis des années ou d'améliorer le sort de la population en deux temps, trois mouvements.

On pourrait appeler cela les solutions «n'ajoutez que de l'eau». Comme la soupe Lipton: un peu d'eau, chauffez, remuez, et voilà! Un repas prêt en cinq minutes.

Même les problèmes les plus complexes en matière de santé, d'éducation ou de finances publiques sont réglés en une formule-choc concoctée par les spin doctors des partis politiques, dans une surenchère qui, je crois, ne fait qu'accroître le désabusement des électeurs.

Pourtant, il n'est pas obligatoire de promettre la lune et la résolution de la quadrature du cercle pour séduire l'électorat. Rappelez-vous Stephen Harper, en 2006, qui avait réussi à prendre le pouvoir en martelant cinq priorités plutôt terre-à-terre, une approche qui avait plu aux électeurs, même à ceux qui n'appuyaient pas les conservateurs.

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Les exemples de solutions miracles sont nombreux depuis le début de la présente campagne.

Il y a eu, bien sûr, l'engagement de Gaétan Barrette, candidat-vedette de la CAQ, de donner à chaque Québécois un médecin de famille dans la première année du mandat d'un gouvernement Legault.

Il me semble que, après l'échec qu'a essuyé Jean Charest lorsqu'il a promis de régler des problèmes du système de santé en un mandat - un engagement pris en 2003 -, les partis politiques devraient savoir qu'il est hasardeux (et irresponsable) de lancer de telles promesses.

Cela fait des années que la pénurie de médecins de famille (ou la mauvaise répartition du travail et de l'effectif) est connue au Québec. Si une solution miracle existait, on le saurait, non?

Dans le domaine de la santé, les promesses irréalistes font partie du décor électoral depuis longtemps. Réduction, voire élimination du temps d'attente en chirurgie et pour certains traitements, réorganisation révolutionnaire des urgences, accès aux nouveaux traitements, soins à domicile, la liste des promesses spectaculaires qui ne se sont jamais réalisées est longue, et elle vient encore de s'allonger.

L'approche de François Legault en ce qui a trait aux relations fédérales-provinciales est aussi fortement teintée de pensée magique.

En environnement, notamment, il suffit de centraliser à Québec les pouvoirs d'Ottawa, et le tour est joué! De toute façon, le gouvernement Harper ne s'intéresse pas à l'environnement, ajoute le chef de la CAQ.

Même simplisme au PQ, qui promet de rapatrier le programme d'assurance emploi fédéral pour régler les problèmes de chômage du Québec, une simple formalité administrative, à en croire certains.

Dans l'épineux dossier de la langue, Pauline Marois a trouvé une formule accrocheuse («une nouvelle loi 101 dans les 100 premiers jours» de son gouvernement) pour attirer l'attention des électeurs.

Le concept des 100 premiers jours fait toujours image; il donne une impression de détermination. Pour la loi 101, ça risque fort d'être plus long et plus compliqué.

Il faudra d'abord écrire cette loi, en débattre au caucus, puis en comité ministériel et au Conseil des ministres. À supposer qu'un éventuel gouvernement Marois y arrive en 100 jours, il lui faudra beaucoup plus de temps pour soumettre le projet de loi en commission parlementaire, passer à travers le processus législatif et faire adopter, dans les faits, une nouvelle loi 101.

Sur le fond, la promesse du PQ expédie par ailleurs assez rapidement des questions et des écueils extrêmement complexes.

Mme Marois veut, notamment, que les entreprises de 11 à 50 employés (on en compte 540 000 au Québec) soient assujetties à cette nouvelle loi 101, sans toutefois préciser comment cela se fera ni combien ça coûtera. Mme Marois veut jouer sur la fibre nationaliste en liant loi 101 et dignité, mais une telle réforme ne peut se résumer en un slogan-choc.

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Le PQ veut également interdire les écoles passerelles, quitte à utiliser la clause dérogatoire.

«Impossible», dit pourtant Louis Bernard, une éminence grise au PQ depuis René Lévesque.

«Il ne s'agit pas d'être pour ou contre le recours à la clause nonobstant, puisque cette clause ne peut être appliquée dans ce cas, dit-il. Plusieurs croient que la clause s'applique à toute la Charte canadienne, mais c'est faux, c'est de l'ignorance de la réalité juridique.»

En outre, le problème des écoles passerelles, devenu symbole au PQ, n'est peut-être pas aussi grave qu'on veut le faire croire. Certains parlent d'une porte grande ouverte vers l'école anglaise et d'une brèche qui provoquera une hémorragie parce qu'elle permet à quiconque en a les moyens d'acheter pour ses enfants le droit de fréquenter l'école anglophone. Mais dans les faits, seulement 12 demandes en ce sens ont été faites à Québec dans l'année 2012-2013.

Enfin, promet le PQ, la loi 101 nouvelle mouture s'appliquera au cégep, ce qui cause aussi des remous, même chez les souverainistes.

«Je suis contre, dit Louis Bernard. Ce sont des adultes qui vont au cégep. Il y a une limite à intervenir dans le choix des gens. Leur interdira-t-on après d'aller dans une université anglophone? Jusqu'où ira-t-on?»

Les débats à venir sur la loi 101, en cas de victoire du PQ, seront assurément plus complexes que les formules entendues en campagne électorale.




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