Le devoir d'assistance

Je ne suis allé en Haïti que quelques heures dans ma vie, en transit, de mémoire, lors d'un voyage officiel de Jean Chrétien dans les Antilles.

Les seuls voyages que j'ai faits dans ce pays, c'est dans les livres de mon ami Dany Laferrière, le plus beau de ces voyages dans L'énigme du retour.

 

J'ai vu Dany tout juste avant Noël. Il revenait d'Haïti et s'apprêtait à y retourner. On s'est retrouvé dans un café sur Saint-Denis, question de lui faire dédicacer ses livres que j'allais offrir à mes parents et à ma blonde.

Je lui ai demandé comment allait Haïti, m'attendant à une réponse morose, comme lorsque l'on demande à un ami comment va sa vieille mère malade.

À mon agréable surprise, il m'a répondu: «Haïti va bien. Enfin, mieux. On peut maintenant marcher dans les rues de Port-au-Prince le soir en sécurité, ce qui n'est pas rien dans n'importe quelle grande ville et encore plus dans celle-là.»

Ce qui frappait le plus dans sa réponse, c'était l'espoir. Enfin! De l'espoir. Ça non plus, ce n'est pas rien pour un pays qui en a été cruellement privé depuis si longtemps.

Tout le malheur d'Haïti est là: chaque fois que l'espoir réussit à sortir ne serait-ce que le petit doigt du trou de la misère, le gourdin de son impitoyable destinée le renvoie dans le fond d'un coup brutal.

Cette fois, c'est encore plus funeste parce qu'Haïti, justement, montrait enfin des signes de stabilité et, qui sait, de relance.

Que faire, maintenant, devant un tel drame? Qu'est-ce qu'un pays riche comme le Canada peut faire pour Haïti?

On refera sans doute, avant longtemps, tous les débats d'usage sur les mérites et l'efficacité de l'aide canadienne dans ce pays, mais pour le moment, la réponse s'impose: nous devons porter secours.

L'ancien premier ministre Paul Martin, qui avait fait d'Haïti l'une de ses priorités à l'étranger, plaidait, notamment devant l'ONU, que les pays riches avaient «la responsabilité de protéger» (le peuple) et d'instaurer une démocratie.

Le tremblement de terre de mardi nous ramène à une mission beaucoup plus fondamentale: le devoir d'assistance. Haïti est le plus pauvre des 34 membres de la grande famille des Amériques, dans laquelle nous jouons, par notre situation privilégiée, le rôle de grand frère.

Stephen Harper, dont les affaires étrangères n'ont jamais été la principale force, il faut bien le dire, a bien traduit hier ce devoir d'assistance par une réponse rapide et une grande détermination à voler au secours du peuple haïtien.

La réponse du gouvernement du Canada (libéral ou conservateur) lors de récents désastres, en particulier le tsunami de 2004, n'a pas toujours été brillante et efficace. À Ottawa, on cite d'ailleurs le tsunami comme l'«exemple de ce qu'il ne faut pas faire». Réaction trop lente et trop timide, surenchère entre gouvernements fédéral et provinciaux, mauvaise coordination des secours et du matériel nécessaire dans les premiers jours.

Apparemment, on a pris des notes à Ottawa et dès l'aube, hier, le gouvernement a démontré célérité, organisation et volontarisme. (Fait rare, l'opposition libérale a d'ailleurs salué les efforts du gouvernement Harper dans un communiqué.)

Le déploiement de l'Équipe d'intervention en cas de catastrophe (EICC, DART, en anglais) semble tout indiqué dans les circonstances. Cette unité a été créée en 1994 dans le but de se déployer rapidement pour venir en aide aux sinistrés. Il s'agissait d'une réponse à la crise au Rwanda, où la communauté internationale n'avait pu réagir assez rapidement pour éviter une épidémie de choléra dans les camps de réfugiés.

L'EICC peut notamment fournir de l'eau, des secours médicaux et logistiques.

La participation de la gouverneure générale, Michaëlle Jean, peut aussi servir de catalyseur, aussi bien ici auprès de la communauté haïtienne qu'auprès des autorités haïtiennes qui vouent un grand respect à cette «fille d'Haïti».

L'aide initiale de cinq millions annoncée hier par Ottawa peut paraître dérisoire, mais le gouvernement a clairement indiqué que ce n'était qu'une première étape. D'autres suivront. Pendant des mois, sinon des années.

Pour la petite histoire, rappelons qu'en 2005 le Canada n'avait d'abord dégagé que quatre millions dans les jours suivant le tsunami. Le montant de l'aide canadienne à la grande région dévastée avait finalement atteint... 425 millions sur cinq ans.

Combien faudra-t-il pour reconstruire Haïti? Quelle sera notre part? Cela est secondaire pour le moment. On ne compte pas ses dollars quand un membre de la famille compte ses morts par milliers, peut-être par dizaines de milliers.

Le Canada donne déjà beaucoup d'argent à Haïti. En 2006, le gouvernement conservateur s'est engagé à dépenser là-bas 550 millions sur cinq ans. Ce plan d'aide au développement «normal» ne tient évidemment plus après la secousse de mardi. Faudra revoir les priorités. Encore une fois.

En 2004, Paul Martin disait que «toute l'aide du monde n'aura qu'un effet éphémère si Haïti ne dispose pas d'institutions publiques qui fonctionnent». «Nous devons développer les capacités de gouvernance des pays et y mettre le temps», ajoutait l'ancien premier ministre. Théoriquement, c'est indéniable, mais cela semble tellement futile aujourd'hui.

Haïti est pris dans un impitoyable jeu du serpent et d'échelles. Chaque fois que ce pays grimpe péniblement quelques échelons, paf! il redégringole à la case départ.

vincent.marissal@lapresse.ca

 

Comment donner?

Pour donner aux victimes du séisme en Haïti, on peut joindre le Centre d'appels de la Croix-Rouge, qui fonctionne jour et nuit, au 1-800-418-1111, ou donner en ligne à croixrouge.ca.

On peut également acheminer des dons en argent à La Coalition humanitaire (Oxfam-Québec et Canada, CARE Canada et Aide à l'enfance Canada) au 1-800-464-9154, en ligne au www.coalitionhumanitaire.ca ou alors par la poste au comptoir postal Saint-André, C.P. 32054, Montréal (Québec), H2L 4Y5

L'organisme Médecins sans frontières recueille aussi les dons, pour répondre aux besoins médicaux urgents - personnel médical et matériel de premiers soins. Sur leur site web au www.msf.ca ou par téléphone au 1 800 982-7903.

 

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