Le Québec ratatiné?

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Vincent Marissal
La Presse

La croissance des conservateurs au pays (ou l'écrasement des libéraux, c'est selon), confirmée par un nouveau sondage Ekos, laisse très clairement entrevoir depuis quelques semaines la possibilité d'un gouvernement Harper majoritaire.

Ce scénario, spectaculaire en soi, cache une autre partie de l'histoire: un gouvernement majoritaire conservateur, dans le contexte politique actuel, signifierait un affaiblissement historique du poids du Québec au sein du Canada.

Selon l'humeur actuelle de l'électorat canadien, Stephen Harper pourrait fort bien obtenir les sièges qui lui manquent pour former une majorité sans faire de gain au Québec. Il pourrait même se permettre de perdre certaines de ses 10 circonscriptions québécoises puisqu'il en prendra vraisemblablement plusieurs en Ontario et peut-être même dans les Maritimes.

La grosse histoire politique des derniers mois est là: les Ontariens tournent le dos aux libéraux, même à Toronto, et c'est le Québec qui risque d'en payer le prix.

Un gouvernement majoritaire avec un minimum de députés québécois, c'est le rêve éveillé des conservateurs. Imaginez: pas besoin de se préoccuper du Québec et de ménager ses susceptibilités, pas besoin de nommer un nombre disproportionné de ministres du Québec ou de faire des contorsions pour désigner un responsable de Montréal.

Le Québec se retrouverait donc affaibli à la table du cabinet, lui qui ne pèse déjà pas très lourd.

Il ne s'agirait pas que d'un affaiblissement mathématique ou symbolique. Non seulement il y aurait moins de Québécois autour de la table des décisions, mais l'influence du Québec dans le façonnage des grandes orientations canadiennes se trouverait aussi amoindrie.

Le Québec a joué, de tout temps, un rôle déterminant dans la prise de décision du gouvernement fédéral et dans la priorisation des enjeux politiques, sociaux et économiques. Pensez seulement au libre-échange, à la décision du Canada de ne pas suivre les États-Unis en Irak, à la légalisation des mariages gais, à la politique étrangère, etc. On trouve les empreintes digitales de l'électorat québécois et celles leurs élus partout sur ces décisions du gouvernement fédéral.

Évidemment, un gouvernement fédéral à faible teneur québécoise deviendrait encore moins intéressant (c'est un cercle vicieux) pour les politiciens québécois. Qui voudrait jouer les Québécois francos de service dans un gouvernement qui se moque du Québec et n'en a pas besoin?

Un tel scénario aurait nécessairement un effet sur le gouvernement du Québec aussi. Celui-ci, ayant perdu de son influence auprès d'Ottawa, deviendrait moins influent autour de la table des provinces. Il aurait plus de mal à défendre ses priorités auprès d'Ottawa et à susciter la formation de fronts communs provinciaux.

Cette situation serait aggravée par la refonte de la carte électorale fédérale, un projet qui passerait sous un gouvernement conservateur majoritaire et qui accorderait une trentaine de sièges à l'Ontario, à la Colombie-Britannique et à l'Alberta. Mathématiquement et politiquement, le Québec perdrait encore un peu de son poids au sein du Canada.

Un tel revirement ne déplairait pas aux conservateurs, qui trouvent les Québécois bien ingrats de leur avoir tourné le dos après avoir obtenu la reconnaissance de la nation québécoise, une représentation à l'UNESCO et le règlement du déséquilibre fiscal.

Pour bien des conservateurs (en fait, pour bien des Canadiens, point), le Québec reste l'insupportable «enfant gâté» de la fédération. Quel bonheur de ne plus avoir à s'en préoccuper!

C'est peut-être un fantasme pour les conservateurs, mais c'est aussi celui de bien des souverainistes, qui pensent que quatre ans de gouvernement Harper majoritaire feront plus pour leur cause que 20 ans de patiente pédagogie auprès des Québécois.

Les conservateurs reprennent un peu de poil de la bête au Québec, mais ils sont toujours loin derrière le Bloc. En fait, le Québec est la seule province (ou région puisque l'on prend les quatre provinces de l'Atlantique ensemble) où les conservateurs ne mènent pas dans les intentions de vote.

Qu'à cela ne tienne, pour peu que vous rafliez la majorité des sièges en Ontario. Si c'était bon pour Jean Chrétien dans les années 90, ça l'est encore pour Stephen Harper aujourd'hui.

Les libéraux peuvent continuer à s'illusionner en se répétant que le pouvoir leur retombera naturellement dans les mains sous peu, ils ne pourront encore très longtemps faire l'économie d'un vrai débat sur la nécessité d'unir les forces politiques de centre gauche (eh oui, avec le NPD).

Si le regroupement de la droite a été bon pour Stephen Harper au début des années 2000, celui du centre gauche est peut-être bien la seule avenue qui reste aux libéraux s'ils veulent éviter un long séjour dans l'opposition.

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