Le nuage de Charest, le désert de Marois

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Les choses ne vont pas bien pour le Parti québécois, une tendance observée depuis quelques mois et qui se confirme dans notre plus récent sondage CROP.

C'est l'évidence. Les députés du PQ reconnaissent eux-mêmes avoir de sérieux problèmes de communication.

Le réflexe naturel des péquistes sera vraisemblablement de lancer de grands chantiers de rénovation de l'option ou de concevoir un plan de reconquête des nationalistes. Mais dans l'immédiat, leur priorité devrait être beaucoup plus terre à terre: sauver la mise dans Rousseau, où une élection partielle aura lieu le 21 septembre pour remplacer François Legault.

 

Théoriquement, le PQ ne peut pas perdre Rousseau, une circonscription sûre qui a donné une confortable majorité de 10 000 voix à François Legault en décembre.

Théoriquement, le PQ devait aussi prendre Rivière-du-Loup lors de la partielle de juin. Il partait avec près de 20% d'avance. Le péquiste Paul Crête a toutefois fini loin derrière le libéral Jean D'Amour.

Les partielles, c'est bien connu, donnent souvent des résultats étonnants. Rappelez-vous seulement la mini-vague adéquiste de 2002, la péquiste Elsie Lefebvre dans Laurier-Dorion en 2004 ou la libérale Nathalie Rochefort dans Mercier en 2001.

Normalement, les partielles servent à envoyer un message de mécontentement au gouvernement. Mais dans Rivière-du-Loup, les électeurs ont plutôt plébiscité Jean Charest.

Les libéraux ont 11 points d'avance dans l'ensemble du Québec, ils n'ont que deux points d'arrière chez les francophones et mènent par sept dans les régions. Le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement a grimpé de sept points cet été, le chef libéral écrase Pauline Marois à la question de savoir qui ferait meilleur premier ministre et la souveraineté est en perte de vitesse.

Le score de Québec solidaire et des verts laisse croire par ailleurs que des péquistes désabusés ont «parqué» leur vote chez ces deux partis pour le moment.

Tous ces chiffres ne disent pas que le PQ perdra Rousseau. Ils indiquent toutefois que la victoire est loin d'être garantie. Déjà en 2007, François Legault avait failli perdre sa circonscription. Il avait résisté à la poussée de l'ADQ avec à peine un millier de voix de majorité.

Le principal défi du Parti québécois sera de mobiliser ses électeurs et de les inciter à voter en grand nombre le 21 septembre. Son pire ennemi, c'est la lassitude des souverainistes.

Le taux de participation, traditionnellement très faible dans les partielles, pourrait favoriser les libéraux, réputés efficaces pour engranger notamment le vote des personnes âgées.

Une élection partielle mi-estivale, mi-rentrée, en même temps que des élections municipales et parmi toutes les rumeurs d'élections fédérales, ne favorisera certainement pas la cohue vers les urnes.

Par ailleurs, le candidat péquiste, Nicolas Marceau, est certes un économiste respecté, mais il n'a pas la notoriété de François Legault. Il n'a pas été ministre et il est parachuté dans cette circonscription rurale de Lanaudière.

En réponse au slogan du PQ, «Dans Rousseau, c'est Marceau», les adéquistes du coin raillent déjà: «Chez Marceau, c'est le Plateau.» Ça promet pour les débats sur les enjeux régionaux.

L'ADQ envoie Jean-Pierre Parrot au front, celui qui a chauffé M. Legault en 2007 mais qui souffre cette fois des problèmes de son parti. De plus, les dérapages du premier débat à la direction de l'ADQ et l'éviction de Jean-François Plante de la course monopolisent l'attention, faisant un tort considérable au parti.

Chez les libéraux, rebelote pour Michel Fafard, qui a fini deuxième en décembre avec seulement 22% des voix. M. Fafard n'est pas connu sur la scène nationale, mais il a l'avantage d'être un gars du coin.

Pour savoir si les libéraux y croient eux-mêmes, il suffira de compter les limousines de ministre dans la circonscription au cours des prochaines semaines.

Les péquistes, eux, ont déjà promis de mettre toute la gomme pour faire gagner leur candidat. Ils ont intérêt. Autrement, la situation deviendra intenable pour Pauline Marois.

Il n'est pas anormal que, dans les mois suivant l'élection d'un gouvernement majoritaire, l'opposition officielle entreprenne une traversée du désert, ce que notre CROP confirme.

Jean Charest est sur un nuage, Pauline Marois vient d'entreprendre sa traversée du désert.

Dans les mois à venir, l'état de santé du Parti et de son option alimenteront immanquablement les débats.

Pour le moment, toutefois, Mme Marois doit éviter de trébucher dans Rousseau si elle veut se rendre, éventuellement, de l'autre côté du désert.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca

 




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