La chicane des bancs publics

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Le projet prévoit 10 mini-belvédères en granit qui mettent en valeur 10 vues méconnues de la montagne, avec un texte d'un poète montréalais inséré en bronze dans la pierre.

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Suzanne Colpron

Après avoir dirigé la section Arts du quotidien Le Soleil pendant quatre ans, puis celle de La Presse pendant cinq ans, Suzanne Colpron, journaliste depuis 1987, entame une carrière de chroniqueuse en 2016.

La Presse

(Note de la rédaction: l'article suivant a été modifié après sa publication initiale pour attribuer le crédit à des sources externes) 

La chicane a éclaté au début du mois quand la Ville a accordé un contrat d'une valeur de 3,45 millions pour 27 bancs en granit en forme de souches d'arbre sur le mont Royal.

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Pour texte Suzanne Colpron. image de l’escale halte pres du lac aux Castors. Image fournie par Civiliti

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Quatre-vingt-dix bancs en granit, regroupés par trois et installés à 30 endroits différents, feront leur apparition sur le mont Royal. L’œuvre baptisée Escales découvertes vise notamment à mettre en valeur des vues méconnues de la montagne.

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Un contrat de 27 % supérieur aux estimations de la Ville !

Et 3,45 millions pour des bancs en granit !

C'est ce qu'on répète dans les médias depuis des semaines.

Personne, hormis le maire Coderre, ne semble en faveur de ce projet, « un legs du 375e anniversaire de Montréal ». Le Conseil du patrimoine de Montréal, disait-on, a de sérieuses réserves. Les Amis de la montagne aussi. Le maire de Westmount, Peter Trent, a refusé l'installation de bancs dans le bois Summit. Et Projet Montréal, l'opposition à l'hôtel de ville, est férocement contre.

« Est-ce qu'on a vraiment besoin de mettre ces souches d'arbre en granit sur la montagne ? La montagne est déjà magnifique. Protégeons-la plutôt que de garrocher des affaires dont on n'a pas besoin », s'est indigné le conseiller du Mile End Alex Norris, selon des propos rapportés par Radio-Canada*.

« Plutôt que de dépenser pour du béton et du granit dans les parcs, la Ville devrait acquérir et préserver des espaces naturels », a fait valoir de son côté la conseillère de Côte-Saint-Luc Dida Berku, en entrevue au Devoir*.

Le problème, je l'ai découvert en parlant avec Claudia Villeneuve, architecte paysagiste à la direction des grands parcs et du verdissement de la Ville, et avec Peter Soland, fondateur de Civiliti, une petite firme spécialisée dans des projets d'aménagement urbain et paysager, maintes fois récompensée, c'est que tout est faux.

Oui, absolument tout.

Cette chicane de bancs publics est l'illustration parfaite d'un débat parti tout croche, par des gens mal informés qui ont répété des faussetés reprises par d'autres.

Les faits.

Ce n'est pas 27 bancs en granit, mais 90 bancs, regroupés par trois et installés à 30 endroits différents sur la montagne, dans le but de faire découvrir différents environnements.

« Le mobilier se veut un peu énigmatique, un peu ludique, pour nous inviter à nous rapprocher du lieu et à le découvrir », explique Peter Soland.

Et pas uniquement 90 bancs.

C'est aussi 10 mini-belvédères en granit qui mettent en valeur 10 vues méconnues de la montagne, avec un texte d'un poète montréalais inséré en bronze dans la pierre. Et pas juste dans le parc du Mont-Royal, mais aussi dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Cinq dans le parc et cinq dans le cimetière.

C'est aussi 12 maquettes de relief en bronze sur socle reproduisant les trois sommets, installées aux 12 « portes d'entrée » de la montagne : lac aux Castors, monument à George-Étienne Cartier, entrée Peel, entrée Trafalgar, oratoire Saint-Joseph, station de métro Université-de-Montréal...

Vous ne saviez pas que le mont Royal avait trois sommets ? C'est pourtant le cas.

Ce projet est le premier de trois volets d'un vaste ensemble baptisé « Escales découvertes », qui intervient sur un territoire de 740 hectares avec un budget total de 8,26 millions.

Le premier volet, le plus important, est la découverte de la montagne avec les 90 bancs, les 12 maquettes et les 10 belvédères. Le deuxième est la mise en valeur du chemin de la Côte-des-Neiges, le tracé fondateur de Montréal. Le troisième est l'aménagement d'aires spécifiques qui complètent les deux premiers volets.

Le contrat, de 27 % supérieur aux estimations de la Ville, est le premier de plusieurs. Il y aura d'autres appels d'offres et d'autres contrats. Le deuxième, de l'ordre de 960 000 $, accordé il y a quelques jours, est 30 % moins cher que prévu.

Le Conseil du patrimoine de Montréal, qui a remis son rapport en novembre 2015, a émis un avis favorable, même s'il comportait plusieurs commentaires. « On a tenu compte des recommandations du Conseil », assure Claudia Villeneuve. Notamment l'intégration du volet numérique dans la phase d'aménagement, la diminution du nombre de pictogrammes prévus dans le pavoisement du chemin de la Côte-des-Neiges et la réduction des petites places aménagées le long du cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Les Amis de la montagne ont aussi émis des réserves, mais ils sont associés au projet depuis ses débuts ! Et ce, depuis 2011, bien avant l'élection de Denis Coderre à la mairie. Ils font partie d'un groupe de travail sur le 375e anniversaire de Montréal, composé entre autres des quatre grands propriétaires sur la montagne : l'oratoire Saint-Joseph, l'Université de Montréal, les cimetières Mont-Royal et Notre-Dame-des-Neiges.

Bref, ce n'est ni un projet improvisé de l'équipe Coderre ni 27 bancs pour 3,45 millions.

Et les réserves, quand on connaît la propension aux débats et aux discussions du monde de l'urbanisme et de l'architecture, ne sont pas des condamnations. Elles portent surtout sur la crainte que l'intervention soit trop grande et trop invasive, dans des lieux jugés fragiles.

C'est un projet qui n'est pas mené par des barbares amoureux du béton, mais par des professionnels qui ont fait leurs devoirs et dont le mandat est de « décloisonner » la montagne.

« On intervient sur deux grands axes, insiste Claudia Villeneuve. On veut améliorer l'accessibilité au site patrimonial et favoriser la découverte de toutes ses richesses. »

Après, on peut être contre. Trouver, comme Projet Montréal, que c'est trop cher et inutile. Que ça ne respecte pas l'esprit de Frederick Law Olmsted, l'architecte qui a dessiné les plans du parc du Mont-Royal, en 1874. Que les bancs en granit détonnent dans le paysage. Que ce n'est pas un bon legs pour le 375e de Montréal. Qu'il y a de meilleures façons de célébrer ce joyau.

Mais on peut aussi être pour. Penser que c'est une belle façon de mettre en valeur ce que Montréal a de plus beau : sa montagne. Que les responsables du projet sont sensibles à la valeur patrimoniale du paysage et soucieux d'améliorer l'expérience des visiteurs. Que le granit est déjà partout sur la montagne. Il y a des bancs, des marches, des bords. Que le mont Royal n'est pas un endroit naturel, mais un parc construit.

Mais, au moins, on sait de quoi on parle.

« Pensez-vous qu'Olmsted approuverait ce projet ?

- Je pense qu'Olmsted ne travaillerait pas aujourd'hui comme il a travaillé au XIXe siècle, m'a répondu Peter Soland. Et oui, je pense qu'il approuverait. »

* L'article suivant a été modifié après sa publication initiale pour attribuer le crédit à des sources externes

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