La fête à qui?

Un spectacle s'est tenu à la place D'Youville... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Un spectacle s'est tenu à la place D'Youville du Vieux-Montréal le 20 mai 2013 à l'occasion de la Journée nationale des patriotes, qui a été proclamée par le gouvernement du Québec en novembre 2002.

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Suzanne Colpron

Après avoir dirigé la section Arts du quotidien Le Soleil pendant quatre ans, puis celle de La Presse pendant cinq ans, Suzanne Colpron, journaliste depuis 1987, entame une carrière de chroniqueuse en 2016.

La Presse

Victoria, Dollard, les patriotes ? Vous savez qui on fête aujourd'hui et pourquoi on est en congé ?

Non ? Vous n'êtes pas les seuls. Selon un sondage réalisé en 2007 par Léger Marketing pour le compte du Mouvement national des Québécois, les gens sont un peu perplexes devant tous ces personnages de l'histoire. Le tiers pense que la fête honore la reine, l'autre tiers, les patriotes et le dernier tiers, Dollard.

Je parie que c'est encore pareil aujourd'hui.

Pourquoi la reine ? Parce que la reine Victoria est née le 24 mai. Je vous préviens tout de suite : ce n'est pas aussi simple pour Dollard et les patriotes.

La fête de la Reine existait avant la création de la Confédération canadienne. Elle était célébrée à l'origine le vrai jour de son anniversaire. Le « Victoria Day » est apparu en 1901, au lendemain de sa mort. Mais, contrairement à ce qu'on pourrait croire, Victoria n'est pas fêtée partout au Canada. Au Nouveau-Brunswick, par exemple, cette journée n'est pas fériée. Ni en Nouvelle-Écosse ni à l'Île-du-Prince-Édouard.

Au Québec, même s'il y a encore des gens qui croient que la reine (peu importe laquelle, Victoria ou Élisabeth II) est à l'honneur le lundi qui précède le 25 mai, et que c'est grâce à elle s'ils sont en congé, on a commencé à lui chercher un remplaçant dans les années 50.

Et ce remplaçant, c'était Dollard. Pourquoi ? Parce que c'était un héros de la Nouvelle-France qui correspondait à une conception du patriotisme de l'époque.

En mai 1660, Adam Dollard des Ormeaux a livré un combat avec une poignée d'hommes contre une armée de plus de 600 Iroquois, dans la bataille de Long Sault, où il a trouvé la mort. Le culte entourant ce héros s'est développé entre les deux guerres sous l'impulsion du chanoine Lionel Groulx, un historien nationaliste. À partir des années 20, on a commencé à parler de la fête de Dollard pour ne pas avoir à fêter la reine, surtout chez ceux qui préféraient fêter un héros de la Nouvelle-France plutôt que l'incarnation de la monarchie.

Pendant près de 50 ans, on a rappelé aux jeunes francophones qu'ils avaient le devoir de suivre l'exemple de cet homme dans la lutte pour la sauvegarde des valeurs de la « nation canadienne-française ».

Le problème, c'est que l'exploit de Dollard s'est mis à soulever des doutes chez les historiens. Héros ou pirate ? On ne sait plus.

Dès 1945, Léo-Paul Desrosiers, ami et disciple de l'abbé Groulx, a contesté dans ses écrits des pans complets de la légende de Dollard.

Selon certains, cet aventurier n'aurait pas été envoyé pour défendre la colonie. Il serait plutôt parti de son propre chef avec quelques hommes à la rencontre d'un convoi d'Amérindiens alliés des Français, qui transportait des fourrures. Le but : mettre la main sur le butin. Dollard serait donc un brigand, tué par malchance par un Iroquois. Et la bataille de Long Sault, un mythe.

Mais que ce soit vrai ou faux, une chose demeure : Dollard n'a pas résisté au temps. Il s'est effacé des mémoires en une génération. Qui sait aujourd'hui qui est Dollard ? À part une ville de l'ouest de l'île de Montréal ? Une rue, un ruisseau, une terrasse, une place, une pointe, un lac, une baie, un boulevard ?

On lui a donc cherché un remplaçant.

Et ce remplaçant, c'était les patriotes. Pourquoi ? C'est une longue histoire. La démarche pour évincer Dollard s'est échelonnée sur 20 ans.

Au départ, la date retenue pour commémorer les luttes des patriotes de 1837-1838 pour l'obtention d'un gouvernement démocratique était celle du dimanche précédant le 23 novembre. René Lévesque, alors premier ministre, avait reconnu par décret, en 1982, la légitimité de cette journée, sans toutefois en faire un jour férié.

Le désir que la Journée nationale des patriotes soit soulignée par un jour férié et chômé a incité des citoyens, surtout de la mouvance indépendantiste, à faire campagne pour obtenir un nouveau congé en novembre. Mais il était impossible d'ajouter un jour férié au calendrier. Et comme la date de mai n'était pas tout à fait la fête de la Reine ni celle de Dollard...

Le 20 novembre 2002, le gouvernement du Québec, sous le court règne de Bernard Landry, a proclamé par décret que la Journée nationale des patriotes aurait lieu chaque année le lundi qui précède le 25 mai. On fête donc les patriotes en mai même si la rébellion a eu lieu en novembre. Mais M. Landry a perdu le pouvoir avant la première célébration, en 2003, et aucun de ses successeurs, à commencer par Jean Charest, n'a déployé d'énergie pour souligner l'événement.

Voilà, vous savez tout, ou presque.

Conclusion : seule la fête de la reine Victoria avait un lien avec la date du congé. Celle de Dollard, c'est moins clair. Et les patriotes, pas du tout. C'est donc normal qu'on soit un peu confus. Mais l'important, c'est qu'il fasse beau le premier long week-end de l'été.

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