Ne raccrochez pas

L'étude met en parallèle l'évolution de l'incidence des cancers... (photo greg wood, archives agence france-presse)

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L'étude met en parallèle l'évolution de l'incidence des cancers du cerveau en Australie depuis 1982, et l'augmentation du nombre de téléphones cellulaires depuis 1987. Résultat : le nombre de tumeurs cérébrales est resté stable ces 30 dernières années, en Australie, comme ailleurs dans le monde.

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Suzanne Colpron

Après avoir dirigé la section Arts du quotidien Le Soleil pendant quatre ans, puis celle de La Presse pendant cinq ans, Suzanne Colpron, journaliste depuis 1987, entame une carrière de chroniqueuse en 2016.

La Presse

Des chercheurs australiens ont comparé l'évolution du nombre de cancers du cerveau avec le boum du téléphone cellulaire, sur une période de 30 ans. Et vous savez quoi ? L'augmentation appréhendée n'apparaît pas.

Le cellulaire ne cause pas le cancer.

L'étude, qui vient tout juste d'être publiée dans The International Journal of Cancer Epidemiology, met en parallèle l'évolution de l'incidence des cancers du cerveau en Australie depuis 1982, et l'augmentation du nombre de téléphones cellulaires depuis 1987. Résultat : le nombre de tumeurs cérébrales est resté stable ces 30 dernières années, en Australie, comme ailleurs dans le monde. Et pas seulement chez les utilisateurs réguliers de cellulaires, mais aussi chez les gros utilisateurs. Pendant ce temps, le pourcentage de personnes équipées d'un téléphone mobile a grimpé en flèche : il est passé de 9 % en 1993, à 90 % aujourd'hui.

En 30 ans, donc, les chercheurs n'ont constaté aucun début d'augmentation du risque de tumeur cérébrale.

Seule exception : les plus de 70 ans. Mais l'augmentation du nombre de cancers du cerveau chez les personnes âgées apparaît avant l'arrivée massive des cellulaires. Les chercheurs mettent plutôt cette hausse sur le compte de meilleurs diagnostics depuis les années 80.

« Notre étude suit celles déjà publiées aux États-Unis, en Angleterre, dans les pays nordiques et en Nouvelle-Zélande, où aucune confirmation scientifique de l'hypothèse "les téléphones portables causent le cancer" n'a pu être trouvée », souligne Simon Chapman, auteur principal de l'étude sur le site The Conversation.

Ça vous rassure ?

Il faut dire que depuis des années, on nous bombarde d'études aux conclusions parfois contradictoires et souvent alarmistes sur l'utilisation du cellulaire. « Le risque de gliome, un type de cancer particulièrement agressif serait doublé chez les utilisateurs intensifs du cellulaire », ont dit des chercheurs de l'Université de Bordeaux, dans une étude publiée en mai 2014. « À partir de 15 heures d'utilisation par mois, c'est-à-dire une demi-heure par jour, le risque de tumeur cérébrale augmente. »

En novembre de la même année, des scientifiques suédois de l'Université Hospital d'Örebro arrivaient à des conclusions semblables : l'abus de téléphonie mobile serait néfaste à la santé du cerveau et pourrait accélérer le développement de tumeurs. L'utilisation du cellulaire augmenterait de 30 % le risque de développer une tumeur cérébrale, prétendaient-ils. Au bout de 25 ans d'utilisation abusive, le cerveau aurait trois fois plus de probabilité de développer ce type de pathologie.

Que faut-il en conclure ?

Que ces hypothèses n'étaient pas fondées et qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter.

L'analyse de ces études par d'autres scientifiques a montré qu'elles comportaient d'importantes faiblesses. Les médias ont aussi tendance à gonfler les conclusions, surtout quand il est question de cancer, et à comparer des pommes et des oranges.

Cela dit, il subsiste un micro-doute car certains cancers peuvent mettre jusqu'à 40 ans à se développer, selon le chercheur Mathieu Gauthier de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), coauteur d'un rapport sur l'exposition aux champs électromagnétiques et aux radiofréquences, paru le mois dernier, à qui j'ai parlé. Mais un micro-doute pour un chercheur n'équivaut pas une mise en garde pour un utilisateur de téléphone. Car un scientifique, même s'il n'a rien trouvé de concluant, doit conserver un doute et continuer à chercher.

« S'il y avait des risques de développer des cancers, on verrait des effets même après 10 ans d'utilisation, m'a dit M. Gauthier. Et les chercheurs australiens n'en ont pas détecté. C'est très rassurant.

- Utilisez-vous un cellulaire ?

- Oui, m'a-t-il répondu.

- Redoutez-vous les effets ?

- Non. »

Les chercheurs vont continuer à suivre les registres où tous les cancers sont enregistrés dès leur diagnostic, pour s'assurer qu'il n'y a pas de risque à très long terme. Il y a aura aussi sans doute de nouvelles recherches dans les années à venir. Mais, en attendant, vaut mieux arrêter de fumer et de manger de la viande rouge que d'éteindre son cellulaire.

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