La bataille de l'orthographe

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Avez-vous entendu parler de la nouvelle orthographe qui va faire son apparition dans les manuels scolaires à la rentrée 2016, en France, modifiant 2400 mots ?

Aussi bien vous le dire si vous ne le savez pas : nénuphar s'écrira nénufar. Oignon n'aura plus de « i ». Week-end perdra son trait d'union. Et île ? Je vous laisse deviner.

« Un encouragement à la médiocrité », selon certains, qui dénoncent sur Twitter une réforme inappropriée et inapplicable à l'aide du mot-clic #jesuiscirconflexe. « Bescherelle au secours, les ames de nos auteurs pleurent », s'indigne Isabelle Balkany. « Devoir écrire ognon à la place d'oignon me donne envie de pleurer », blague Antoine Adam.

Pourtant, ces nouvelles règles sont loin d'être nouvelles. La réforme de l'orthographe a été décidée, en France, par le Conseil supérieur de la langue française à la fin des années 80, validée par l'Académie française et publiée au Journal officiel, il y a 26 ans ! Le but était de simplifier quelques mots, de supprimer des anomalies, des exceptions ou des irrégularités de l'orthographe du français.

Lettres muettes, accents circonflexes ou traits d'union ne sont plus obligatoires. Mais attention : pas toutes les lettres muettes, ni tous les accents circonflexes, ni tous les traits d'union. L'accent est conservé pour les mots où il indique une nuance cruciale. Le participe passé de devoir reste . De même, l'adjectif mûr reste inchangé pour ne pas le confondre avec mur. Et jeûne reste jeûne pour le distinguer de jeune.

C'est bien un des problèmes de cette réforme. Pour l'appliquer, il faut maîtriser (maitriser) les nouvelles règles et mémoriser les nombreuses exceptions.

Les verbes en -eler ou -eter se conjuguent sur le modèle de peler ou d'acheter. J'amoncelle devient j'amoncèle et tu époussetteras devient tu époussèteras. Mais pas les verbes appeler et jeter...

Même chose pour les mots en -olle et les verbes en -otter. Ils s'écrivent avec une consonne simple. Frisotter s'écrit frisoter et corolle ne prend qu'un « l », comme dans bestiole. Mais cette règle n'est pas valable pour colle, folle, molle et les mots de la même famille qu'un nom en -otte (comme botter, de botte).

L'autre problème, et il est majeur, c'est que l'emploi de la réforme n'est pas imposé, mais recommandé. L'Académie française a décidé de « laisser à l'usage le soin de trancher ».

Les deux orthographes, la nouvelle et la traditionnelle, sont admises depuis 26 ans. Les professeurs, au Québec comme en France, doivent tolérer la nouvelle graphie dans les examens, mais ne sont pas tenus de l'enseigner en classe. Avouez que c'est mêlant. Pardon, melant.

On peut écrire en orthographe classique ou, si on le désire, rédiger uniquement en orthographe rectifiée, ou n'appliquer qu'une partie des rectifications orthographiques. Dans le même texte, par exemple, on peut écrire aout et coût. Août et cout. Août et coût. Aout et cout. Mais si on écrit aout sans accent une première fois, on doit continuer de l'écrire de cette façon dans le texte. C'est la seule règle !

Dans les faits, cependant, on ne l'applique pas. À La Presse, vous l'aurez remarqué, on n'écrit pas picnic, mais pique-nique, on ne supprime pas le trait d'union de porte-monnaie, réglementaire conserve son accent aigu et oignon, son « i ».

Le sujet de la réforme a refait surface en novembre dernier quand le Bulletin officiel de l'Éducation nationale, en France, a rappelé ces rectifications orthographiques de 1990. Les éditeurs de manuels scolaires, qui avaient toujours refusé de les appliquer, ont changé d'avis. Résultat : les nouveaux livres d'orthographe et de grammaire pour l'année scolaire 2016-2017 seront dotés d'un macaron portant la mention « Nouvelle orthographe ».

C'est la raison pour laquelle on en parle.

Est-ce que ça va changer quelque chose ? J'en doute, parce que même si la nouvelle orthographe va entrer dans les manuels scolaires en septembre prochain, ça restera des recommandations. Rien d'obligatoire.

Ici, l'Office québécois de la langue française est favorable à l'application des rectifications de l'orthographe depuis 1991, mais n'a jamais voulu les imposer. Pas plus que le gouvernement. Et la grande majorité des étudiants continue à opter pour l'ancienne orthographe, même si la graphie moderne n'est pas fautive.

Bref, le français restera encore une des langues les plus difficiles à apprendre. Et notre aptitude à l'écrire va continuer à décliner. À moins qu'on en facilite l'apprentissage. Les autres langues européennes ont simplifié leur orthographe au fil des ans, éliminant des anomalies et des exceptions. Pourquoi le français ne pourrait-il pas y arriver ? Après tout, la langue, c'est vivant.

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