Gare aux prêts dangereux dans le métro

En novembre dernier, un vaste regroupement d'associations de... (Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse)

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En novembre dernier, un vaste regroupement d'associations de protection des consommateurs a demandé à la STM de faire cesser toute publicité de la part de redresseurs financiers et de prêteurs d'argent à taux élevé.

Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse

En matière de publicité dans le métro, la Société de transport de Montréal n'a pas toujours le compas dans l'oeil.

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Une publicité de Prêt Express 911 dans l'un des wagons du métro de Montréal

Photo fournie par l’Association coopérative d’économie familiale de l’Est de Montréal

En septembre dernier, la STM a jugé bon d'interdire une publicité de la Place des Arts sur laquelle on voyait une danseuse ensanglantée annonçant le spectacle Stabat Mater des Grands Ballets. Incitation à la violence, a statué la STM.

Alors qu'elle n'hésite pas à utiliser le délicat couperet de la censure artistique, la STM ne daigne pas retirer des publicités de prêt d'argent qui sont autrement plus dangereuses pour ses usagers. Présentés comme une façon « intelligente » d'obtenir du crédit, ces prêts à court terme s'apparentent plutôt à du prêt usuraire.

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En novembre dernier, un vaste regroupement d'associations de protection des consommateurs a demandé à la STM de faire cesser toute publicité de la part de redresseurs financiers et de prêteurs d'argent à taux élevé.

Le regroupement ciblait notamment la publicité de Prêt Express 911 qui s'affiche encore dans les wagons du métro. L'entreprise propose des prêts allant de 500 $ à 1250 $, sans « aucun document requis ».

Sur son site internet, l'entreprise met en évidence son « taux annuel » de 29 %. En soi, c'est déjà très élevé. Mais là où ça dépasse les bornes, c'est que les clients doivent verser des frais de courtage qui peuvent atteindre la moitié de la somme empruntée.

Si vous empruntez 1250 $, par exemple, vous devrez rembourser 333 $ par mois, pendant environ cinq mois, selon le simulateur en ligne de Prêt Express 911. Au total, cela fait presque 1700 $ à rembourser, soit 450 $ en frais et intérêts.

Le véritable taux de crédit s'élève donc à 84 %, dénonce Maryse Bouchard, coordonnatrice de l'ACEF de l'Est de Montréal qui agit au nom d'une dizaine d'autres associations.

On est loin des 29 % annoncés. On est largement au-dessus du taux criminel de 60 %. Et on est à des années-lumière du « prêt d'argent intelligent » que vante la publicité de Prêt Express 911 où l'on voit des billets de 100 $ virevolter au vent.

Le prêteur n'a pas répondu à nos appels et nos courriels cette semaine.

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« Ces entreprises dont vous autorisez l'affichage s'adressent à des clientèles vulnérables qui risquent malheureusement, si elles mordent à l'appât publicitaire, de se retrouver dans une situation d'endettement encore plus problématique », a écrit Mme Bouchard à la STM.

Malgré tout, la STM refuse de bouger, répondant que la campagne publicitaire n'est pas mensongère « puisqu'aucun taux d'intérêt ou fausse représentation n'y est affiché », note le directeur exécutif de la STM, Michel Lafrance.

Bien sûr ! Il n'y a pas un prêteur qui est assez fou pour écrire en gros caractères que son taux dépasse 80 %. Mais il n'en demeure pas moins que la publicité attire les consommateurs vers une dangereuse forme de crédit.

La STM a tout de même soumis la question aux Normes canadiennes de la publicité. « Si leur recommandation est de retirer les affiches, soyez assurés que nous procéderons ainsi », écrit M. Lafrance.

Mais aux Normes de la publicité, on préfère ne pas se mouiller trop vite. L'organisme recommandera le retrait de la publicité si le service est illégal. Mais il préférerait que ce soit l'Office de la protection du consommateur (OPC) qui tranche la question.

Sauf que l'OPC n'a pas l'habitude de statuer sur la légalité d'une entreprise à l'extérieur du cours normal de ses enquêtes. Cul-de-sac.

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En deux ans, l'OPC a pourtant reçu 16 plaintes contre 9281-7378 Québec (Prêt Express 911). Depuis 2015, l'Office a même envoyé trois avis d'infraction à l'entreprise, notamment pour ne pas avoir inclus les frais de courtage dans le calcul du taux de crédit qu'elle présente à ses clients.

Selon l'OPC, cela est illégal sauf - et c'est là que ça se corse - si le courtier en prêt est véritablement indépendant du prêteur auquel il réfère ses clients. Bonne chance pour démêler la nature exacte des liens entre un courtier et un prêteur !

« L'Office conduit actuellement des vérifications sur plusieurs prêteurs d'argent (incluant Prêt Express 911) qui pourraient conduire à des actions pénales », confirme le porte-parole de l'OPC, Charles Tanguay.

PrêtArgentRapide.ca qui avait reçu un avis d'infraction pour les mêmes raisons en 2015 est-il du lot ? Mystère et boule de gomme.

Mais avant qu'on ait le fin mot de l'histoire, la loi aura peut-être changé. En effet, Québec a adopté une réforme de la Loi sur la protection du consommateur (LPC) afin de remettre au pas l'industrie de la détresse financière. L'entrée en vigueur aura lieu plus tard cette année.

Avant d'accorder un prêt, les prêteurs à taux élevé seront bientôt forcés de calculer le ratio d'endettement du client et d'évaluer sa capacité de remboursement. Je doute que cette saine pratique soit compatible avec le modèle d'affaires de prêteurs comme Prêt Express 911 qui promettent de l'argent sans même jeter un coup d'oeil au dossier de crédit.

La loi interdira aussi aux prêteurs de percevoir des frais de courtage directement du client, comme le fait présentement Prêt Express 911.

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Tant mieux. Mais en attendant, les prêteurs à taux élevés et les redresseurs financiers de bas étage continuent de s'afficher impunément dans les médias.

La publicité dans le métro leur donne une crédibilité et une légitimité. Le grand public qui prend les transports en commun peut facilement s'imaginer que les publicités qui tapissent le métro sont au-dessus de tout soupçon.

Mais plusieurs passagers à la santé financière précaire - étudiants, immigrants, personnes âgées, personne à la tête d'une famille monoparentale - risquent d'être coincés dans les portes du surendettement.




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