Au secours des associations de consommateurs

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En matière de budget serré, les ACEF s'y connaissent. Parce qu'elles épaulent les consommateurs endettés depuis près de 50 ans, évidemment. Mais aussi parce qu'elles-mêmes doivent se débrouiller avec des budgets étriqués.

Les associations coopératives d'économie familiale (ACEF) sont de vraies missionnaires de l'éducation financière. Des perles rares dont on ne vante pas assez les mérites. Ce réseau communautaire unique au Québec a vu le jour en 1965 alors que les Visa et MasterCard n'existaient même pas.

Les ACEF défendaient les consommateurs avant même que la Loi sur la protection des consommateurs soit instaurée, en 1971. Elles faisaient de la «littératie financière» bien avant que cette expression ne devienne à la mode, dans la foulée de la crise financière de 2009.

Mais aujourd'hui, les ACEF se démènent comme un diable dans un bénitier, faute de financement adéquat. «Le sous-financement chronique nous essouffle», m'a confié récemment France Latreille, directrice de l'Union des consommateurs.

Alors que leur présence est réclamée dans tous les groupes de travail, les associations de consommateurs sont forcées de réduire les heures de leur personnel. «On est reconnues, on est interpellées, mais le financement ne suit pas», déplore Mme Latreille.

Pas de doute, les ACEF sont plus utiles que jamais. Dois-je vous rappeler que le taux d'endettement des ménages vient d'atteindre un nouveau record de 165%? Que les cas d'insolvabilité ont pratiquement doublé depuis 20 ans, au Canada?

Pour les consommateurs, les ACEF sont une des rares ressources indépendantes, objectives et gratuites. Malheureusement, elles n'ont que peu de moyens pour se faire connaître du grand public qui se tourne trop souvent vers des redresseurs de crédit et autres intermédiaires douteux qui s'annoncent à qui mieux mieux à la radio et sur le web.

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Mais afin de mieux rejoindre le public, les associations de consommateurs lancent aujourd'hui le nouveau site internet Tout bien calculé, en ligne dès cet avant-midi.

Désormais, il sera facile de dénicher l'association la plus près de chez vous. Lorsque vous entrerez votre code postal, on vous pointera les endroits à proximité. Une très bonne idée, car les ACEF souffraient d'un manque de centralisation jusqu'ici.

Il faut dire que les ACEF n'ont jamais été réunies sous une même enseigne. Par le passé, plusieurs regroupements se sont faits et défaits, mais aucun n'a jamais fédéré l'ensemble des ACEF.

Présentement, l'Union des consommateurs en regroupe neuf, la Coalition des associations de consommateurs du Québec (CACQ), une vingtaine d'autres. Et quelques associations ne font partie d'aucun regroupement, Option consommateurs étant la plus connue de toutes.

Le nouveau site web fournira donc une belle vitrine pour l'ensemble du réseau. Il donnera une portée provinciale aux initiatives locales et aux outils concoctés par les ACEF des différentes régions.

Le site procurera une foule d'informations sur les finances personnelles: le budget, le couple, les dettes, les créanciers, les droits des consommateurs, etc. Les internautes qui consulteront Tout bien calculé auront accès à des renseignements non biaisés, ce qui est loin d'être clair lorsqu'ils naviguent sur les sites web d'institutions financières qui ont toutes des offensives de littératie financière.

Par exemple, la Financière Sun Life a lancé le site Simplementbrillant.ca. La Banque Nationale alimente le site Je comprends.ca. La Nationale avait d'ailleurs obtenu 4 millions de dollars de financement de l'Autorité des marchés financiers, en 2010, pour mettre ce site sur les rails.

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Pendant que les institutions financières déploient des millions pour faire de la littératie, les ACEF vivent à l'heure de l'austérité.

Une bonne part de leur financement provient du ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, qui verse 1,7 million de dollars par année aux ACEF, à peine 57 000$ par organisme. De leur côté, l'Union des consommateurs et la CACQ touchent 117 000$ et 52 000$ respectivement.

Mais comme toutes ces sommes sont gelées depuis 2009, l'inflation gruge lentement mais sûrement leur budget.

Les associations de consommateurs reçoivent aussi de l'argent d'Industrie Canada, qui distribue 1,6 million à travers le Canada. Mais ces derniers temps, l'argent arrive au compte-gouttes.

Pourtant, Ottawa est un apôtre de la littératie financière depuis 2009. Une consultation pancanadienne n'attend pas l'autre! Pendant ce temps, les ACEF qui prennent directement le pouls des consommateurs manquent cruellement de moyens pour aider le vrai monde. Et même si elles font le travail sur le terrain depuis un demi-siècle, les ACEF sont parfois obligées de revoir leurs pratiques pour répondre aux grands objectifs de littératie financière d'Ottawa!

Pour ajouter à leurs difficultés financières, les associations de consommateurs risquent aussi de perdre des sommes qu'elles touchaient parfois dans le cadre du règlement des recours collectifs qu'elles pilotaient, en raison d'un jugement récent.

Il est à craindre que les associations ne s'impliquent de moins en moins dans les recours collectifs si elles ne peuvent pas être rémunérées pour les longues heures qu'elles consacrent à ces dossiers complexes. Ce serait bien dommage.

Mais en réalité, les associations vivent avec des budgets si serrés qu'elles doivent remettre en question toutes les activités qui ne sont pas directement liées à une source de financement.

Cela les éloigne de leur mission de base. Après 50 ans d'existence, il me semble que les ACEF méritent une véritable reconnaissance financière leur permettant de répondre aux besoins criants des consommateurs.




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