Naufrage d'un important site d'achats groupés

Oubliez les aubaines fracassantes, les rabais allant de 50 à 90%. Avec le récent naufrage de TeamBuy et DealFind, les amateurs d'achats groupés risquent plutôt de perdre leur mise.

Le numéro deux canadien des achats groupés, derrière Groupon, s'est placé sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité le 29 août dernier, laissant sur le carreau des centaines de commerçants locaux qui annonçaient leurs produits sur ses sites web.

D'après la liste des créanciers de TeamBuy et DealFind, qui s'étire sur 85 pages, les dettes s'élèvent à 10,9 millions de dollars. De nombreux petits commerçants du Québec vont boire la tasse. Au nombre des créanciers, on retrouve beaucoup de restaurants (NewTown, Le Bifthèque, etc.), des clubs de golf (Golf le Mont Grégoire, Champlain Golf Club, etc.), des spas et des salons de beauté (Centre de santé renaissance, Diamond Spa, Permalaser etc.).

N'ayant pas été payés, certains commerçants refusent maintenant d'honorer les bons de réduction dûment achetés par les internautes. Le plus frustrant pour les consommateurs, c'est que TeamBuy/DealFind continue de vendre des bons de réduction, malgré sa déroute financière.

C'est ainsi qu'André Larocque a payé 49$ pour un coupon d'une valeur de 100$ échangeable au restaurant Papillon bleu, dans le Vieux-Montréal. Il a réglé son achat le 9 septembre, soit 10 jours après que l'entreprise a demandé la protection des tribunaux.

Vendredi dernier, soit le 19 septembre, il a voulu utiliser son bon de réduction. Impossible. Tommy Woo, propriétaire du restaurant, explique que la trentaine de coupons qui sont encore en circulation vont tomber à l'eau, car lui-même ne peut pas récupérer les quelque 1000$ que lui doit le site d'achats groupés.

M. Woo et M. Larocque ont bien tenté de parler à TeamBuy/DealFind (toutes deux sous la coupe de Couch Commerce). Mais l'entreprise ne leur a pas donné signe de vie. Pas plus qu'à La Presse, d'ailleurs.

La société ontarienne TeamBuy a pris son envol en 2009 après avoir reçu un investissement lors de son passage à Dragons' Den, grand frère de l'émission Dans l'oeil du dragon diffusée à Radio-Canada.

Consolidation en vue

En 2013, l'entreprise a fusionné avec DealFind. Elle se targuait alors de compter 3,5 millions de membres et de rejoindre 1 Canadien sur 10. Mais l'entreprise n'a pas réussi à résoudre les nombreux problèmes de service à la clientèle auxquels DealFind faisait face, rapporte la Canadian Deals and Coupons Association.

Pour rester en vie, TeamBuy/DealFind discute présentement avec l'américaine nCrowd qui a déjà racheté plusieurs sites web en difficulté aux États-Unis. L'entente procurerait «un résultat juste et raisonnable dans les circonstances pour les créanciers», précisent les documents présentés en cour.

Les sites d'achats groupés reposent tous sur le même concept. Chaque jour, on diffuse une aubaine fracassante proposée par un commerçant. L'offre est activée lorsque le site obtient suffisamment de réponses de la part de ses abonnés qui reçoivent les aubaines par courriel.

Les clients obtiennent ensuite un chèque-cadeau qu'ils doivent utiliser chez le commerçant dans les délais indiqués. Sinon, ils perdent le rabais. Mais ils peuvent toujours obtenir des services pour la somme qu'ils ont réellement déboursée, conformément à la Loi sur la protection du consommateur.

Mais au fil des ans, le concept a perdu de son attrait. Bien des internautes se lassent de recevoir tous les jours des offres qui inondent leur boîte de courriels.

Même Groupon, qui avait une valeur de 13 milliards de dollars lors de son inscription en Bourse en 2011, a du plomb dans l'aile. Son action a perdu les trois quarts de sa valeur, alors que l'entreprise cherche toujours un modèle d'affaires réellement rentable.

Mais lorsque les offres groupées tournent au vinaigre, les consommateurs lésés se retrouvent pris entre deux feux.

En cas de faillite d'un site web d'achats groupés, l'internaute n'a pas de recours contre le site web, dans la mesure où l'entreprise a rempli son engagement, c'est-à-dire fournir le fameux bon de réduction.

Par contre, le client peut exiger du commerçant qu'il honore le bon, et même le poursuivre s'il le faut. «Ce sera ensuite au commerçant d'entreprendre des procédures pour récupérer son argent auprès du site web», m'a expliqué le porte-parole de l'Office de la protection du consommateur, Jean-Jacques Préaux.

Si le commerçant ne veut rien entendre, le consommateur ne peut même pas s'en tirer en demandant une rétrofacturation à l'émetteur de sa carte de crédit, ajoute-t-il. Dommage, car cette procédure est une façon simple de récupérer son argent lorsqu'on n'a pas reçu un produit ou service commandé par l'internet.

Le consommateur est aussi coincé quand c'est le commerçant qui ferme ses portes sans honorer les bons émis. Légalement, le site web d'achats groupés n'est pas responsable, car il n'est qu'un intermédiaire. Alors, les consommateurs se retrouvent parmi les créanciers du commerçant.

Toutefois, plusieurs sites ont une politique interne qui protège la clientèle à différents degrés. Alors, lisez bien les conditions en petits caractères. Et utilisez votre bon de réduction le plus rapidement possible. Cela réduira les risques de perdre votre fracassante aubaine dans une faillite.




la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer