Le Québec est stone

Ils ont gagné, les hippies. Cinquante ans plus... (Photo Mark Blinch, Archives La Presse Canadienne)

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Ils ont gagné, les hippies. Cinquante ans plus tard, le pot n'est plus interdit, note notre chroniqueur.

Photo Mark Blinch, Archives La Presse Canadienne

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Ils ont gagné, les hippies. Cinquante ans plus tard, le pot n'est plus interdit. Les gens au pouvoir dans les années 60, qui détestaient l'herbe, sont aujourd'hui devenus de l'engrais. Et les hippies, cheveux coupés, ont pris leur place. Le monde finit toujours par changer, suffit de ne pas être pressé.

Plus besoin de « spéculer », on sait maintenant comment la cigarette du diable va devenir la cigarette de l'État. Dès cet été, on verra apparaître les magasins de la SQC. La Société québécoise du cannabis. À ne pas confondre avec la SQ tout court. La Sûreté du Québec. L'une tape plus fort que l'autre.

Il y aura d'abord 15 magasins, et ça va monter jusqu'à 150. Un député de la CAQ a fait remarquer qu'il y aurait plus de succursales de pot au Québec que de restaurants St-Hubert. Ouais. Pis ? Quel est le rapport ? Pas évident. Peut-être que le caquiste a l'habitude de se faire venir du St-Hubert après deux, trois joints. Voilà pourquoi il favorise une parité entre les deux services, l'un n'allant pas sans l'autre. Ça se tient.

Selon la ministre Lucie Charlebois, responsable du dossier, les magasins ne seront pas super attrayants. Oh boy, ça risque de faire peur grave ! Les établissements gouvernementaux ne sont déjà pas attrayants quand ils essaient de l'être. Imaginez quand ils vont faire exprès pour faire dur. On risque d'halluciner avant même d'avoir allumé. Pas sûr que la firme engagée pour faire des boutiques laides va le mettre sur son CV.

Les conseillers de la SQC pourront expliquer les effets des différentes sortes d'herbe aux clients. Les entrevues pour obtenir un emploi ne seront plus jamais les mêmes :

« Bonjour !

- Bonjour ! As-tu déjà fumé de la drogue ?

- Non.

- Désolé, on ne peut pas t'engager. Bye ! Prochain candidat ! 

- Bonjour !

- Bonjour ! As-tu déjà fumé de la drogue ?

- Euh... Oui...

- Excellent ! Est-ce que tu as fumé plein de sortes différentes ?

- Euh... Pas tant que ça. Mais je peux me rattraper en fin de semaine.

- Parfait ! On veut que nos conseillers sachent de quoi ils parlent. »

Si on veut fumer du pot, on n'aura pas le choix d'aller à la SQC, parce qu'il sera interdit d'en cultiver chez soi, même en petite quantité. C'est ce qu'on appelle couper l'herbe sous le pied de la concurrence et s'assurer le monopole. Les producteurs de tomates rêvent d'une telle restriction.

Pour ce qui est de la possession, on pourra se promener avec 30 g dans nos poches et garder 150 g dans nos tiroirs. Ça paraît ben dans une loi, mais qui va vérifier combien de grammes de pot tu as dans ta maison ? Ça fait des décennies que le monde se drogue à domicile et c'était illégal d'en avoir. Qui va aller vérifier, maintenant que c'est légal, combien t'en as ! ?

Le gouvernement n'a toujours pas fixé le prix du gramme de cannabis. Ça devrait être entre 6 et 10 $. Si c'est trop cher, ça va faire l'affaire de la mafia, qui va en vendre plus sur le marché noir. Et si c'est vraiment pas cher, ben, on risque de créer une société de drogués, parce que quand c'est pas cher, tout le monde en achète ! À deux piastres le gramme, le pot va remplacer le Vinier, le Coke et les chips !

Deux points importants différencient la loi québécoise de celle de sa voisine ontarienne : au Québec, on aura droit de fumer du pot à 18 ans, tandis qu'en Ontario, il faudra attendre ses 19 ans. La jeunesse d'Ottawa va donc passer ses soirées à Gatineau. Et au Québec, contrairement à l'Ontario, on pourra fumer dans les espaces publics. À 9 m des bâtiments, comme pour la cigarette. On voit déjà la scène : un groupe de fonctionnaires, durant la pause-café, savourant leur joint à 9 mètres du complexe Guy-Favreau. On risque de recevoir notre passeport en retard.

C'est cette mesure qui va vraiment tout changer. Parce que, légal ou pas, ça fait longtemps que le monde fume du pot. Mais en privé. Là, tu vas pouvoir allumer ton pétard à 9 m d'un poste de police. Le Québec va devenir un grand Osheaga ! Ça va sentir le Harmonium, même devant le Tim Hortons.

Seule règle pouvant faire éviter le Woodstock à l'année, ce sera tolérance zéro pour les automobilistes. Tout chauffeur avec une trace de THC dans sa salive perdra son permis durant trois mois. Le THC se détectant encore six heures après sa consommation, qui fume un joint a intérêt à prendre les transports en commun. C'est la nouvelle mairesse qui va être contente. Plus de drogués, moins d'autos. Cannabis et Plante, même combat !

Comme on peut le constater, le gouvernement du Québec aurait aimé avoir plus de temps pour encadrer la vente de pot. Il a demandé au fédéral d'attendre une autre année avant de légaliser la drogue qui rend niaiseux. Justin a dit non. Prêt, pas prêt, il a dit que ça allait être le 1er juillet 2018, ça va être le 1er juillet 2018. Juste pour l'emmerder, si j'étais le gouvernement du Québec, j'ouvrirais les magasins de la SQC dès le 24 juin. Si on peut fêter le Canada gelé, faudrait aussi pouvoir fêter le Québec gelé !

On est distinct ou on ne l'est pas !




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