150 ans plus tard

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Une visiteuse a profité de son passage à Peggy's Cove, en Nouvelle-Écosse, pour célébrer la fête du Canada, le 1er juillet 2016.

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Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

La fête nationale des Français est le 14 juillet parce que le 14 juillet 1789, le peuple français s'est soulevé et a renversé la monarchie en prenant la Bastille. La fête nationale des Américains est le 4 juillet parce que le 4 juillet 1776, le peuple américain a déclaré son indépendance. La fête nationale du Mexique est le 16 septembre parce que le 16 septembre 1810, le curé Miguel Hidalgo fit un appel au peuple, déclenchant la guerre d'indépendance contre l'Espagne. La fête nationale de l'Argentine est le 9 juillet parce que le 9 juillet 1816, l'Argentine a proclamé son indépendance.

La fête du Canada est le 1er juillet parce que le 1er juillet 1867... Euh... Que s'est-il passé le 1er juillet 1867 ? Au Canada, rien, comme d'habitude. Ça s'est passé à Londres. Ce jour-là, un lundi, la reine Victoria a promulgué l'Acte de l'Amérique du Nord britannique. C'est tout. Le Canada n'a pas changé de statut. Il était toujours sous la domination de la Couronne britannique. Le 1er juillet 1867, au fond, c'est la naissance du gouvernement fédéral. Fini, le Haut-Canada et le Bas-Canada. À partir du 1er juillet 1867, le Canada est une confédération composée de quatre provinces : l'Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse.

Comment est né ce nouveau pays ? Grâce à une révolution des masses ? À une épopée ? Aux brillants exploits des bras qui savent porter l'épée ? Pas du tout. Grâce à la principale activité des gens de notre pays : la conférence. Le British North America Act est le résultat des conférences de Charlottetown et de Québec.

Le Canada est un rapport. Une entente. Un compromis. Ça peut sembler plate, mais en même temps, il y a quelque chose de sympathique dans la création d'une nation, sans bataille, sans guerre, sans effusion de sang. Un pays né en jasant, tout simplement. En discutant. C'est sûr que la chose aurait été plus porteuse si tout le monde avait eu droit de parole au cours de ces discussions. Ce ne fut pas le cas. Le peuple n'était pas là. Le peuple était occupé à récolter le blé et à planter les patates. Ce sont les notables qui ont décidé de son pays. Les pères de la Confédération. Le Canada a été fondé comme on fonde une entreprise. Avec un conseil d'administration.

Et qu'a-t-on fait depuis 150 ans ? On a continué à jaser. À discuter. À se demander ce qu'est le Canada. Et pour certains, à se demander si on veut y rester.

Les Canadiens ont toujours la reine comme souveraine. C'est absurde. On en parle parfois, mais on laisse ça comme ça. Ce serait trop compliqué à changer. Quand ça va ben, ça va ben.

Si on fait exception des actions du FLQ, tout le mouvement pour l'indépendance du Québec est un combat de mots. Les uns disent : « Vive le Québec libre ! » Les autres disent : « Je veux garder mes Rocheuses ! » Les uns disent : « Faut se séparer du Canada ! » Les autres disent : « Faut pas perdre la péréquation ! » Les uns disent : « Oui ! » Les autres disent : « Non ! » Paroles, paroles, paroles...

Pendant ce temps, le temps passe, et ça fait 150 ans qu'on y est. Qu'on y vit. Et qu'on s'y arrange pas si mal que ça. S'il y a un trait commun qui unit les habitants du Canada, d'un océan à l'autre, c'est notre aversion pour les grands chocs. Les Canadiens n'aiment pas les problèmes. On est nés sans faire de bruit. Et on a grandi ainsi. On veut du changement, en autant que rien ne change. Si les Québécois ont dit NON à deux reprises, lors des référendums sur l'indépendance, c'est parce qu'ils n'aiment pas le trouble. Ah ! non, va pas falloir que j'aille me faire faire un autre passeport ! ? C'est non, d'abord !

C'est si rare, un pays qui n'aime pas les gros tourbillons. Un pays qui ne monte pas au créneau. Qui ne déchire pas sa chemise. Un pays de conférences et de commissions d'enquête. Un pays résolument paisible.

Sur plusieurs drapeaux nationaux, on trouve des étoiles. Sur celui du Canada, on trouve une feuille d'érable. Le Canada est un arbre. Il ne brille pas dans les cieux. Il est là. Il ne rugit pas comme le lion. N'en impose pas comme l'aigle. N'effraie pas comme l'ours. Il pousse petit à petit. En silence. Sans crier. On peut s'y réfugier. On peut le quitter. Il reste là. Immuable.

Cent cinquante ans, c'est la fleur de l'âge pour un érable. S'il veut continuer à s'épanouir et prendre sa place au soleil, il doit faire attention à ses racines.

Elles sont multiples. Mais si une seule d'entre elles dépérit, si une seule d'entre elles s'assimile, si une seule d'entre elles perd son sens, sa différence, si l'une de ses racines meurt, c'est l'arbre entier qu'il faudra couper.

Protégera nos foyers et nos droits. Nos foyers, c'est notre langue, notre culture, notre âme.

On célèbre les 150 ans d'un accord qui incluait le Québec. Qui n'aurait pu exister sans le Québec. Cent cinquante ans plus tard, le Québec ne fait plus partie de la Constitution. Ce n'est pas normal. Ça ne règle rien de l'ignorer. Il faut s'en occuper. L'inclusion, c'est pas juste pour les autres.

Ce n'est pas parce qu'une majorité de Québécois ne veulent pas se séparer qu'ils veulent disparaître.

Canada, donne-lui les moyens de survivre. De vivre sûr et certain.

Ce n'est pas des problèmes.

C'est de la sagesse. Et ça, c'est très canadien.

Bonne fête, Canada !




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