Les cadeaux

Stéphane Laporte... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Stéphane Laporte

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Stéphane Laporte

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La Presse

Bon ! Tous les ans, c'est la même chose. Des esprits éclairés nous font sentir coupables d'acheter des cadeaux à Noël. On est des cons. Des consommateurs. On n'a rien compris. On joue le jeu de l'empire du cash. On est des poules pas de tête déambulant dans les centres commerciaux.

Hypnotisés par la pub. On croit que le bonheur, c'est un drone, un polo Lacoste ou une sacoche. On est vides. Vides de sens. On cache notre absurdité sous du matériel. On est des êtres superficiels. Qui essaient de faire pardonner leur absence et leur lâcheté avec des offrandes chromées.

Eille ! Wô ! C'est pas ça pantoute ! On veut juste faire plaisir aux gens qu'on aime. C'est pour ça qu'on leur achète des cadeaux. Point. C'est sûr que ça fait ben du monde dans les magasins. Que voulez-vous, Noël tombe le 25 pour tout le monde ! Faut pas s'étonner que les autres veuillent faire la même chose que nous.

Pourquoi s'en prendre au magasinage du temps des Fêtes ? C'est le plus beau. De janvier à décembre, les gens achètent aussi. Ils achètent de la bouffe, de la boisson, du linge et des bébelles. Pour eux. Pour leur satisfaction personnelle. Pendant quelques semaines, ils achètent les mêmes gogosses, mais pour les autres. C'est plutôt sympathique.

Avant de se révolter contre les choses que les gens se donnent, révoltons-nous contre les choses que les gens ne se donnent pas.

Bien sûr, c'est plus important de donner du temps, de donner de l'amour, de donner de la tendresse. On n'est pas caves. L'un n'empêche pas l'autre. Au contraire. Le cadeau est le symbole de ce temps, de cet amour, de cette tendresse. Ce n'est pas une fin en soi. C'est un signe.

Donner un cadeau à quelqu'un, c'est d'abord penser à lui. Se demander ce qui lui ferait plaisir. C'est certain qu'un simple sourire lui fait plaisir. Mais là, on cherche la représentation de ce sourire. Comme l'art est l'incarnation de l'âme humaine, le cadeau est l'incarnation du sentiment qu'on a pour quelqu'un. Notre sentiment n'est pas une cafetière, un collier ou une paire d'Adidas. Notre sentiment, c'est le désir que soit avec lui quelque chose qui vient de nous. C'est tout. On le sait que dans six mois, ça risque de se retrouver au fond d'une garde-robe. C'est pas grave. Un cadeau, ce n'est qu'un souvenir. Le souvenir du moment où on le donne.

C'est ça, l'important. Cet instant fébrile de la remise du présent. C'est pour ça qu'on emballe les cadeaux. Pour que tout l'accent soit mis sur le geste. Et non pas sur l'objet. Imaginez, si on donnait nos cadeaux pas emballés. Quins, ton parfum ! Quins, ton kit à raclette ! Quins, ton coffre à outils ! Ça n'aurait aucun sens. C'est l'emballage qui permet la cérémonie. Qui permet à la personne qui donne de dire : « Attends, j'ai quelque chose pour toi... » Et qui permet à la personne qui reçoit de répondre : « Ben, voyons donc ! Fallait pas... »

Remarquez, à ce moment-là, le donneur est aussi excité que le receveur. Pas besoin d'enlever le ruban pour découvrir l'amour que l'un porte à l'autre. Il est très visible dans la transmission de la boîte. Dans la douce gêne ambiante. J'espère que tu vas l'aimer... Je n'en mérite pas tant...

Et ce qui est encore plus génial, à Noël, que lors d'un anniversaire, c'est que la personne qui reçoit enchaîne en disant : « Moi aussi, j'ai quelque chose pour toi... » L'échange. La réciprocité. C'est le sens du cadeau.

Paul aurait pu s'acheter lui-même un chandail et ne rien donner à Émilie. Émilie aurait pu s'acheter elle-même une écharpe et ne rien donner à Paul. Mais c'est tellement plus mignon qu'Émilie donne un chandail à Paul et que Paul donne une écharpe à Émilie.

Donner un cadeau, c'est être dans les bras de l'autre.

Il y a un risque que Paul se retrouve avec un chandail laid et qu'Émilie se retrouve avec une écharpe démodée. C'est pas grave. Un cadeau n'est pas une acquisition. Un cadeau n'a pas à être rentable. Un cadeau, c'est une fantaisie. Et si on manque de sous, on donne un dessin, un mot, une fleur. La représentation d'une pensée. Celle de vouloir rendre l'autre heureux.

Le plus beau du cadeau est toujours dans les yeux de la personne qui l'offre. C'est cette image qu'on garde le plus longtemps.

Tout ça pour vous dire de prendre votre temps en donnant vos cadeaux, ce soir. Dans 10, 20, 30 ans, vos enfants, vos amis ne se souviendront probablement pas de ce qu'il y avait dans la boîte, mais ils se souviendront toujours des étoiles dans vos yeux.

Je vous souhaite le plus doux des Noëls. Et que l'élan d'amour qu'on a pour nos proches crée une vague assez grande pour qu'il réconforte nos lointains. Pour que la paix remplace la guerre.

C'est permis de rêver, au moins cette nuit.




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