Chronique

Mon cher travail, c'est à ton tour...

« La première façon d'aimer son travail, c'est de... (PHOTO MARTIN TREMBLAY, archives LA PRESSE)

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« La première façon d'aimer son travail, c'est de bien le faire. On n'aimera jamais un travail que l'on fait à moitié », croit notre chroniqueur.

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C'est le week-end de la fête du Travail. Et comment célébrons-nous le travail ? En ne travaillant pas durant trois jours ! Étrange. C'est comme si, à la Saint-Valentin, on partait à la chasse avec ses chums de gars. C'est comme si, à la fête des Mères, on donnait un cadeau à son père. C'est comme si, le 24 juin, on allait fêter la Saint-Jean chez Don Cherry. C'est la fête du Travail ! Ce n'est pas la fête du Congé ! Pourtant, le seul qui n'est pas invité à la fête, cette fin de semaine, c'est le travail. Pauvre lui... Boudé comme à toutes nos célébrations.

L'humain a un rapport complexe avec le travail. Si l'on se fie à son sens étymologique, travail signifie torture. Ce l'est pour plusieurs. Pour tous ceux qui n'aiment pas l'occupation qui leur permet de gagner leur vie. C'est un grand malheur. Imaginez, passer vos journées à attendre qu'il soit 17 h. Passer vos semaines à attendre le vendredi soir. Passer vos années à attendre le mois de juillet. Ne jamais vivre dans le présent. Vivre toujours dans l'espoir d'un instant trop court. Ça use et ça déçoit.

Il faut apprendre à aimer ce que l'on est, mais il faut aussi apprendre à aimer ce que l'on fait. Parce qu'on est beaucoup ce que l'on fait.

Il faut aimer son travail. C'est vital. Je sais, je ne suis pas bien placé pour parler. Je fais partie des privilégiés qui gagnent leur vie en pratiquant leur passion. Écrire, avoir des idées, les réaliser. Ce n'est pas du labeur. C'est du bonheur. Je ne travaille pas. Je vis. Je suis chanceux. Tout le monde n'a pas cette chance. Vrai. Mais pour être chanceux, encore faut-il saisir sa chance. Trop de gens n'essaient même pas.

On ne peut pas passer son existence à accomplir un boulot qu'on n'aime pas si on n'a jamais essayé d'obtenir la job de nos désirs. Bien sûr, il faut se trouver une paie. Bien sûr, les bons emplois sont rares. Bien sûr, souvent, on n'a pas le choix. Mais il ne faut jamais perdre de vue son rêve, peu importe la sale besogne qu'on a à faire. Même si l'on est très loin de son rêve, il peut nous guider, comme les étoiles guident les voiliers. L'important, c'est de s'en approcher.

Votre passion, c'est la bouffe ? OK, il y a peu de chances que vous ouvriez votre restaurant demain matin. Mais vous pouvez devenir plongeur. Pas un plongeur fru, qui lave la vaisselle à moitié et qui a juste hâte de sacrer son camp. Non, un plongeur appliqué, qui lave la vaisselle parfaitement, les yeux grands. Et qui observe. Et qui apprend. Et qui comprend que chaque tâche est un défi. Et qui devient le meilleur plongeur du restaurant. Avant de devenir le meilleur assistant. Avant de devenir... On ne sait jamais, on a le droit de rêver quand on a bien travaillé...

Peu importe son métier, aussi modeste soit-il, aussi éreintant et répétitif soit-il, il faut trouver une raison de l'aimer. Autre que l'argent. On a environ 30 000 jours à passer ici-bas, c'est pas vrai que l'on va en perdre les deux tiers à se faire chier.

La première façon d'aimer son travail, c'est de bien le faire. On n'aimera jamais un travail que l'on fait à moitié. On n'aimera jamais un travail bâclé. Parce qu'il ne nous procurera aucune satisfaction. Aucune fierté.

Il n'y a que le travail bien accompli, celui dans lequel on s'est investi, qui peut fait naître en soi l'agréable sentiment d'être content. Tout simplement content. Alors tant qu'à travailler, travaillons bien. Et le travail ne sera plus fardeau. Et le travail deviendra bagage.

Vous avez sûrement plein d'activités prévues en ce week-end de la fête du Travail. Des randonnées, des soupers, New York ou le chalet. Prenez un petit moment pour penser à votre job. Je sais, vous voulez justement vous changer les idées, mais n'y pensez pas comme vous le faites au quotidien. N'y pensez pas le nez collé dessus. Pensez-y avec du recul. Les yeux dans les airs. L'aimez-vous, votre job ? Vous aime-t-il ? Comment pourriez-vous l'aimer encore plus ? Comment pourrait-il mieux vous aimer ? Et si vous arrivez au constat que ça ne cliquera jamais entre vous deux, quoi faire pour en trouver une autre ?

Comprenez-moi, il n'y a pas que le travail dans la vie. Dans la vie, il y a avant tout les gens. Notre famille, nos amis, nos voisins, le monde. Et c'est pour eux qu'on travaille, justement. Tout le temps. Peu importe ce que l'on fait, que l'on ramasse des bleuets, que l'on pilote des avions, que l'on enseigne l'anglais, que l'on nettoie des maisons, c'est toujours pour quelqu'un. Ça sert toujours à quelque chose. C'est utile. Pour les autres. Et c'est pour ça que le travail n'est pas seulement un rouage de l'économie, c'est le fondement de la société.

Avant, avant, avant, dans la nuit des temps, l'homme et la femme ne travaillaient pas. Ils étaient trop occupés à survivre. Puis un jour, ils ont compris que si chacun apportait sa contribution, si chacun était le complément de l'autre, ils auraient plus de chances de survivre. Ils auraient même la chance de vivre. Ensemble.

Tous les travailleurs sont des gagnants, parce qu'ils gagnent leur vie. Et permettent aux autres de gagner la leur. C'est la plus belle chaîne humaine. Il faut lui faire attention. Ne tolérer aucun exploiteur, aucun esclavagiste. Aucun dirigeant qui ajoutera un boulet au bout de la chaîne. Je sais, ce n'est pas la fête des Travailleurs du 1er mai, c'est celle du premier lundi de septembre, beaucoup plus pépère, n'empêche, s'il est important d'aimer son travail, il est aussi important que celui pour qui on le fait l'aime aussi. Et le respecte.

Le travail est l'exercice de la fraternité.

Sur ce, je vous souhaite un beau lundi de la fête du Travail ! Et un très beau mardi, au travail !

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