Un printemps sans hockey

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Durant ma tendre jeunesse, c'est arrivé une seule fois. Les gens de ma génération s'en souviennent encore comme on se souvient d'une épouvantable catastrophe.

Nous sommes au printemps 1970. Robert Bourassa est le nouveau chef du Parti libéral. Les Beatles sont sur le point de se séparer. Michael Jackson chante avec ses frères I Want You Back. Et Steve Fiset interprète Les chemins d'été, la première chanson d'un jeune parolier nommé Luc Plamondon.

L'année précédente, le Canadien avait gagné la Coupe Stanley, comme il se doit. Et l'année avant l'année précédente aussi. Pourtant, la saison 1969-1970 est une succession de malheurs. Les joueurs du Tricolore ne cessent de se blesser. Ben oui, ça arrive. Le capitaine Jean Béliveau, Henri Richard, Jean-Claude Tremblay, John Ferguson et Serge Savard tombent, tour à tour, au combat. Gilles Tremblay doit prendre sa retraite, en pleine saison, à cause de son problème d'asthme.

Au dernier week-end du calendrier « régulier », on ne sait toujours pas si la sainte Flanelle va participer aux séries. Les fans sont médusés. Normalement, on se demande en combien de matchs le CH va gagner la Coupe, et là, ça se peut qu'on ne soit pas là pantoute.

Le Canadien est à égalité avec les Rangers de New York au quatrième rang de la section Est de la LNH, le dernier échelon pour participer aux éliminatoires. Si cette égalité persiste, c'est l'équipe qui aura le plus haut total de buts marqués durant l'année qui sera qualifiée.

Curieusement, à leur dernier match de la saison, le dimanche après-midi, les Rangers battent les Red Wings, 9 à 5 ! Oui, 9 à 5 ! Detroit n'a même pas fait jouer ses joueurs vedettes, comme s'il voulait s'assurer de ne pas avoir le CH dans les pattes durant les séries. On a laissé les Blue Shirts scorer allègrement. La conspiration, c'est pas juste en politique.

À son dernier match, le dimanche soir, pour avoir la chance de défendre son titre, le CH doit donc gagner ou faire match nul ou compter au moins cinq buts. Rien de tout cela ne se produit. Le bleu-blanc-rouge perd 10 à 2 contre Chicago, le coach Claude Ruel ayant retiré son gardien avec 10 minutes 44 secondes à jouer en troisième, dans l'espoir de marquer les 3 buts qui auraient permis à son équipe de devancer les Rangers. C'est la honte. C'est la crise d'avril 70.

Nous sommes le 5 avril 1970 et la saison de hockey vient de se terminer à Montréal. Ce n'était pas arrivé depuis 1948. Durant 21 saisons consécutives, le Canadien a participé aux séries de la Coupe Stanley.

Le lundi matin, à l'école, tous les enfants boudent. Nos héros nous ont déçus. « On file rejets ». C'est comme si on était privés de dessert pour les deux prochains mois. Heureusement, nous avons de nouveaux héros fraîchement débarqués en ville. On a rangé nos bâtons de hockey et on a sorti nos bâtons de baseball. Et au lieu de se prendre pour Jean Béliveau, on s'est pris pour Rusty Staub. Cette année-là, l'été est arrivé début avril dans les ruelles de la métropole.

Le Tricolore a eu sa leçon. Durant les 23 saisons suivantes, il participera toujours aux séries. L'année 1970 ne fut qu'une erreur de parcours. Une absence. Une bulle au Jack-strap. Entre 1949 et 1995, le Canadien s'est présenté à la grande fête du hockey, 45 fois sur 46 rendez-vous. On appelle ça de la constance. Le festival des séries de la Coupe Stanley s'installait à Montréal avec la même régularité que le Festival de jazz ou le festival Juste pour rire. Ce n'est plus le cas.

Zéro fièvre des séries en 1995, en 1999, en 2000, en 2001, en 2003, en 2007, en 2012 et encore cette année. C'est vraiment plate. Bien que l'habitude de faire partie des exclus commence tranquillement à s'installer, on ressent tout de même une morne tristesse à voir les autres jouer sans nous. On ne peut même pas se tourner vers les Expos. Il reste toujours l'Impact. C'est votre chance. Donnez-nous de quoi à rêver, les bleu-blanc-noir, pas juste sur des vidéos olé-olé.

Lundi, ce fut la conférence de presse des faces longues. Si on résume les propos des Molson, Bergevin et Therrien : « Quand Price va revenir, ça devrait être moins pire. » C'est court.

Que l'on ne puisse pas gagner la Coupe Stanley sans Price, O.K. C'est admissible. Qu'on ne puisse pas participer aux séries sans Price... C'est inadmissible.

Ça ne s'accepte pas. Une équipe ne peut miser sur un seul joueur, son niveau de respectabilité. No excuses c'est no excuses. L'organisation et les joueurs semblent s'être pardonné trop rapidement cette année de misère. Ce constat est encore plus décourageant que la saison elle-même. Ça n'annonce rien de bon.

Cette équipe a dramatiquement besoin de voir plus grand.

Sachez, les boys, que notre printemps sera moins joyeux à cause de vous. Vous nous avez privés de plein de moments de réjouissance en famille et entre amis. Ce n'est pas rien.

Vous nous devez un printemps.

Ne l'oubliez pas, à l'automne.

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