Les réfugiés américains au Canada

Désormais, bien des Américains ne demandent plus comment... (PHOTO Richard Perry, The New York Times)

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Désormais, bien des Américains ne demandent plus comment arrêter Donald Trump, mais plutôt, comment le fuir, écrit notre chroniqueur.

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Le super mardi l'a surtout été pour Hillary Clinton et Donald Trump. Les deux ont remporté les primaires de leur parti respectif dans la majorité des États convoités. Ils sont ainsi devenus, sans l'ombre d'un doute, les deux grands favoris à la course à la présidence des États-Unis.

Hillary, on s'en doutait. Son rival, Bernie Sanders, avait beau, au début de la campagne, faire mieux que prévu, on savait bien que le Amir Khadir américain allait un jour manquer de gaz. Ce qui n'est pas une catastrophe lorsque l'on est vert.

Dans le cas de Trump, c'est ce qu'on appelle, dans la langue de Stallone, un reality check. Bien des Américains vivaient dans le déni, convaincus que tôt ou tard, la balloune Trump allait exploser en plein vol. Mardi, il a fallu constater l'évidence : Trump n'est pas une balloune, c'est un drone. Qui se faufile partout. Autant dans les États du Nord que du Sud. Autant chez les rednecks que chez les Latinos. Trump est en voie de devenir le candidat républicain pour la Maison-Blanche.

Il a beau faire plus de gaffes en une heure que l'ex-ministre Yves Bolduc durant toute sa carrière, ses bourdes ne nuisent pas à son ascension. Au contraire, chaque faux pas le rapproche du sommet. Tellement que désormais, bien des Américains ne demandent plus comment l'arrêter, mais plutôt, comment le fuir.

Savez-vous quelle était la demande de recherche la plus populaire sur Google, mardi soir ? Comment déménager au Canada. Pas de farce. Les Américains qui ont peur de l'oncle Donald veulent venir vivre chez nous. À 22 h, 10 000 résidants américains consultaient le site d'Immigration Canada. C'est pas juste des énoncés de tweets. Les Yankees sont sérieux.

Un Canadien du Cap-Breton, Rob Calabrese, a lancé un site internet nommé Si Trump gagne, déménagez au Cap-Breton. Près de 1 million de personnes sont allées visiter son site. L'Office du tourisme du Cap-Breton croule sous les demandes d'informations. Les agents d'immeubles ne cessent de répondre à leur cellulaire pour renseigner les gens à propos du prix des propriétés. La télévision américaine a même débarqué au Cap-Breton, faire des reportages sur cette terre promise. C'est la big séduction. Au lieu qu'un petit village accueille un médecin, un petit village accueille un peuple ! Cap-Breton saves America !

On délire, mais ça va peut-être arriver. Imaginez le 8 novembre prochain, Donald Trump devient le 45e président des États-Unis. La Maison-Blanche devient la Maison-Fluo. Des milliers d'Américains honteux décident de se sauver au nord. Et rapidement ! Parce qu'ils craignent qu'au lieu de bâtir un mur sur la frontière américano-mexicaine, pour empêcher les Mexicains d'entrer aux États-Unis, Donald Trump bâtisse un mur le long de la frontière américano-canadienne pour empêcher les Américains de se sauver des États-Unis.

Le Canada, bien sûr, est ouvert et généreux. Après avoir accueilli les réfugiés syriens à l'aéroport, Justin Trudeau accueille des réfugiés américains aux « lignes » de Lacolle. Welcome to Canada ! Nous avons plein de familles prêtes à s'occuper de vous. Surtout si vous vous appelez Leonardo DiCaprio ou Beyoncé. On organise des téléthons pour aider les Américains. On fait tout pour qu'ils se sentent chez eux. On va même jusqu'à leur vendre nos entreprises. Ah non ! Ça, pas besoin, on le fait déjà.

Vous me direz que l'intégration d'un réfugié américain ne devrait pas être trop difficile. C'est sûr que lorsque l'exilé du Massachusetts, nouvellement arrivé dans un camp de réfugiés des Cantons-de-l'Est, va ouvrir la télé, il ne risque pas d'être trop dépaysé. À part quelques étranges chaînes francophones, il va retrouver ses ABC, NBC, CBS, Fox et CNN. S'il pensait oublier Trump, ce sera peine perdue. Cela dit, le réfugié politique devra s'adapter à quelques différences culturelles, dont la plus frappante est l'impôt. Ici, on en paie ! En masse ! Ça devrait convaincre quelques Américains découragés de retourner chez eux, endurer le démon orange.

Farce à part, c'est sidérant de constater qu'un pays puissant comptant 320 millions d'habitants n'a pas réussi à trouver une personne capable de tenir tête à Trump.

Car c'est bien ça, le drame du Parti républicain. C'est Trump ou le néant. Aucun des autres candidats n'a d'aura. Ils ont tous l'air du lieutenant de police pas futé qui aide Columbo. Celui qui prend tout pour du cash. Qui ne remarque rien. Qui est toujours dépassé. Que le suspect contrôle à sa guise. Trump met ses adversaires dans sa petite poche arrière. Le niveau du débat vole tellement bas que lors de la dernière confrontation entre les aspirants, on en était rendu à discuter de la grosseur de la Trump de Donald Trump. Un coup parti, baissez vos pantalons et on va voter pour celui qui pisse le plus loin.

Tout le monde est contre Trump et tous les autres votent pour lui.

Le plus effrayant dans tout ça, c'est qu'on ne peut se sauver de Donald Trump. Que l'on vive à New York, Montréal, Berlin ou Kandahar, si Trump devient président des États-Unis, il aura une grosse influence sur nos vies. Même sur celle des gens du Cap-Breton.

Alors, chers Américains, ce n'est pas que l'on ne veut pas vous accueillir chez nous, mais au lieu de penser à fuir, arrangez-vous donc pour que le prochain président des États-Unis soit quelqu'un de respectueux. On en aura tous besoin.

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