Une réaction presque parfaite

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Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

Cette semaine, Anne-Marie Hamel, participante à l'émission Un souper presque parfait sur les ondes de V, a tenu ces propos à la caméra, en attendant de recevoir sa visite: «Les handicapés ont pas leur place dans la société, genre. On peut pas traiter les handicapés et le monde qui sont fous de la même façon que nous. Y font pas partie de la société, en tant que telle, parce que nous on paie pour eux. Mais eux autres y contribuent à rien à la société. C'est une classe à part. Y'en a qui sont moins graves que d'autres, qui peuvent travailler, avoir une famille et tout, mais les handicapés graves, excuse, mais y'a rien à faire avec eux.»

Même si elle était en train de préparer le repas, ses commentaires ne sont pas passés dans le beurre. Les gens sur les réseaux sociaux ont rapidement dénoncé cette opinion insensible et injuste. Bravo! C'est ce qu'il fallait faire. Ne pas tolérer l'intolérable. C'est la seule façon de se faire respecter. Dénoncer ceux qui ne nous respectent pas.

La production de l'émission s'est excusée et sur les ondes de l'émission de Paul Arcand, au 98,5, le narrateur André Ducharme a expliqué ainsi comment cette erreur de jugement fut commise: «C'était une semaine où à peu près tous les participants avaient de très très grosses opinions sur plein de sujets controversés. Et je ne peux pas vous dire combien de choses ont été enlevées au montage, mais un moment donné tu te dis, on peut pas tout enlever. Ça allait de l'immigration à l'homosexualité...»

Tout est là. Quelqu'un tient ce même genre de propos sur les Noirs, les homosexuels, les femmes, les juifs ou les musulmans, on a tout de suite le réflexe de couper ça en ondes. On n'assume pas. Peut-être par grandeur d'âme, mais surtout parce que l'on craint la polémique. Parce qu'on sait que plein d'associations vont réagir avec véhémence. On va recevoir une volée de bois vert, une poursuite et peut-être même une bombe. La peur étant la plus influente des conseillères, on décide de ne pas s'embarquer là-dedans. On laisse, tout de même, le bout sur les handicapés, en pensant, consciemment ou inconsciemment, que ça fera moins de vagues. Parce que c'est un groupe moins présent, moins organisé, que l'on entend moins. Eh bien non! C'est fini, ce temps-là. Les handicapés ne sont pas tous muets. Et même quand ils sont muets, ils savent écrire. La réaction fut vive et sans équivoque. Elle est venue de partout, autant des personnes handicapées que de leur famille, de leur entourage et de tous ceux qui savent que nous sommes des êtres à part entière.

André Ducharme et le producteur Guillaume L'Espérance sont des gens de télé doués, honnêtes et intègres. Ils en ont échappé une. Ça arrive. Leur gaffe aura tout de même des répercussions positives. Maintenant, tout le monde sait que de s'en prendre aux handicapés, c'est aussi dangereux que de s'en prendre aux autres communautés trop souvent maltraitées. Ça ne passe pas. Ça ne passe plus. La réaction presque parfaite a fait avancer la cause. Je dis presque parfaite, parce que dans ce genre de situation, il y a toujours des égarements. Il y a des répliques qui sont allées trop loin. Malgré sa pensée moyenâgeuse, Anne-Marie Hamel ne méritait pas les insultes méchantes et les menaces de mort. On ne combat pas la bêtise par la bêtise. On ne combat pas une cause en y adhérant. Au contraire.

Il faut juste essayer de faire réaliser à Anne-Marie qu'elle fait fausse route. Permettez-moi donc de m'adresser à elle.

Anne-Marie, j'espère d'abord que tu vas bien. C'est pas facile de devenir soudainement, aux yeux de tous, la personne pas correcte. La personne qu'on méprise. En ce sens, tu vis un peu ce que les personnes handicapées vivent au quotidien. Je le sais, j'en suis un. Dès qu'on sort de chez nous, parce qu'on est un peu tout croches, bizarres ou qu'on a de la difficulté à s'exprimer, on nous regarde comme des personnes pas correctes. Incomplètes. C'est faux. Les handicapés sont aussi complets que tout le monde. Et aussi incomplets que tout le monde. Pour certains humains sur cette planète, il manque des petits bouts de bras, des petits bouts de jambe, des petits bouts de connexions dans le cerveau. Pour l'ensemble des humains, il manque des petits bouts d'amour, des petits bouts de tendresse, des petits bouts de coeur. C'est pas facile de se débrouiller sans jambe. C'est encore plus difficile de se débrouiller sans amour.

Sache que les handicapés ont leur place dans la société. Plusieurs travaillent aussi fort que toi. De toute façon, ce n'est pas par l'argent qu'on mesure l'apport de quelqu'un à la société. C'est par sa faculté de créer des liens avec les autres. Et les personnes handicapées ont cette faculté aussi développée que toi. Tu n'as qu'à le demander à leurs parents, leurs amis, leurs aidants qui ne pourraient vivre sans eux. Et réciproquement.

Vois-tu, on ne peut pas résumer une personne à ce que l'on voit d'elle quand elle passe dans la rue. C'est trop court. Pour toi, cette personne n'est qu'une handicapée. Mais si tu la connaissais, tu verrais que cette personne n'est pas que ça. On ne peut pas, non plus, résumer une personne à ce que l'on voit d'elle quand elle passe à la télé. C'est trop court. Pour nous, tu n'es qu'une personne handicapée du jugement et de la sympathie. Mais si on te connaissait, on constaterait sûrement que tu sais aussi faire preuve de bonté.

Tu t'es excusée. Alors, on te pardonne. Tous les humains sont seulement presque parfaits. Je te souhaite de t'ouvrir le coeur à la différence et, pourquoi pas, d'aller faire le souper dans un centre de réadaptation. Tu comprendrais bien des choses. C'est toujours l'ignorance qui nous fait penser tout croche. Bon appétit!

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