Fouille-moi!

La fouille à nu à la polyvalente Neufchâtel... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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La fouille à nu à la polyvalente Neufchâtel a fait couler beaucoup d'encre cette semaine.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

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Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

Une jeune élève de l'école secondaire de Neufchâtel s'est fait demander de se dévêtir pour que la directrice s'assure qu'elle n'avait pas de drogue cachée sur elle. Pas juste enlever son sac à dos et ses souliers. Ôter tout. Tout, tout.

Mardi, les journalistes ont demandé au ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, si c'était acceptable de pratiquer la fouille à nu dans une école. Si on pouvait faire dans 30 vies, ce que l'on fait dans Unité 9. Le ministre a répondu: «Il est permis de faire des fouilles à nu à une seule condition: il faut que ce soit très respectueux.»

Étonnante réponse! La fouille à nu respectueuse! C'est très rare que l'on fouille à nu quelqu'un que l'on respecte. «Mes hommages, Monsieur Nagano, auriez-vous l'obligeance de vous mettre tout nu, que je vous fouille partout. Piccolo, inclus?»

On ne peut forcer quelqu'un à se déshabiller complètement respectueusement. Pas plus qu'on peut demander à quelqu'un de se mettre à quatre pattes respectueusement. Ou qu'on peut attacher quelqu'un après un poteau respectueusement. Ce sont des ordres qui n'ont rien à voir avec le respect. Parce qu'ils empiètent sur l'intégrité physique d'une personne. Et qu'on les pose contre son gré.

Cette réponse incongrue du ministre Bolduc a fait le tour du monde. On s'est marré aux États-Unis, en Angleterre, en France et même en Turquie. Partout on mettait le mot respectueux entre guillemets, tellement ça n'avait pas rapport. Encore une fois, Yves Bolduc s'est mis le pied dans la bouche, et heureusement pour lui, il n'était pas tout nu quand il l'a fait.

Encore une fois, le politicien a pensé en médecin. Fouiller le corps nu, pour lui, y a rien là. C'est ça, la job d'un médecin. Les médecins passent leurs journées à investiguer nos parties à la recherche de maladies. Bien sûr, ils le font avec respect. Pour une bonne et simple raison, parce qu'on le veut! Parce qu'ils ont notre consentement. Quand je me penche par en avant sur la table d'examen, que je sens le doigt de mon docteur préféré me tâter la prostate, je me sens un peu mal à l'aise, mais respecté. Parce qu'il me rend service. Parce que c'est moi qui veux m'assurer que tout est nickel dans cette région de mon anatomie.

Mais si n'importe quelle autre personne sur la Terre - policier, douanier, directeur d'école, avocat, plombier ou ramoneur - me fait un toucher rectal, ce ne sera jamais fait respectueusement, parce que je veux rien savoir qu'il me touche là! On ne respecte jamais quelqu'un quand on lui fait quelque chose qu'il ne veut pas.

Les médecins sont les seuls êtres humains à pouvoir nous entrer des objets dans l'arrière-train, nous couper, nous saigner, nous arracher un membre, avec notre respect. Parce que c'est ce qu'on leur demande. On peut comprendre que pour le docteur Bolduc, fouiller quelqu'un à nu, ce n'est pas la fin du monde. Mais il doit comprendre que pour nous, quand ce n'est pas lui qui le fait, c'est la fin du monde! Une école n'est pas un hôpital. Encore moins une prison. C'est pas un endroit pour fouiller quelqu'un à nu, même si on ne touche qu'aux vêtements. Surtout pas si les parents ne sont pas avisés.

Depuis bientôt un an, le Québec est gouverné par un cabinet de médecins. Les trois fonctions les plus importantes de l'État: le cabinet du premier ministre, le ministère de la Santé et celui de l'Éducation sont détenus par trois bons et honorables docteurs. Y a pas de mal à ça, au contraire. Les médecins sont des êtres admirables. Mais en politique, déformation professionnelle oblige, ils ont tendance à nous traiter comme on traite des patients. En ne nous en disant pas trop, juste assez. Et surtout, en nous disant de nous calmer.

Parce que c'est sûrement ce qui doit être le plus difficile à supporter pour les Couillard, Barrette et Bolduc: notre impertinence. Ils ne sont pas habitués à ça. Quand un médecin dit quelque chose, personne ne le remet en question. Ni l'infirmière et encore moins le patient. Prenez deux comprimés, on prend deux comprimés. Revenez me voir dans un mois, on revient le voir dans un mois. On va vous opérer le 8, on se fait opérer le 8. On boit toutes les paroles d'un médecin comme du petit-lait. Il a toujours le dernier mot.

En politique, c'est le contraire. Dès qu'il dit quelque chose, la moindre affaire, tout le monde réplique. Ça vient de partout! Les adversaires, les journalistes, les Twitter, les Facebook, le public. Chacun de ses dires est remis en question, constamment. Avec acharnement. Méchante nouvelle réalité à apprivoiser. Ça ne doit pas être facile pour le caractère de nos disciples d'Hippocrate. Passer de l'être le plus respecté de la société à l'être le plus contesté.

Le premier ministre Couillard a compris qu'il ne pouvait plus laisser ses associés improviser des réponses à tout vent. Désormais, les ministres devront être briefés lors d'un meeting quotidien.

Ce qui veut dire que si, avant son briefing, un ministre croise un journaliste, qui lui demande: «Pourquoi s'est-il passé telle chose?» Le ministre devra répondre: «Fouille-moi!»

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