Pour en finir avec les garderies

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Il est venu le temps de l'austérité. On ne rit plus. Le gouvernement Couillard veut du cash. Fini l'État providence, maintenant c'est l'État qui se finance. Avant, ça coûtait 7 piastres, envoyer son enfant à la garderie. Dorénavant, ça coûtera jusqu'à 20 dollars pour certains parents. Le triple, rien de moins! D'un seul coup. Arrange-toi avec ça!

Quand on augmente le prix des cigarettes, on peut décider d'arrêter de fumer, mais quand on augmente le tarif des garderies, on ne peut pas décider de ne plus avoir d'enfants. On ne peut pas les retourner au gouvernement. Faut faire avec.

Normalement, qui dit payer plus cher, dit plus de services. Ce ne sera pas le cas. Les CPE ne deviendront pas des Clubs Med. Il n'y aura pas de manèges comme à Disneyworld. Bébé va toujours pousser le même camion à la roue lousse. C'est juste que ça va coûter des piastres de plus.

Enfants du Québec, ne soyez pas surpris si vos cadeaux de Noël, cette année, sont plus modestes. Faudra bien la trouver quelque part, l'argent pour vous faire garder. Vous vouliez un iPad, vous allez recevoir un bon vieux Etch A Sketch. L'écran au cadre rouge, avec un bouton à gauche et un à droite qui vous permet de faire des lignes. C'est comme YouTube, sauf que c'est toi qui dessines ce qu'il y a dans le tube.

Cette augmentation radicale de tarifs incitera sûrement plusieurs parents à trouver des solutions de rechange à la garderie. Recherche pas évidente. Il y a bien sûr la solution facile, amener ses enfants à l'ouvrage, comme plusieurs le font lors de la semaine de relâche. On installe le rejeton dans son bureau avec du papier et des crayons de couleur, et on lui dit d'être sage. Il l'est... durant 10 minutes. Après il crashe votre ordinateur, court partout, renverse du café sur le pantalon du patron et hurle comme un damné durant votre réunion avec des clients importants. Un tel comportement s'explique, peut-être, parce que l'enfant découvre un environnement inconnu. La crise de nerfs est une façon pour lui de faire son territoire. Si l'enfant se rend à votre bureau tous les matins, il va finir par trouver ses repères et agir de façon normale. Qui sait, si après un mois de présence quotidienne, votre bambin ne pourra pas devenir votre assistant? Aujourd'hui, on joue à classer les dossiers. Demain, on joue à changer le papier dans l'imprimante. Les lieux de travail vont peut-être devenir des espaces intergénérationnels où les stagiaires de 2 ans s'initieront à leur futur métier. Sur les chantiers de construction, il pourrait y avoir une section petits casques où les bambins joueraient dans un carré de sable pendant que papa, à côté, ferait en vrai ce que les mômes font en rêve. Ce qui serait bien, c'est que l'entourage du premier ministre amène ses enfants au travail. Bienvenue dans la nouvelle réalité que vous venez de créer! Le Québec doit se serrer la ceinture, il doit aussi la détacher pour changer la couche.

Les chaînes de restauration rapide risquent de flairer la bonne affaire. Pour le prix de trois Joyeux festins, McDonald garde votre enfant du McMatin au McSoir. Venez vous lancer dans les balles. Ça donnerait un second souffle à ces commerces en voie d'extinction.

Les bars seront tentés d'investir dans cette entreprise devenue beaucoup plus lucrative. Vingt dollars de la tête, c'est un bon cover-charge. Les bars sont vides du matin jusqu'au soir, pourquoi ne pas se servir de l'espace pour les transformer en CPE? Votre enfant passe sa journée au Sparrow ou au Thursday's, et quand vous venez le récupérer, vous en profitez pour faire un petit 5 à 7 avec les autres parents. C'est la garderie idéale pour toutes les familles monoparentales.

Les parents rusés auront envie de laisser leurs petits aux urgences. Tu l'installes dans la file d'attente à 8h, tu le reprends à 17h, c'est certain qu'il sera toujours là, parce qu'en neuf heures, il n'aura jamais eu le temps de passer. Il n'y a pas une meilleure place que les urgences pour abandonner son enfant, s'il lui arrive quelque chose, il est déjà rendu.

Tant qu'à débourser des dizaines de piastres, tous les jours, pourquoi ne pas investir dans un robot gardien d'enfants? Ça doit sûrement exister au Japon. Vous le contrôlez à distance avec votre iPhone. Quand bébé pleure, R2D2 change sa couche et lui raconte une histoire. Il peut même le faire avec la voix de Passe-Partout ou d'Annie Brocoli.

Une chose est sûre, l'augmentation agressive des tarifs de garderie va entraîner des réactions des utilisateurs. Quand l'humain est pris de vitesse, il cherche des solutions. Tous les moyens seront bons pour ne pas baisser son train de vie de 13$ par jour. Espérons que les enfants ne souffriront pas du choc vécu par leurs parents.

La famille québécoise avait organisé son fonctionnement autour des garderies à 7$. Admettons que l'État n'a pas les moyens de poursuivre ce système, il y a sûrement une façon plus civilisée de changer la donne. Du jour au lendemain, on hausse les tarifs comme aucune entreprise n'oserait le faire, et on le fait sans aucune gêne, même si on avait promis durant la campagne électorale de ne pas mettre fin au tarif unique.

J'espère que dans les centres de la petite enfance, les éducateurs et les éducatrices apprennent aux petits Québécois le sens de l'honneur et de la parole donnée.

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