Protégera nos foyers et nos droits

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

On dit souvent: ça va mal dans le monde! Et quand on dit ça, le monde, c'est l'Afrique, la Palestine, l'Irak, l'Afghanistan, les États-Unis. Bref, partout, sauf chez nous. Chez nous, on a juste des petites chicanes. On se bat avec des mots. Des fois, on descend dans la rue, mais il faut qu'il fasse beau. Des fois, on menace de se séparer, mais on ne se sépare pas. Et quand Crosby compte pour donner la médaille d'or au Canada, on est contents d'un océan à l'autre! On aime tout le monde, peu importe leur langue et leur couleur. Les seuls qui nous tapent sur les nerfs, ce sont les cônes orange. Bref, ici, tout est tranquille. Même nos révolutions. Personne ne parle de nous, et on aime ça de même.

On regarde toutes les horreurs qui se passent ailleurs, en se disant: «Pauvres eux autres, on est-tu ben dans notre beau grand pays!» On ne l'affiche pas, mais au fond de nous, on pense qu'on sait mieux vivre que les autres. Qu'on a compris ce que les autres n'ont pas compris. Qu'on est une maudite belle gang de bon monde. C'est notre fierté. On n'est peut-être pas les plus forts, les plus puissants, les plus riches, mais on est les plus fins.

Ça, c'était avant. Avant mercredi. Mercredi, ça allait toujours mal dans le monde, mais le monde, c'était chez nous. La terreur était à Ottawa, à quelques kilomètres de notre télé. C'est le reste de la planète qui nous regardait, en se disant: «Hé que ça va pas ben là-bas! Un tireur fou dans le parlement.»

On n'est tellement pas habitués à être l'endroit chaud du globe qu'on se partageait les liens des médias internationaux. On est à CNN! On est à la BBC! On est dans Le Parisien! On est dans le New York Times! Oui, pis? Y'a pas de quoi pavoiser. La terre entière aime avoir peur et en ce moment, c'est nous qui faisons peur.

On dit que le Canada a perdu son innocence, le Canada a surtout perdu son inconscience. Avouons-le, si on s'est toujours pensé à l'abri de la menace terroriste, c'est parce qu'on se trouvait sans intérêt. Pourquoi les terroristes viendraient perdre leur temps chez nous? Washington, Paris, Londres, ça, ce sont des capitales pour frapper l'imaginaire. Pas Ottawa. C'était peut-être vrai, dans le temps que le terroriste était dans sa grotte, dans le désert, et qu'il regardait la carte du monde pour choisir sa prochaine cible. Maintenant, le terroriste est dans la maison. Le terroriste est notre ami Facebook. Sa capitale, c'est aussi notre capitale. L'appartenance n'est plus locale. On n'est plus solidaires de ses voisins, on est solidaires de ses contacts.

Le terroriste de Saint-Jean-sur-Richelieu et celui d'Ottawa avaient beau vivre ici, ici, pour eux, c'était le clan rival. Le mal. Avant, les guerres étaient des guerres de terrain, aujourd'hui, ce sont des guerres d'idéologies.

Avant, pour savoir, si quelqu'un faisait partie de ta gang, suffisait de savoir s'il habitait dans ton coin. Maintenant, pour savoir si quelqu'un fait partie de ta gang, faut savoir sur quel réseau il est. On a maintenant des amis très loin, et des ennemis très proches.

Le Canada ne peut plus faire la guerre au loin, en pensant qu'il n'y aura jamais de conséquences ici. Parce que c'est trop loin. Les ennemis n'attaquent plus en formation comme les Romains. Un pas à la fois. En 2014, il n'y a plus rien de trop loin. L'ennemi a des contacts ici. Il s'approche de nous. Un clic à la fois.

Il n'y a qu'une seule façon de faire en sorte qu'une guerre cesse de nous faire mal, c'est de la gagner. Mais ça, ça ne se fait pas en six mois.

Longtemps, le Canada a pris le rôle de l'arbitre. Un arbitre, ça ne se fait pas plaquer. Maintenant, le Canada fait partie du club de l'Occident. C'est un choix. Paraît que nos intérêts sont là. On a beau ne pas être le joueur-vedette, on a beau jouer sur le quatrième trio, on peut se faire ramasser aussi.

Fallait souscrire à la pensée magique pour croire qu'il n'arriverait jamais rien de grave au Canada. Ça va trop mal dans le monde, pour ne pas que parfois, ça aille mal chez nous. Tout est relié. La violence est un virus qui voyage encore plus vite que celui de l'Ebola.

Le Canada vient de vivre son premier reality check. Londres, Paris, New York, Moscou, Pékin savent qu'on n'est à l'abri nulle part. Même pas en Norvège. Même pas à Ottawa.

Maintenant qu'on est atteints, nous aussi, qu'est-ce qu'on fait? Est-ce que notre état va s'aggraver? Serons-nous pris dans une escalade de haine? Le danger est grand. On est toujours tentés de réagir de façon radicale à des gestes radicaux. L'Histoire a prouvé que ce n'était pas la bonne façon de faire. L'Histoire a prouvé aussi que ce n'était pas, non plus, la bonne façon, de se laisser faire.

Protégera nos foyers et nos droits. C'est ce que chante Ginette juste avant la mise au jeu. Ce sont les dernières paroles de l'hymne national. C'est notre valeur de foi trempée qui est censée protéger nos foyers et nos droits. À nous de la montrer, cette valeur. Deux soldats ont perdu leur vie en son nom. Il faudrait tant que ce soit les derniers.

Il y a mieux que l'innocence de celui qui n'a jamais connu la douleur, il y a l'espérance de celui qui l'a connue

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer