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La distrayante politique française

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Vous cherchez une télévérité pour égayer les jours de pluie de l'automne? Je vous suggère le meilleur: la politique française. L'originale. La politique française de France. Depuis toujours, c'est la plus réjouissante. De Clovis à François Hollande, tous ses épisodes sont des chefs-d'oeuvre de la comédie humaine.

Je suis passionné par la politique française. Je dévore Le Nouvel Obs, Marianne, Le Point, L'Express, Le Canard enchaîné, comme on dévore des journaux à potins. Pour voir jusqu'où l'homme peut repousser les limites de l'extravagance.

La politique française est intéressante, d'abord parce que ses politiciens savent parler. Rien à voir avec les «ça l'a l'air» de nos ministres. Ils aiment les livres. Et ça paraît. D'ailleurs, ils en publient tous une dizaine par année. Ils débattent avec verve et ne font pas de quartiers. Rien à voir avec le festival d'insultes de la période des questions de notre Assemblée nationale. Là-bas, on s'invective en alexandrins. On se lapide avec une méchanceté savamment calculée. Ça reçoit des coups et ça reste debout. Personne ne va pleurer chez sa mère. On s'envoie chier allégrement, mais proprement. Sans offusquer personne. Le débat est le sport national.

Chez nous, tous les politiciens essaient d'avoir l'air de rien. Ils veulent se fondre dans la masse. Aucun panache. Stephen Harper a l'air du client de Tim Hortons typique. Un gros café pour emporter et au suivant! Là-bas, les politiciens sont des monstres. Des êtres plus grands que nature. Ils ne se prennent pas pour Napoléon, ils sont Napoléon.

De Gaulle n'était pas seulement le président des Français, il était la France. C'est même lui qui le disait: Je suis la France! Ça m'étonnerait d'entendre un jour Philippe Couillard crier: Je suis le Québec! Quand de Gaulle se sentait contesté, il quittait son palais pour aller bouder chez lui, dans son petit village, à Colombey-les-Deux-Églises. Fallait que le peuple français se mette à genoux, en le suppliant: Revenez, mon général!

À côté du politicien français, Régis Labeaume est un exemple de modestie et de sobriété. Le politicien français se croit tout permis. Et tous ont plus de squelettes dans leurs placards qu'un magasin à l'Halloween.

Les intrigues de Versailles se sont déplacées à Paris, mais elles sont toujours aussi croustillantes. Rappelons-nous seulement les dernières saisons de l'Élysée story. D'abord Sarkozy, le plus américain des politiciens français, il se prend pour John Kennedy comme Johnny Hallyday se prend pour Elvis Presley. Au lendemain de la concrétisation du rêve de sa vie, au lendemain de son élection à la fonction de président de tous les Français, sa femme le quitte pour son amant. Mais le coq cocu obtient sa revanche, quelques mois plus tard, il séduit une mannequin-vedette-actrice-chanteuse. La totale!

Puis Monsieur Bling-Bling est rapidement éclaboussé par des scandales. C'est aussi une particularité de la politique française; la multiplication des scandales. Il y a plus de scandales en France que de baguettes de pain. Et ils éclatent tous. Mais tous y survivent miraculeusement. S'il y avait une commission Charbonneau en France, elle serait plus longtemps en ondes que Les belles histoires des pays d'en haut.

Donc, la cote de popularité de Sarko décline, la nouvelle supernova s'appelle Dominique Strauss-Kahn. Le sauveur de la gauche. Mais DSK est arrêté à New York pour avoir harcelé sexuellement la femme de chambre de son hôtel. House of Cards, à côté de ça, c'est Marilyn. Arrive alors François Hollande. Il revendique la normalité. Pour se démarquer de ses opposants aux ego démesurés, il se dit «drabe». Comme un politicien québécois. Ça fonctionne, il est élu. Sauf qu'aussitôt arrivé au pouvoir, il se comporte comme les rois de France empruntant les passages secrets pour rejoindre leurs maîtresses. Il saute sur son scooter pour aller dans le lit de son actrice à lui. Le Français normal n'existe pas!

Dans la politique française, il n'y a pas que des galipettes, il y a aussi des réflexions profondes sur la société, venant de la patrie du Siècle des lumières. Même s'il y a beaucoup de lumières qui se sont éteintes depuis. N'en reste pas moins que la marque de commerce de la politique française, ce sont ses histoires invraisemblables.

Voici la plus récente: la chatte de Marine Le Pen, la chef du Front national (le parti de l'extrême droite), a été dévorée par le chien de son père, Jean-Marie Le Pen, l'ancien chef et fondateur du Front national. Ce n'est pas une image. Ce n'est pas une blague de l'internet. J'ai vérifié. C'est vrai. Le doberman de papa Le Pen a gobé la chatte de l'héritière. Marine Le Pen, horrifiée, a décidé de ne plus vivre sur le domaine du patriarche. Elle a déménagé. Elle s'est émancipée.

Seulement en France! Il n'y a qu'au pays de La Fontaine et des fables animalières que peuvent survenir d'aussi symboliques faits divers. La fille chatte rusée voulant faire oublier les manières brutales du père doberman qui aboyait trop fort est avalée par ce dernier voulant se venger d'avoir été écarté. Morale de cette histoire: ne vous laissez pas berner, l'extrême droite n'est pas une chatte, l'extrême droite est un doberman.

Je vous le dis, la politique française se suit comme un roman. Parfois c'est du Balzac, souvent du Feydeau, et quelquefois, c'est même de l'Amélie Nothomb. Mais c'est toujours distrayant. Ne manquez pas le prochain épisode: le retour de Sarko. Ça risque d'être très drôle.

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