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Pour en finir avec la relâche

Stéphane Laporte

Collaboration spéciale

La Presse

Soyez sans crainte, je ne suis pas contre le congé scolaire accordé aux élèves qui débutait samedi. Je suis contre son appellation. La relâââche. La semaine de relâââche. Ça fait p'tite vie. Ça fait paresseux pas fin fin, habillé en mou, dans son La-Z-Boy. Qu'est-ce que tu fais, Maurice? J'me relâche! dit-il en relevant une fesse.

Dans le dictionnaire, on définit «relâche» comme une interruption momentanée d'un effort pénible ou désagréable. Y a pas à dire, nous avons une belle conception de l'école!

Pensez-y, qu'est-ce qu'on relâche dans la vie? On relâche des prisonniers. Au Québec, on relâche aussi des enfants. Troublante association. Ça doit être l'effet Unité 9.

Quand on dit à quelqu'un qu'il se relâche, ça veut dire qu'il en a perdu, qu'il ne fait plus aussi bien ce qu'il faisait. Est-ce que nous voulons un peuple de relâcheux?

En France aussi, les étudiants s'absentent de l'école au mois de mars. Les Français appellent ça les vacances d'hiver, tout simplement. C'est ça qui est ça. Les gosses partent en vacances en hiver. C'est joyeux, c'est festif. Ça dure deux semaines. Toute la famille prend congé, on met les valises dans la Renault et on roule vers les Alpes faire du ski. On va aux sports d'hiver, c'est dingue! En 15 jours, on a le temps de vivre de vraies vacances. Le temps d'en profiter. Le temps de se reposer. Le temps de se faire des souvenirs.

Ici, c'est tout sauf de vraies vacances. Parce que les ti-culs ne sont pas en vacances, ils sont en relâche. Ça fait lâche. Ça fait traitement médical. La plupart des parents continuent de travailler. Pas le choix, tout est ouvert. Ça dure seulement une petite semaine. Ça ne vaut pas la peine de tout arrêter. Alors qu'est-ce qu'on fait avec les kids? On leur trouve des activités. Des camps de relâche. Des services de garde de relâche. Des classes de relâche. On demande à la petite voisine, qui est en relâche aussi, de les surveiller. On leur loue des films, des jeux vidéo, des amis. Quand on ne sait plus trop quoi faire avec eux, on les traîne au bureau. Venez voir papa travailler! Watatatow! Comme si c'était passionnant de regarder quelqu'un qui regarde son ordinateur et parle au téléphone. Les gamins s'emmerdent. Les adultes culpabilisent. Ils travaillent à moitié, s'occupent des mômes à moitié. Deux moitiés mal faites, ça ne donne pas un tout heureux.

Quand la semaine de relâche finit par finir, tout le monde est soulagé. La corvée est terminée. Vivement le quotidien normal! Vivement le retour à l'effort pénible!

Il faut reformater la relâche. D'abord en cessant d'appeler ça une relâche. Ce n'est pas une convalescence, ce n'est pas un congédiement, c'est quelque chose de positif, de vivifiant. On pourrait appeler ça les vacances d'hiver, comme nos cousins, mais on haït ça, faire comme nos cousins. On pourrait appeler ça les vacances de la sloche, mais sûrement que les dépanneurs en détourneraient le sens. Pourquoi pas les vacances blanches? Ou les vacances gelées?

Aux États-Unis, ils appellent ça le March Break, la pause de mars. On pourrait s'inspirer de la FTQ et appeler ça le break syndical de mars. Non, je l'ai! Je l'ai! Les vacances érable! Ça fait étudiant, ça fait cabane à sucre, ça fait plaisirs de mars. Adopté! Désormais, ce sont les vacances érable.

Maintenant, il faut faire un choix de société et assumer que durant un gros deux semaines, oui, deux semaines, le Québec roule au ralenti. Comme en juillet, on se relaxe pour la peine. On se relaxe vraiment. On ne se relâche pas, on se détend. Tout le monde. Pas juste les enfants laissés à eux-mêmes, pas juste un parent sur deux, qui vide sa banque de journées de congé pour emmener sa gang au Biodôme et à l'Insectarium. Tout le monde. Ce sont les vacances érable; on lit, on voyage, on s'amuse. On fait le plein avant d'attaquer la dernière ligne droite jusqu'à l'été.

Lucien Bouchard et ses disciples diront que ça fait beaucoup de congés. Les vacances d'été, la fête du Travail, l'Action de grâce, Noël, les vacances d'hiver, Pâques... C'est vrai. Ce n'est pas très productif. Quoique... Y a rien de plus rentable économiquement que les vacances. C'est à Noël que les commerces font le plus de cash. Pas le 13 novembre, pas le 6 février. Plus de vacances égale plus de dépenses. Un pays en vacances est un pays riche!

Je vous souhaite de survivre à la relâche, puisque c'est encore comme ça que ça s'appelle.

En attendant qu'un Rambo fasse comprendre aux patrons que ça devrait durer deux semaines et être payé temps double.




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