Zeus donna à Pandore une boîte, en lui faisant promettre de ne pas l'ouvrir. Quel tordu! Les dieux maîtrisent mal le concept de cadeau. Ils posent toujours des conditions absurdes. Pourquoi donner une boîte à quelqu'un s'il ne peut pas l'ouvrir? À quoi ça sert de donner un pommier à Ève si elle n'a pas le droit de manger de pommes?

Ce n'est pas un don, c'est un piège. Surtout que, dans toutes les mythologies du monde, la femme est curieuse, la femme veut savoir. Comme Janette. Pandore ouvrit sa boîte, bien sûr. Et tous les maux de l'humanité s'en échappèrent: la vieillesse, la maladie, la guerre, la famine, la misère, la folie, le vice, la tromperie... Mettez-en!

Si Pandore avait suivi le conseil de Patrick Huard, ferme ta boîte, tout irait bien sur la planète. Tous les humains seraient jeunes, beaux, en santé, équilibrés et fidèles. Comme dans les descriptions d'abonnés au Réseau Contact.

Ben non! Les malheurs sont sortis de la boîte. Et les malheurs, c'est comme les meubles IKEA, une fois que c'est sorti de la boîte, on ne peut plus les remettre dedans. On est mieux de faire quelque chose avec les morceaux parce que, de toute façon, on va les avoir dans les jambes.

Le journal est rempli des affaires qui sont tombées de la boîte de Pandore. Ç'aurait été si simple de mettre sa boîte dans un coffret de sûreté. Et de l'oublier.

Jean Charest n'est pas une femme. Il ne voulait pas l'ouvrir, la boîte de Pandore. Il ne voulait rien savoir. Mais Sylvie Roy et Pauline Marois n'ont pas arrêté de lui dire: faut l'ouvrir, faut l'ouvrir! Il n'a pas eu le choix. Il a fini par instituer une commission d'enquête sur la construction. Son plan initial, c'était qu'elle dure seulement une semaine et que les témoins aillent donner des conseils de décoration, comme les Airoldi.

Mais ce n'est pas ça qui est arrivé. Quand la boîte est ouverte, elle est ouverte.

La commission Charbonneau va durer presque quatre ans. Elle risque de voir se succéder au moins trois gouvernements. La corruption est partout. Et fouiller partout, ça prend du temps. On est encore juste à Montréal. On n'est même pas rendu à Laval. Il y a 1135 municipalités au Québec, plus un gouvernement provincial. Ce sont autant d'autorités qui commandent des travaux et qui ont des petits amis.

La commission Charbonneau pourrait facilement durer 10 ans, 20 ans, il y aurait encore des centaines de scandales à dévoiler.

Duplessis s'est fait élire parce que le gouvernement Taschereau était trop corrompu. Les libéraux sont revenus au pouvoir parce que la bande de Duplessis était trop corrompue. Le Parti québécois a pris le pouvoir parce que les libéraux étaient trop corrompus... Ça ne finit plus.

Les purs remplacent des corrompus et deviennent des corrompus, remplacés par des purs qui deviendront corrompus.

La commission Charbonneau ne mettra pas fin à ça. Ce n'est pas parce qu'un hôpital existe que tout le monde sera en santé un jour.

La commission Charbonneau doit d'abord diagnostiquer le cancer de la corruption. Puis elle accouchera d'un rapport proposant un traitement. Mais jamais elle ne vaincra la corruption. Elle va juste essayer de ralentir sa progression.

On va sûrement ériger de nouveaux systèmes de surveillance qui seront efficaces jusqu'au jour où ils seront infiltrés à leur tour.

Devant cette fatalité, l'homme est corrompu et le sera toujours, aurait-il mieux fallu laisser les vilains s'organiser dans leur boîte, en cachette? Ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal.

Non. Parce que si la commission Charbonneau nous fait mal, elle fait aussi mal à ceux qui le méritent. Et ça éveille les consciences de ceux qui en ont encore une.

Nous n'avons pas à avoir honte des révélations de la commission Charbonneau. Toutes les sociétés sont corrompues. L'Ontario, les États, la France, personne n'a de leçon à nous donner.

Et si on en parle moins ailleurs, c'est tout simplement parce qu'on n'ouvre pas la boîte. Mais elle est bien là. Et en version géante.

Nous avons le courage, en ce moment au Québec, de dénoncer la corruption. C'est déjà un pas dans la bonne direction.

Le triomphe de l'honnêteté ne se fera pas en quatre ans. Mais si l'honnêteté baisse les bras, si l'honnêteté laisse faire, il ne se fera jamais.

Tandis qu'en luttant, en enquêtant, en condamnant, il y a toujours espoir qu'il se fasse un jour.

C'est cet objectif qui empêche la résignation de corrompre mêmes les incorruptibles.

Ce n'est pas parce qu'il y aura toujours de la poussière qu'il faut arrêter de balayer.

Balayons, balayons.

Ce ne sera jamais propre pour toujours. Mais ça va être moins sale.

La boîte de Pandore finira un matin au recyclage. Et deviendra une boîte à musique.

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