Une nuit avec Obama

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Mardi soir, autour de 22 h, j'entre dans la chambre conjugale. Ma blonde, assise dans le lit, regarde la télé: «Ça ne se peut pas, Romney va gagner...»

Elle est défaite, déprimée. Elle aime Obama d'amour comme elle aimait Brad Pitt dans Légendes d'automne, dans son jeune temps. Elle le trouve beau, bon, brillant. Je la rassure: «Il est encore trop tôt pour se décourager. Quand les bureaux de scrutin vont fermer en Californie, Obama va prendre la tête.»

Le John Parisella de chambre à coucher que je suis a raison. Un peu passé 23 h, CNN annonce que le président Barack Obama est réélu. Ma blonde crie avec la même joie que moi quand, le 19 février 2008, Saku Koivu avait compté lors de la remontée historique du Canadien contre les Rangers de New York.

D'habitude, à cette heure-là, ça fait longtemps que Marie-Pier est au pays des rêves. Ce soir, elle est au pays d'Obama:

«Quand est-ce qu'il va faire son discours?

- Il faut d'abord qu'il laisse le perdant faire le sien.»

Et Romney n'est pas pressé. Il croit encore en ses chances. Il est le seul. Le petit coq s'était vanté de n'avoir préparé qu'un seul discours: celui de la victoire. Le temps qu'il se rende à l'évidence, qu'il aiguise son crayon et trouve les mots pour accepter le verdict du peuple, il est très tard.

Minuit, minuit et demi, toujours pas de Romney. Ma blonde cogne des clous sur le cercueil du républicain: «Tu me réveilleras quand ce sera Obama.»

Le mormon finit par marmonner son discours. Rien de transcendant. Dans 10 ans, quand on jouera à Quelques arpents de pièges et qu'on tombera sur la question «quel était le candidat républicain à la présidentielle américaine de 2012?», ça va être toute une colle. On va se faire passer dans la Mitt.

Il doit approcher 2 h. Le voilà enfin, dans toute sa grâce de joueur de basket qui vient de gagner le championnat.

«Marie-Pier... Marie-Pier... Mon amour...»

Le président américain a beau parler, elle dort dur comme un sénateur canadien.

Que faire? La laisser dormir ou me mettre à chanter God Bless America à tue-tête? Je monte le volume de la télé. Elle va sûrement préférer se faire réveiller par la chaude voix de Barack. Ça ne fonctionne pas. Le démocrate a la voix trop feutrée, trop satinée. Ce n'est pas une alarme, c'est une caresse. Tant pis pour Marie. De toute façon, probablement qu'elle rêve à lui. Mieux vaut ne pas l'interrompre.

Plus Obama parle, plus je regrette de laisser dormir ma blonde. La victoire l'a régénéré. Il parle comme il n'avait pas parlé depuis quatre ans. J'ai beau être bien au chaud dans ma douillette, j'ai des frissons comme Céline Galipeau sur le toit de l'ambassade du Canada à Washington.

«Amérique, je crois que nous pouvons construire sur les progrès que nous avons déjà réalisés et continuer à nous battre pour créer de nouveaux emplois, de nouvelles opportunités et une nouvelle sécurité pour la classe moyenne. Je crois que nous sommes capables de tenir la promesse de nos fondateurs, cette idée que, si vous avez la volonté de travailler dur, peu importe qui vous êtes ou d'où vous venez ou votre apparence ou qui vous aimez, peu importe que vous soyez noir ou blanc, hispanique, asiatique ou amérindien, jeune ou vieux, riche ou pauvre, en bonne santé ou handicapé, gai ou hétérosexuel, vous pouvez réussir ici en Amérique si vous avez la volonté d'essayer. Je crois que nous pouvons saisir cet avenir ensemble, car nous ne sommes pas aussi divisés que le laisse croire notre vie politique. Nous ne sommes pas aussi désillusionnés que le pensent les experts. Nous sommes plus grands que la somme de nos ambitions individuelles, et nous sommes encore davantage qu'un assortiment d'États rouges et d'États bleus. Nous sommes et serons toujours les États-Unis d'Amérique.»

Wow! Gérald Tremblay n'a jamais parlé comme ça. Ni Jean, ni Pauline, ni Stephen. Je ne suis pas Américain, pourtant j'avais l'impression de l'être. J'avais l'impression qu'il me parlait à moi. Juste à moi. C'est ça, un leader. Pas quelqu'un qui nous prend par la main - quelqu'un qui nous donne le goût de nous prendre en main. Un président, tout seul, ne changera rien. Mais 320 millions de citoyens peuvent tout changer.

Je m'endors rassuré. Mon voisin est un bon voisin.

Le soleil se lève, puis ma blonde: «Il était comment, le discours d'Obama?

- Euh... Vraiment génial. Inspirant.

- Pourquoi tu ne m'as pas réveillée?

- Parce que tu dormais.

- Justement!»

Heureusement, pour sauver ma peau, il y a YouTube. Ma blonde se précipite sur son ordi. Elle pleure. Encore quatre ans à aimer Obama comme Brad Pitt dans Légendes d'automne.

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