La pluie est magnifique

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Il faut que je remette ça encore. L'été dernier, j'avais pondu une chronique pro-pluie. C'est la litanie des commentaires négatifs qui m'y avait poussé. Partout où on allait, on n'entendait que ça:

- Maudite pluie!

- C'est un été de cul!

- C'est un temps de chien!

 

- Des vacances de merde!

Ma chronique n'a rien donné. Cet été encore, la pluie est aussi populaire que Vincent Lacroix. On s'enrage. On l'insulte. On la conspue. Elle est responsable de tous nos malheurs.

Tel un séparatiste qui ne se décourage pas et reprend le bâton du pèlerin pour rallier les gens à sa cause, je vais une fois de plus tenter de vous réconcilier avec la pluie. Même si ma cause semble aussi perdue que celle de Falardeau.

Ce matin, on va faire une thérapie de groupe. On va se reprogrammer. On va changer notre attitude face à la pluie. Cessons d'avoir peur. De capoter à la moindre ondée. On n'est pas fait en chocolat! Pourtant, à la première goutte qui tombe, on s'en va se cacher comme si c'était un missile coréen qui venait du ciel. C'est de l'eau. Juste de l'eau. Quand il se met à pleuvoir, les gens dans leur piscine, déjà mouillés des pieds à la tête, se dépêchent d'entrer dans leur maison. Pourquoi? Ils sont déjà dans 10 pieds d'eau. Et que font-ils une fois à l'abri? Ils s'en vont prendre leur douche. Absurde.

La pluie n'est pas une catastrophe naturelle. Au contraire, c'est un bienfait. En Afrique, on danse de joie quand il pleut. Ici, on déprime. On arrête tout. On se cache. On hiberne.

Pourtant, on aime l'eau. Quelle est la destination préférée des Québécois, l'été? La mer. Tous les Québécois rêvent d'aller sur le bord de la mer. Ben la pluie, c'est la mer qui vient à eux. Au lieu d'être une mer horizontale, c'est une mer verticale. Le résultat est le même, ça rafraîchit. Et ça apaise.

Combien de Québécois font des heures de route pour voir les chutes du Niagara? Pour observer des tonnes d'eau descendre d'un rocher, mais quand un orage sévit devant leur fenêtre, ils ferment les rideaux et regardent la télé. Décidez-vous! Aimez-vous ça voir de l'eau ou pas? Quand il pleut sur toute la ville, c'est pas mal plus gros que les chutes du Niagara. C'est un effet spécial gigantesque. Quand le cinéma se met en tête de reproduire une averse, les cracks d'Hollywood parviennent à créer l'illusion sur un coin de rue seulement. La nature, elle, réussit à pleuvoir sur une province, en entier, en même temps. C'est impressionnant. Prenons le temps de l'admirer.

Pendant une averse, si les gens sont si pressés d'entrer chez eux, c'est pour ne pas mouiller leurs vêtements. Pourquoi ne font-ils pas comme à la mer? Qu'ils les enlèvent! Imaginez: si chaque fois qu'il pleuvait, les gens enfilaient leur maillot de bain et sortaient dehors, on ne verrait plus la pluie de la même manière. Je connais une gang de mononcles qui prieraient pour que l'été soit pluvieux.

Montréal est en manque de touristes. Si toutes les Montréalaises se promenaient en bikini, les jours de pluie, les Américains se précipiteraient chez nous. Le Festival du string attirerait plus que le Jazz et Juste pour rire ensemble.

Au lieu de tout annuler lorsqu'il pleut, organisons des activités qui n'auraient lieu que lorsqu'il pleut. En cas de soleil, vous serez remboursé. Guy Laliberté, qui s'en va dans l'espace faire un happening poético-social pour sensibiliser la planète à l'importance de l'eau, devrait donner l'exemple, en créant le Cirque de la Pluie. Sans chapiteau. On jongle, on se contorsionne et on descend d'un foulard sous la pluie. C'est comme O, mais version nature.

Un enfant aime la pluie. C'est inné en lui. Un enfant peut passer une journée à jouer avec un boyau d'arrosage. À se verser de l'eau sur la tête. À courir à travers les jets. La pluie, pour lui, c'est un cadeau du ciel. La plus grosse des fontaines. Ce sont ses parents qui l'obligent à rentrer. Ce sont ses parents qui le conditionnent à fuir la pluie. À s'en faire une ennemie. Redevenons enfants. Apprenons à vivre sous la pluie. À jouer avec elle. À danser comme Gene Kelly.

Michael Schumacher était un meilleur pilote les jours de pluie. Qui sait si vous n'êtes pas un meilleur golfeur, joggeur ou joueur de tennis lorsqu'il pleut? Pas besoin de se crémer durant deux heures pour passer une journée sous la pluie. La pluie ne brûle pas. La pluie ne fait pas plisser des yeux. La pluie ne donne pas le cancer. Enlevons nos chapeaux. Si elle fait pousser le gazon, elle fait peut-être pousser les cheveux. Sait-on jamais? La pluie a peut-être plein de pouvoirs thérapeutiques que nous ignorons car jamais nous nous exposons à elle.

Cessez de dépendre du canal météo. Cessez de choisir vos activités selon le temps qu'il fait. Agissez beau temps, mauvais temps. On peut faire un BBQ sous la pluie. Quand il fait soleil, vous mangez sous le parasol. Mangez sous le parasol quand il pleut. Ce n'est pas plus malin. Un parasol, ce n'est rien d'autre que le cousin snob du parapluie.

Faisons de Montréal la ville des gens heureux même quand il pleut. Le soleil, il est en nous.

Bonne deuxième semaine de vacances de la construction, quand même!

 




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