La honte

Les Montréalais s'emportent lorsqu'on leur parle du Stade... (Photo Robert Skinner, La Presse)

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Les Montréalais s'emportent lorsqu'on leur parle du Stade olympique. Ils en ont assez, ils ont des mots très durs pour les autorités, surtout en pleine campagne électorale.

Photo Robert Skinner, La Presse

Ronald King
La Presse

Les amateurs de sport, toujours bonnes pommes, se sont rendus au Stade olympique hier pour voir l'Impact lancer sa saison locale. Ils avaient réservé des places pour samedi, mais nous étions dimanche, et ils étaient là quand même. Joyeux, contents, avec leurs enfants.

Personne ne semblait se plaindre, sauf si on leur posait la question. Leur bonne humeur disparaissait immédiatement. Chacun a sa solution, mais surtout, tous se fâchent un peu.

Les Montréalais s'emportent lorsqu'on leur parle du Stade olympique. Ils en ont assez, ils ont des mots très durs pour les autorités, surtout en pleine campagne électorale.

C'est en voyant les enfants qu'on se souvient que tout ça est d'abord pour eux. Les petits ont toujours de grands yeux émerveillés lorsqu'ils traversent la rotonde. L'immensité des lieux, la foule, le bruit, la musique forte, le cadeau-souvenir sous le bras, peut-être une frite... bref, une grande sortie. Un moment marquant. Merci, papa-maman.

Je me demandais, en les regardant, si, lorsqu'ils seront grands, le toit du Stade olympique sera réparé ou remplacé. Si le Stade sera encore là...

Samedi, à l'annonce de l'annulation du match, le maire Denis Coderre a déclaré que c'était avant tout gênant. Il a été gentil. N'ayons pas peur des mots: c'était une honte.

La honte, c'est Richard Legendre qui doit expliquer aux médias de Seattle qu'on ne pouvait pas jouer dehors parce qu'il neigeait et qu'on ne pouvait pas jouer à l'intérieur parce qu'il neigeait. (Sur la galerie de presse, hier, un journaliste de Seattle a commenté: «Nous avions été avertis. Mais c'est quand même bizarre de ne pas jouer dans un stade couvert à cause de la météo.»)

Bizarre, dites-vous?

La honte, c'est aussi d'entendre le nouveau président de la Régie des installations olympiques nous dire que son rapport «est presque prêt». Après 20 ans de négligence de la part de nos dirigeants politiques. Combien de rapports faut-il? Combien de temps encore à réfléchir?

On nous a parlé de malchance, aussi. Faites-moi rire. Ne me parlez surtout pas de malchance. Ce moment devait arriver un jour. Nous avons plutôt été chanceux qu'il ne se produise pas avant.

Et espérons qu'il ne se reproduira pas la semaine prochaine pour les matchs du baseball majeur. Ça serait une honte au niveau de l'Amérique du Nord en entier. (Il semble que les gens du baseball n'aient pas apprécié de devoir retarder leurs travaux d'une journée, parce qu'il faut transformer ce stade de soccer en stade de baseball avant l'arrivée des Mets et des Blue Jays.)

La honte, c'est aussi mon collègue Pascal Milano qui rigole. Il se dit tellement brave qu'il traverse le pont Champlain, emprunte l'autoroute Ville-Marie et stationne sa voiture sous le Stade olympique.

Ou mon copain de Toronto, établi à Montréal, qui travaille en cinéma: «Ce stade ressemble de plus en plus à un décor de mauvais film de science-fiction.»

***

Denis Coderre a mis sa gêne de côté et il a eu le courage de mettre le ballon en jeu, hier, dans une cérémonie d'avant-match. Et il n'a pas été hué, ce qui est un beau progrès pour lui.

Alors, M. le maire, on compte sur vous pour déposer la question sur la table à Québec. Qui aura le courage politique de régler les problèmes du Stade olympique?

Le match s'est déroulé devant 27 207 personnes. Je m'attendais à plus. Et je dirais même ce que vous savez déjà: 27 207 personnes, c'est un peu mince pour mettre de l'ambiance dans cette immense salle. Même que sans les Ultras, les fans enflammés de l'Impact, on se serait un peu ennuyés.

Près de 40 000 personnes sont attendues samedi prochain pour le baseball. Eh oui, le baseball n'est pas encore mort à Montréal.

J'ai des amis de Québec qui s'en viennent. J'espère ne pas avoir honte encore une fois.




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