Un psy n'est pas un luxe

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Simon est psychologue dans un hôpital universitaire. Il voit passer dans son bureau des gens atteints de troubles mentaux. Des gens qui ont besoin d'être soignés, écoutés, épaulés. Des gens qui ont souvent attendu des mois avant de pouvoir venir s'asseoir devant lui.

Simon est inquiet. Pas tant pour ses patients que pour tous ceux qu'il ne verra jamais. Tous ceux que ses collègues ne verront pas non plus, faute de ressources suffisantes en santé mentale. Ces patients orphelins, victimes invisibles du sous-financement des services et de restrictions budgétaires qui n'augurent rien de bon.

«Je trouve ça désolant que les soins psychologiques soient considérés comme un produit de luxe», me dit-il.

Les listes d'attente sont longues dans le réseau public, qui est aux prises avec une pénurie de psychologues. La psychothérapie est hors de prix dans les cabinets privés. Les compressions font mal. Résultat: trop de gens vulnérables n'ont pas accès à des soins essentiels.

Simon pourrait gagner deux fois plus d'argent s'il était en cabinet privé. S'il ne le fait pas, c'est qu'il croit beaucoup en l'idée d'un système de santé publique. Il ne blâme pas pour autant ses collègues qui préfèrent la pratique privée, où les conditions sont plus alléchantes. Avec la pression de toujours devoir faire plus avec moins, avec la fin de la prime de rétention, instaurée il y a trois ans afin d'enrayer la pénurie de psychologues dans le réseau public, il avoue être parfois tenté lui aussi par l'idée de troquer le public pour le privé quelques heures par semaine.

Même si c'est souvent dur, il aime son travail. Il aime par-dessus tout ces moments de grâce où, souvent après des mois d'efforts, il sent que son intervention a changé pour le mieux la vie d'un patient.

«Il faudrait que l'on reconnaisse que ce n'est pas un luxe, souligne-t-il. Ce n'est pas une dépense. C'est un investissement. La maladie mentale coûte beaucoup plus cher quand elle n'est pas traitée.»

Quand on dit «investissement», ce n'est pas qu'une image. Au Canada, les coûts liés aux troubles mentaux atteignent 48,5 milliards par année si on inclut dans le calcul tous les coûts indirects (journées de maladie, arrêt de travail, perte de productivité, etc.). Et c'est sans compter toute la souffrance que portent les patients et leurs proches.

Les données montrent bien l'urgence de faire de la prévention et de démocratiser l'accès aux services en santé mentale. Une personne sur cinq est susceptible d'être atteinte d'un trouble mental au cours de sa vie. On estime que d'ici 2030, la dépression sera la principale cause de morbidité dans le monde.

En 2012, après avoir passé deux ans à étudier le sujet, le commissaire à la santé et au bien-être disait qu'il était «plus que convaincu de l'urgence d'agir dans le secteur de la santé mentale».

Le commissaire recommandait entre autres choses d'offrir un accès équitable aux services de psychothérapie. En ce moment, les gens qui ont un revenu élevé ou des assurances peuvent avoir recours à une psychothérapie dans le privé. Ceux qui n'en ont pas les moyens doivent poireauter sur des listes d'attente pendant plusieurs mois avant de voir un psychologue dans le réseau public.

Comment rendre les services plus accessibles? Plusieurs approches sont possibles. Le Royaume-Uni l'a fait en privilégiant l'intégration du plus grand nombre de psychothérapeutes dans le réseau public. L'Australie a choisi un modèle mixte privé-public. Dans un cas comme dans l'autre, on a pu démontrer qu'un meilleur accès à la psychothérapie s'autofinance par la réduction des coûts associés aux troubles mentaux (assurance-emploi, coûts médicaux, etc.) et un accroissement des revenus pour l'État (car les gens qui ont pu être soignés retournent au travail plus rapidement et paient des impôts).

Il y a une dizaine de jours, le Collectif pour l'accès à la psychothérapie rappelait au ministre de la Santé l'urgence d'agir en ce sens. Le ministre Gaétan Barrette attend un rapport de l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux avant de se prononcer sur cette mesure qui pourrait coûter 400 millions par année.

Quatre cents millions, c'est trop cher? Moins que le «luxe» de ne rien faire.

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