Les leçons du printemps

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Quelles leçons avons-nous tirées du printemps étudiant de 2012 ?

Je me posais la question en écoutant, dimanche, le premier ministre Philippe Couillard commenter l'épisode violent devant le parlement de Québec au cours duquel une manifestante a été blessée au visage par un tir de gaz irritant. Il y a « des leçons à tirer de part et d'autre », a dit M. Couillard.

En soi, cette déclaration tranchait avec celles auxquelles nous avait habitués Jean Charest en pareilles circonstances. Même devant d'évidentes bavures policières, M. Charest semblait avoir décidé par calcul politique que seule la violence qu'il associait aux « carrés rouges » méritait d'être condamnée. Autre printemps, autre discours... Cette fois-ci, le premier ministre Couillard aura au moins eu la sagesse d'inviter la police à revoir ses pratiques de contrôle de foule.

Ironiquement, il y a moins d'un an, le même gouvernement Couillard torpillait le rapport Ménard sur la crise étudiante, qui contenait des recommandations allant dans le même sens. La ministre de la Sécurité publique Lise Thériault avait tourné en dérision les recommandations du rapport concernant les techniques policières. Le premier ministre avait lui-même qualifié le rapport de la commission spéciale présidée par Serge Ménard de « déséquilibré ». Il avait aussi défendu le travail des forces policières et loué leur courage. Pas un mot sur la vague d'arrestations et d'abus policiers sans précédent visant un mouvement qui, on tend à l'oublier, était généralement pacifique.

S'il est vrai que la commission Ménard, créée par le PQ pour blâmer le PLQ, souffrait dès le départ d'un vice de conception, son rapport étoffé contenait de nombreuses recommandations pertinentes en ce qui concerne le travail des policiers. Si ces recommandations avaient été prises au sérieux plutôt que d'être envoyées directement à la poubelle, peut-être aurait-on pu prévenir des incidents violents comme celui dont a été victime Naomie Tremblay-Trudeau, le 26 mars, à Québec.

La question à se poser ici n'est pas de savoir ce que les manifestants pouvaient bien faire « à deux pouces du nez » des policiers, comme l'a d'abord déclaré de façon intempestive le maire Régis Labeaume (qui a rectifié le tir après avoir vu les images de l'incident). La question à se poser est plutôt : est-ce que la force utilisée était proportionnelle à la menace ?

Le rapport de la commission Ménard rappelait que l'utilisation d'irritants chimiques exige une « grande retenue ». Il rappelait que le devoir des policiers est de n'utiliser que « la force nécessaire ». Il recommandait que les services de police soient invités à prévenir les manifestants, dans la mesure du possible, avant de lancer des irritants chimiques et à le faire de façon efficace. Il recommandait aussi qu'ils donnent la chance et le temps aux manifestants qui le souhaitent de quitter les lieux avant d'être « gazés ».

La commission Ménard suggérait par ailleurs à la ministre de la Sécurité publique de rappeler aux services de police que l'utilisation d'irritants chimiques doit être « judicieuse et rationnelle ».

Utilisation judicieuse et rationnelle, donc. Ce ne sont malheureusement pas les deux premiers mots qui nous viennent à l'esprit en regardant les images de l'épisode violent au cours duquel Naomie Tremblay-Trudeau a été blessée.

Au-delà des recommandations « techniques », la commission Ménard en appelait à un changement de culture. Elle recommandait une meilleure formation des policiers afin qu'ils comprennent bien l'importance du droit de manifester dans une société démocratique. On notait que, graduellement, une certaine forme de mépris à l'égard du mouvement étudiant s'est installée chez les policiers (et pas seulement chez les policiers, se dit-on en voyant la navrante campagne de cyberintimidation visant Naomie Tremblay-Trudeau). Comme si, aux yeux de bien des gens, le droit de manifester était un simple caprice.

Que l'on soit d'accord ou pas avec le message des étudiants qui descendent dans la rue, on doit s'entendre sur une chose : manifester est un droit fondamental. Le rôle des policiers est aussi de veiller à la sauvegarde de ce droit. C'est d'autant plus fondamental que lorsque ce droit est nié à une partie de la population, le recul démocratique vaut pour tous. Et lorsqu'il y a bavure, cela nuit à l'ensemble du corps policier, dont la majorité des membres font bien leur travail.

Même si les policiers municipaux ont pris la peine de rappeler hier qu'ils reconnaissaient le droit de manifester et qu'ils tenaient à éviter les confrontations lors des manifestations, il faudra malheureusement plus que des énoncés de principe pour rapiécer le lien de confiance entre les étudiants et les autorités policières, mis à mal depuis le printemps 2012.




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