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Tristes destins

Alain Magloire... (Photo Robert Skinner, archives La Presse)

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Alain Magloire

Photo Robert Skinner, archives La Presse

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Triste destin que celui d'Alain Magloire, ce sans-abri abattu par la police, lundi. Moins d'une semaine avant sa mort, j'avais vu sa photo dans ce touchant reportage de mes collègues Katia Gagnon et Robert Skinner sur les visages de l'itinérance. On l'apercevait en train de traverser la rue de la Commune, un gobelet de carton à la main. Il portait deux sacs à dos. Un grand à l'arrière. Un petit à l'avant. Serré contre lui comme un porte-bébé où il aurait enfoui sa douleur.

«Alain, 41 ans, de Montréal. Il vit dans la rue par choix», disait la légende de la photo.

Le mardi suivant, le même homme faisait la une du journal. Couché sur une civière. Mort. Sûrement pas par choix.

On apprendra plus tard qu'avant de devenir ce forcené armé d'un marteau abattu par la police, Alain Magloire était un homme doux et paisible, père de deux fillettes. Un gars brillant, ancien chercheur, intervenant auprès d'enfants handicapés, fils d'un ancien ministre haïtien de la Justice. Un homme dont la vie a basculé en raison de troubles de santé mentale et qui faisait des efforts pour s'en sortir.

À Montréal, Alain Magloire est le troisième sans-abri abattu par la police en moins de trois ans. Les tragédies se suivent et se ressemblent.

En juin 2011, il y a eu Mario Hamel, 40 ans, ex-sans-abri, atteint de graves problèmes psychiatriques, tombé sous les balles des policiers alors qu'il était en crise.

En janvier 2012, il y a eu Farshad Mohammadi, 34 ans, un sans-abri abattu par la police dans le métro de Montréal. Tragique destin d'un homme qui, après avoir survécu aux persécutions en Iran, est mort dans le pays qui devait lui sauver la vie.

Qu'ont en commun ces trois hommes? Ils ont été tués alors qu'ils avaient avant tout besoin d'être soignés.

Davantage de ressources en santé mentale auraient-elles pu leur sauver la vie? Peut-être. Mais je ne peux m'empêcher de penser que, même avec le meilleur système de santé au monde, il se trouvera toujours des gens en détresse qui, comme Mario Hamel, comme Farshad Mohammadi, comme Alain Magloire, sans qu'on s'y attende, perdront pied. Il se trouvera toujours des gens en crise qui, un beau matin, auront besoin d'être maîtrisés. Et il se trouvera toujours des policiers qui, malgré eux, seront appelés à intervenir dans ce genre de situations pénibles.

Comment intervenir dans de tels cas? C'est évidemment plus facile de le dire après qu'avant. Je n'aimerais pas être à la place de policiers qui, dans le feu de l'action, ont quelques fractions de seconde pour décider de la meilleure façon d'agir. En même temps, c'est leur travail, ils sont formés pour ça.

En ce moment, on enseigne aux policiers, devant la menace, de privilégier les tirs dans le thorax (le «centre masse»), ce qui laisse peu de chances de survie à la personne qu'on tente de maîtriser. En d'autres mots, quand un policier qui se sent menacé tire en plein coeur de l'homme qu'il doit maîtriser, il fait exactement ce qu'on lui a enseigné de faire. Ce n'est pas sa conduite qu'il faut remettre en question, mais bien la formation et la pratique policières.

Cette remise en question de la pratique controversée consistant à viser les «centres masses» jusqu'à ce que la menace cesse est l'une des recommandations du rapport du coroner sur la mort de Fredy Villanueva. En décembre, le coroner a recommandé au ministère de la Sécurité publique de carrément revoir la pratique policière sur l'emploi de la force.

L'École nationale de police se dit prête à améliorer ses pratiques. Le ministre Stéphane Bergeron - dont la promesse d'un bureau des enquêtes indépendantes, essentiel pour la reddition de comptes, ne se concrétisera malheureusement pas avant 2015 - a qualifié les recommandations sur l'emploi de la force de «pertinentes».

Il ne reste plus qu'à les mettre en oeuvre. Combien de sans-abri en détresse tomberont sous les balles de la police avant qu'on ne s'y décide?

Une mère, un bébé et une lueur d'espoir

Un mot pour dire qu'Ivonne Hernandez, cette mère mexicaine menacée d'expulsion dont je vous a parlé mardi, a obtenu un sursis.

Ivonne est une sans-papiers dont la demande de statut de réfugié a été refusée. Elle risquait d'être renvoyée au Mexique cette semaine, sans son bébé né ici, après avoir fui un conjoint canadien violent. Dénoncée par son mari après qu'elle eut trouvé refuge avec son enfant dans une maison d'hébergement, elle avait été arrêtée par l'Agence des services frontaliers et faisait face à un ordre d'expulsion le 7 février. Comme s'il était normal qu'une femme soit punie et séparée de son bébé pour avoir dénoncé une situation de violence.

Je me réjouis de voir que le juge de la Cour fédérale qui a accordé le sursis l'a fait en tenant compte de l'intérêt supérieur de l'enfant. Ce sursis permettra à Ivonne d'être présente à l'audience du 6 mars portant sur la garde de son fils, qui avait été temporairement accordée au père.

Ivonne espère bien sûr pouvoir récupérer la garde de l'enfant. Elle espère aussi que sa demande de résidence pour motifs humanitaires sera entendue par Immigration Canada afin qu'elle puisse vivre ici en paix, aux côtés de son fils et de tous ceux qui la soutiennent.

On l'espère aussi.




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