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Bernard Drainville... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE)

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Bernard Drainville

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Il s'est dit des choses fort intéressantes durant cette première semaine de commission parlementaire sur la Charte de la laïcité. Mais au-delà des querelles partisanes et du ridicule tango du tchador des libéraux, qu'en retiendra-t-on vraiment?

Je ne suis pas de ceux qui croient que le débat sur la laïcité au Québec est inutile. L'instrumentalisation politique du débat m'inquiète. L'approche démagogique adoptée par le ministre Bernard Drainville m'inquiète. Les conséquences sociales de son discours, truffé d'amalgames, m'inquiètent. La radicalisation du débat, tant du côté pro-charte que anti-charte, m'inquiètent. Malgré tout, mis à part quelques dérapages risibles, le choc des idées que permet la consultation sur le projet de loi 60 reste à bien des égards éclairant. Esquiver les questions délicates ne permet jamais de les régler. Pour peu qu'on veuille réellement y arriver dans le respect et le meilleur intérêt de tous - ce qui ne semble malheureusement pas l'objectif premier du gouvernement Marois.

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Le Québec est déjà une société laïque dans les faits. Mais d'importantes zones d'ombre subsistent et doivent être clarifiées. Des zones où la religion vient écorcher l'égalité homme-femme, par exemple. Des zones qu'une charte de la laïcité permettrait sans doute d'éclaircir.

J'ai particulièrement apprécié cette semaine la contribution au débat de Michel Seymour, professeur de philosophie à l'Université de Montréal et ex-président des Intellectuels pour la souveraineté. M. Seymour est pour une charte de la laïcité, mais il croit que l'interdiction des signes religieux ostentatoires proposée par le projet de loi 60 est difficile à justifier. «Dès lors que l'on reconnaît qu'un signe a plusieurs significations, l'État ne peut intervenir pour les interdire de façon systématique, écrit-il. S'il choisit de le faire, ce doit être sur la base d'études». Or, ces études, jusqu'à présent, brillent par leur absence.

Le professeur souligne par ailleurs, et avec raison, que la laïcité mise de l'avant dans la Charte du PQ n'est pas neutre. C'est une «catholaïcité». Aujourd'hui, pour la plupart des catholiques, la religion est une affaire privée et individuelle. Mais pour d'autres, le rapport à la religion est une affaire d'appartenance communautaire. Une appartenance qui, pour certains croyants, passe par le port de signes.

«Il ne s'agit pas de souscrire à cette façon de voir les choses, précise-t-il. Il faut seulement prendre acte du fait que certains voient les choses de cette façon, alors que d'autres voient la religion comme une affaire essentiellement individuelle et privée.» Prendre acte et accepter le fait que, dans une société pluraliste, tous ne conçoivent pas le rapport à la religion de la même façon. «Il n'existe pas de droit à ne pas être exposé au particularisme identitaire des autres, écrit-il. Mais il existe un droit à exprimer sa foi avec des signes identitaires.»

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L'État ne doit s'ingérer ni dans la chambre à coucher des gens ni dans leur garde-robe, croit M. Seymour. Mais que faire si le signe religieux tiré de la penderie - le voile, en l'occurrence - heurte le principe d'égalité homme-femme?

Il faut bien sûr déplorer et combattre le fait que certaines femmes au Québec soient contraintes de porter le foulard, convient le professeur. Mais il faut aussi reconnaître que d'autres le portent par choix. Le foulard revêt de multiples significations. Symbole sexiste, drapeau de l'islam politique, symbole d'oppression, oui. Mais aussi simple expression de la foi musulmane pour d'autres. Si on admet que, malgré quelques dérapages bien réels, l'islamisation est un mythe au Québec et que le foulard y revêt de multiples significations, comment en justifier l'interdiction?

Même si on considère que le voile est sexiste dans tous les cas, indépendamment de ce qu'en pense la femme qui le porte, il appartient à la société civile et non à l'État de trancher cette question, souligne le professeur. «Il faut distinguer la laïcisation de l'État et la sécularisation de la société.» Une pratique que l'on désapprouve n'est pas nécessairement une pratique que l'État peut ou doit interdire. Les religions ont toujours été sexistes. Un État laïque n'est pas un État qui déciderait de faire le ménage dans les pratiques religieuses sexistes. Un État laïque est un État qui reste neutre devant les religions. Ce qui ne nous empêche pas, dans la société civile, de débattre de ces questions si on veut faire changer des mentalités.

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Quelques mémoires déposés cette semaine s'interrogent sur le financement étatique d'écoles confessionnelles. C'est le cas de celui de Michel Seymour, qui propose une réduction progressive des subventions accordées à ces écoles. C'est aussi le cas du mémoire de la Coalition laïcité Québec qui, tout en appuyant le projet de loi 60, suggère que le gouvernement se penche sur cette question. Car comment, dans une perspective laïque, peut-on justifier que l'État finance des écoles qui ont pour mission de promouvoir une religion en particulier?

Ce sujet n'a pas fait l'objet de grands débats à ce jour. Il est pourtant fondamental pour qui se soucie vraiment de laïcité. L'État québécois ne peut pas, d'un côté, prôner de grands principes de laïcité et de «vivre-ensemble» et, de l'autre, financer des écoles religieuses qui sont des exemples de «vivre-séparé».

Le gouvernement Marois préfère des mesures tape-à-l'oeil, comme l'interdiction tous azimuts des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique. Comme si en faisant disparaître ces signes, on pouvait agir sur les esprits et éliminer d'un coup de baguette magique le sexisme ou l'homophobie trop souvent cautionnés par les religions.

Or, s'il y a un lieu où on peut agir sur les esprits et mettre à mal les préjugés sexistes ou homophobes, s'il y a un lieu où on peut promouvoir le vivre-ensemble, c'est bien l'école. En s'attaquant aux signes religieux, la Charte du PQ rate la cible. Elle va trop loin sur des mesures «poudre aux yeux». Et pas assez loin sur l'essentiel.




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