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Père et fée

Patsy Van Roost, aussi appelée la fée du... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Patsy Van Roost, aussi appelée la fée du Mile End, artiste qui concocte une surprise sur les trottoirs pour la Fête des pères. Elle adresse ici un message à son père, Jean-Marie, qui lui manque.

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Une ardoise posée sur le trottoir. Six mots, blancs sur noir, attendent, comme des orphelins. «Papa... J'ai envie de te dire...» Émue, l'artiste montréalaise Patsy Van Roost ajoute à la craie ses propres mots. «Papa Jean-Marie, j'ai envie de te dire que tu me manques!»

On l'appelle «la fée du Mile End». Voilà des mois que cette artiste saupoudre sa poésie dans le quartier. Ce n'est pas un hasard. C'est la mission qu'elle s'est donnée pour un an: transformer des fêtes commerciales en célébrations collectives. Juste comme ça, sans rien demander en retour, pour la seule beauté de la chose. Pour le simple plaisir de voir des étincelles dans les yeux de ceux avec qui elle partage ses projets fous.

À Noël, Patsy s'est fait remarquer avec un conte ambulant distribué une page à la fois, rue Waverly. À la Saint-Valentin, elle a fait circuler de porte en porte des recettes amoureuses. À la fête des Mères, elle a créé sur le trottoir une émouvante «mer du Mile End». Des vagues de pochoirs jaunes à même le béton où les passants, petits et grands, pouvaient, à la craie, rendre hommage à des mères qu'ils admirent.

À la demande générale, la voilà qui réinvente la fête des Pères. Je dis à la demande générale car, a priori, l'artiste trouvait la fête des Pères plus difficile à aborder. Son rapport à la paternité en est un surtout douloureux.

Née en Belgique, Patsy raconte qu'elle est arrivée à Montréal à l'âge de 11 ans avec sa mère et ses frères, sans savoir qu'elle venait y vivre. «Ma mère nous a kidnappés. Mon père est convaincu que je le savais.

«J'avais 11 ans et demi et je ne le savais pas. Car ma mère savait que si je le savais, je l'aurais dit à mon père...»

Trente ans plus tard, elle croit que son père lui en veut encore. Elle aimerait lui parler. Il ne répond plus. Les lettres qu'elle lui envoie reviennent intactes. De cette cassure, une vocation d'artiste est née. «Toute ma création est basée sur ma relation avec mon père.»

La fée ne veut pas que sa fête des Pères soit triste pour autant. Demain, elle veut rendre hommage aux pères. Elle invite les gens à prendre le temps de dire à leur papa ce qu'ils ne disent jamais. «Peu importe ce qu'on ressent, on a toujours quelque chose de beau à dire.»

Demain, Patsy sortira donc son chariot et se promènera dans le Mile End avec une trentaine de cartes géantes à compléter à la craie. «Papa, j'ai envie de te dire...»

Elle invitera les passants à se faire prendre en photo avec leur carte et à l'envoyer à leur père.

Avant de se transformer en fée, Patsy, diplômée des beaux-arts à Concordia, avait sa propre entreprise spécialisée dans les faire-part de mariage. Elle a fait ça pendant 13 ans. «J'ai commencé ça, c'était une blague. Parce que je ne crois même pas au mariage! J'ai fait un premier salon de la mariée, cela a fait fureur! J'ai fait les cartes de Céline Dion!»

Et puis, le temps a passé. L'industrie du mariage a changé, les affaires ont ralenti. Quand elle est tombée enceinte de son fils, Patsy s'est promis de l'emmener pour ses 10 ans en voyage en Amérique du Sud, afin d'y découvrir les racines de son père, d'origine chilienne. Pendant 10 ans, elle a mis 50$ de côté tous les mois. Ils sont partis ensemble, comme promis, pendant cinq mois. Pour le fils, ce fut un retour aux sources. Pour la mère, l'occasion de prendre du recul et de voir la vie d'un autre oeil. «Et là, j'ai eu un flash. Je me suis dit: "Non! Ce n'est pas vrai que je retourne à Montréal pour fabriquer des faire-part de mariage!"»

Patsy a donc décidé de retourner à l'université. Elle en est sortie il y a deux ans avec un diplôme en design d'événements. «C'est là que j'ai découvert qu'on pouvait jouer dans la ville et que c'était incroyable!», dit-elle.

Mère de famille monoparentale, Patsy n'arrive plus à vivre de son art comme du temps où elle fabriquait des faire-part. En fait, elle n'a jamais été aussi pauvre que depuis qu'elle est fée. Il y a des moments où elle s'est même dit qu'elle pourrait se retrouver à la rue. Mais elle ne regrette rien, dit-elle, une lumière dans le regard. «Ça m'a permis de créer une famille, un sentiment d'appartenance.»

Et puis, de fil en aiguille, son art est reconnu et même enseigné. L'automne prochain, elle donnera un cours à l'UQAM intitulé La ville comme terrain de jeu.

Quand elle marche dans le quartier, Patsy se fait souvent arrêter. «Merci, c'est magnifique.» Des inconnus l'invitent à souper. D'autres lui glissent des enveloppes dans sa boîte aux lettres pour l'aider à joindre les deux bouts. Des gens lui écrivent, lui racontent leur vie.

Les projets participatifs de Patsy ont eu tant de succès que d'autres quartiers qui se cherchent des fées la réclament. Patsy aimerait bien. Mais elle n'a pas les moyens de se déplacer. Et puis, ajoute-t-elle, il y a une dimension très intime à ces projets.

Dimanche, la fée arpentera les avenues Bernard, Saint-Viateur et Fairmount, entre l'avenue du Parc et le boulevard Saint-Laurent. Elle invitera les passants à venir rendre hommage aux pères, beaux-pères et futurs papas. Il y aura d'autres surprises, soigneusement préparées depuis un mois. «La surprise est pour tout le monde, du Mile End et d'ailleurs, avec ou sans papa, dit-elle. Je veux faire parler le coeur.»

Ça peut paraître fleur bleue, mais les gens ont soif de ça, constate-t-elle. Soif de fées qui mettent de la poésie dans leur quotidien.

> Pour des détails sur l'événement, rendez-vous sur la page Facebook «Mile-End papas».

> Site internet de Patsy Van Roost: www.patsyvanroost.com




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