Un dérapage la nuit

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Une tribune téléphonique, la nuit. La dame a la voix ricaneuse. Elle dit s'appeler Maria et être d'origine arabe. Quand l'animateur Jacques Fabi demande si elle va bien, elle répond d'abord oui et ensuite, non. «Ça va très, très mal. Il y a mes frères et mes soeurs qui sont en train de mourir à Gaza, comment voulez-vous que j'aille bien?»

La dame propose tout de go au roi de la nuit du 98,5 FM une «petite devinette». «J'ai un animal dans la tête», lui dit-elle, en l'invitant à deviner lequel.

«Un léopard? demande l'animateur.

Non, non, non...

Un chien?

Oui, exactement. C'est un Israélien alors. Ha! Ha! Ha!»

Dans le ricanement de la dame, quelque chose d'obscène. À ce moment précis, je me serais attendue à ce que l'animateur lui raccroche la ligne au nez et condamne ses propos antisémites. Je me serais attendue à ce qu'il lui dise: «Non, madame. Ce n'est pas un animal que vous avez dans la tête. C'est de l'antisémitisme.» Ou encore: «La souffrance de vos frères et soeurs à Gaza, aussi insoutenable soit-elle, ne justifie en rien la haine de tout un peuple. Il est dangereux de faire l'amalgame entre l'État d'Israël et les Israëliens.»

Jacques Fabi n'a pas dit ça. Il n'a pas raccroché non plus, lui qui a pourtant l'habitude de couper court aux dérapages nocturnes de ses auditeurs. Voici ce qu'il disait à ce sujet, l'an dernier, en entrevue à La Presse: «Maintenant, dans les studios de radio, lorsqu'un auditeur dérape, on a un bouton qui permet un délai de 15 secondes avant d'entrer en ondes, mais personnellement, j'ai toujours eu le même truc. Je coupe la ligne et j'invoque un problème technique. «Dommage, on a perdu M. Untel...»»

Mais voilà, dans la nuit du 21 novembre, dommage, on n'a pas perdu Mme Maria, antisémite et fière de l'être. Après qu'elle eut assimilé de façon odieuse les Israéliens à des chiens, Jacques Fabi s'est contenté d'un haussement d'épaules devant ses propos répugnants. «Ah! bon. Ben là...»

«Connaissez-vous Hitler? a alors demandé l'auditrice.

Pas personnellement, non.

Vous connaissez l'Holocauste, peut-être?

Un peu, oui.

C'était le massacre des Juifs. Pour moi, c'était la plus belle chose qui puisse arriver pour [sic] l'histoire.»

Voilà donc une dame qui célèbre l'extermination d'un peuple comme étant la plus belle chose qui soit. Ses propos haineux, qui font l'apologie de la violence meurtrière, sont abjects et inacceptables. Comme Montréalaise d'origine arabe, cette auditrice me fait honte.

Comment a réagi Jacques Fabi? Au lieu de condamner le discours antisémite de l'auditrice, il n'a rien trouvé de mieux à dire que: «Hé! J'oserais jamais dire ça, madame!» Sur le ton de l'animateur jaloux de la liberté de parole de son auditrice anonyme...

Jacques Fabi a ensuite déploré le fait qu'il faille «toujours mettre des gants blancs lorsqu'on parle de cette belle population juive de Montréal» qui, selon lui, a parfois un «comportement emmerdant»».

«C'est plus facile pour vous que pour moi de le dire et ça ne veut pas dire que j'ai nécessairement envie de le dire... Mais ce que je veux vous dire, c'est que vous, dans l'anonymat, vous pouvez effectivement vous exprimer à bon escient, ce qui n'est pas mon cas.»

À bon escient? Faire l'apologie de l'extermination d'un peuple, ce serait s'exprimer «à bon escient», selon Jacques Fabi? Ce serait faire preuve de discernement? Misère...

Imaginez un instant si une auditrice avait dit que l'extermination des Québécois, coupables d'avoir arraché leurs terres aux autochtones, serait la plus belle chose qui puisse arriver. L'animateur aurait-il trouvé que la dame s'exprime «à bon escient» ?

Ce moment de radio honteux s'est terminé par un message d'insulte à tous les Juifs. «Pour la population juive qui nous écoute en ce moment [...] dédicacé rien que pour eux: je vous emmerde», a dit l'auditrice.

Alors le message est passé, madame, a conclu Jacques Fabi. Merci d'avoir téléphoné.»

Le message est passé? Merci d'avoir téléphoné? Merci pour quoi? Merci d'avoir déversé votre haine des Juifs et d'avoir fait l'apologie du génocide sur nos ondes?

Jeudi, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes a envoyé une lettre au 98,5 FM. Il réclame avec raison des mesures disciplinaires à l'endroit de Jacques Fabi ainsi que des excuses publiques. La lettre souligne que la station a violé le code de déontologie de l'Association canadienne des radiodiffuseurs. Ceux-ci doivent en effet veiller à ce que leur programmation ne renferme pas de contenu ou de commentaires abusifs ou discriminatoires.

Hier, la réponse du 98,5 a été laconique: «Les propos tenus en ondes plus tôt cette semaine sont inacceptables. Des sanctions seront effectivement prises. Ce sont nos seuls commentaires», m'a écrit un porte-parole de la station.

Déplorer le fait qu'on étouffe souvent toute critique d'Israël en accusant à tort ses adversaires d'antisémitisme ou de sympathie avec les terroristes est une chose tout à fait légitime. Cautionner un appel à la haine en est une autre tout à fait condamnable. Avoir une tribune est un privilège qui vient avec des responsabilités. Veiller à ne pas inciter à la haine en est une.

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