Nazi toi-même!

La loi de Godwin, vous connaissez? C'est un principe selon lequel plus un débat s'enlise, plus il risque de culminer avec une accusation nazie.

Le débat entre étudiants sur la hausse des droits de scolarité n'a malheureusement pas défié cette loi. Même des étudiants en sciences politiques, qui devraient en principe avoir appris deux ou trois choses sur Hitler, ont cru bon débiter ce genre de sottises pour museler en assemblée générale un camarade favorable à la hausse. «On m'a hué et, en sortant, il y a des petits amis avec un carré rouge qui m'ont traité de fasciste et m'ont suggéré de retourner dans mon Allemagne nazie», a raconté l'étudiant dans nos pages, hier.

Fasciste, vraiment? Quand le seul argument que vous êtes capable de servir à vos opposants est celui-là, c'est peut-être signe qu'il vaudrait mieux se taire.

Sans le savoir, les étudiants qui ont sorti ces gros mots ont atteint le point Godwin. Par leur bêtise, sans l'aide de personne, ils se sont discrédités eux-mêmes. Les imbéciles qui ont envoyé au cours des derniers jours des menaces à des étudiants au carré vert pro-hausse n'ont pas fait mieux. Ils ont gentiment offert à leurs adversaires des tonnes de munitions. La ministre Line Beauchamp l'a bien compris, saisissant la balle au bond, hier. «L'intimidation doit cesser», a-t-elle dit, en invitant les leaders du mouvement de grève à se dissocier de tout geste d'intimidation ou de vandalisme.

Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, a heureusement compris plus vite encore l'urgence de condamner ces gestes. Il n'a pas attendu l'appel de la ministre pour le faire. Mais le mal était déjà fait.

Je l'ai déjà dit, je suis contre la hausse des droits de scolarité. Mais je suis aussi contre la bêtise, qu'elle soit pro-hausse ou pro-baisse. Et pour la hausse du niveau d'intelligence dans les débats publics.

Par chance, dans le camp minoritaire pro-hausse, le discours n'est pas toujours brillant non plus. Le mépris n'est pas plus convaincant que l'insulte. Quand Arielle Grenier, une des porte-parole du Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec, dit qu'en «coupant deux bières par semaine, les étudiants réussiraient à absorber la hausse», j'y vois avant tout du mépris. L'étudiante ne fait qu'entonner le refrain démago préféré de ceux qui traitent les étudiants comme des enfants gâtés et parlent de l'éducation comme d'un vulgaire produit de consommation. Un refrain qui oublie l'essentiel: l'éducation est un droit. «L'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite», dit la Déclaration universelle des droits de l'homme. Il va de soi qu'une hausse brutale de 75% des droits de scolarité n'est pas exactement ce qu'on appelle une mesure incitative.

Les étudiants pro-hausse semblent avoir fait leur le discours du gouvernement libéral. Pour certains, cela n'a rien d'étonnant puisqu'ils sont justement membres du Parti libéral. La CLASSE les accuse d'être en mission téléguidée pour simuler un désaccord chez les étudiants. Elle n'a peut-être pas tout à fait tort. Mais peut-on vraiment reprocher à des politiciens de faire de la politique?

Même s'il est clair que les étudiants en faveur de la hausse sont minoritaires, le désaccord au sein de la population étudiante reste bien réel. Au hasard d'une discussion avec des cégépiens cette semaine, j'ai été surprise d'entendre un certain nombre d'entre eux parler de la hausse comme d'une fatalité. Chacun ne doit-il pas faire sa «juste part» ? disaient-ils, en reprenant la rhétorique du gouvernement. «Si on va à l'université, on va gagner un bon salaire en sortant. Ça se paie», a insisté l'un d'eux.

Au lieu de menacer ces étudiants ou de les traiter de tous les noms, il peut être utile de leur rappeler qu'il existe déjà dans notre société un mécanisme de répartition des richesses très efficace. Cela s'appelle l'impôt progressif sur le revenu. Le caractère progressif des régimes fiscaux est justement conçu pour que chaque citoyen paie sa juste part. Il fait en sorte que le diplômé universitaire qui a la chance d'avoir un emploi bien rémunéré paiera plus d'impôts que le citoyen qui n'a pas eu cette même chance. L'équité, elle est là.

Quand on parle d'universalité des soins de santé, il ne nous viendrait pas à l'esprit (si on écarte quelques dérives) de faire payer davantage un grand malade sous prétexte qu'il a la chance de se faire soigner et de quitter l'hôpital en pleine santé. Même si le traitement de la maladie a coûté des dizaines de milliers de dollars à l'État, on ne dit pas au patient qu'il doit faire sa «juste part» puisqu'il a profité de soins de santé pour lesquels tous les citoyens, même ceux qui ont une santé de fer, ont contribué.

Pourquoi serait-ce différent en éducation?

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