Un gardien et son purgatoire

Réjean Tremblay
La Presse

Ainsi donc, Jaroslav Halak a entrepris hier soir son cinquième match de suite avec le Canadien. Que le Canadien ait gagné ou non ne changera rien à la leçon que reçoit Carey Price.

Avec beaucoup de retard, le jeune chouchou de Bob Gainey apprend qu'il faut mériter son poste dans la Ligue nationale. Et qu'un directeur général, même s'il a un préjugé immensément favorable, ne peut compenser pour les défaillances d'apprentissage d'un jeune doué.

Sans remonter à Maurice Duplessis, on peut quand même rappeler que les plus grands joueurs du Canadien n'ont jamais eu un poste de partant dans un premier trio ou à la pointe à la défense sans l'avoir mérité. Et ce fut souvent très difficile et pénible.

François Gagnon a très bien résumé la situation qui a prévalu depuis l'entrée en scène de Price dans l'organisation du Canadien. Même si Jaroslav Halak avait connu une saison fabuleuse, il a brutalement été tassé pour donner le filet à Price en fin de saison. Comme les Bulldogs ont gagné la Coupe Calder, personne n'a mis en cause la décision de Bob Gainey. Mais rien ne dit que Halak n'aurait pas gagné la Coupe... et même plus facilement.

À Montréal, on connaît bien l'histoire.

Je me souviens de l'arrivée de Guy Lafleur avec le Canadien. Et de celle de Steve Shutt. Ils avaient vécu un long purgatoire de trois saisons avant que Scotty Bowman ne leur fasse pleinement confiance. Même chose pour Mario Tremblay.

Et avant eux, les journalistes et les fans de l'époque se rappellent qu'Yvan Cournoyer avait dû se contenter des attaques massives pendant des saisons avant de devenir un joueur régulier.

Plus près des partisans actuels du Canadien, on peut souligner que Guy Carbonneau s'est battu férocement pour arracher le poste de centre à Dan Daoust. Personne ne lui a donné quoi que ce soit et pourtant, Carbo avait battu des records à l'attaque avec les Saguenéens de Chicoutimi.

Et Patrick Roy, après avoir gagné la Coupe Stanley de brillante façon en 1986, a dû livrer une lutte féroce à Brian Hayward. Il était peut-être le numéro un, mais il ne jouissait d'aucun favoritisme.

En fait, le seul que j'aie vu s'accaparer d'un poste de numéro un sans compétition est Ken Dryden. Mais Dryden était déjà diplômé de Cornell quand il a entrepris sa carrière avec le Canadien, et il était un homme d'une très grande maturité, même dans la jeune vingtaine.

On ne peut pas dire que c'est le cas de Carey Price.

Ce qui se passe depuis une dizaine de jours est une bénédiction. Carey Price aurait dû être confronté à cette dure réalité qu'est la compétition dans le sport professionnel bien avant aujourd'hui. Il aurait mieux compris à quel point il était privilégié. Il en aurait donné bien plus à son équipe et sans doute qu'il aurait progressé bien mieux.

Même si Carey Price ne peut dire ce qu'il pense parce que dans le monde d'aujourd'hui, les athlètes doivent se limiter aux clichés approuvés d'avance, il est certain qu'il vit un choc énorme. Quand on a 20 ans et que toutes nos certitudes sont remises en question, il faut aller voir en soi qui on est et comment on va se battre. Même si on est bien jeune pour montrer tant de maturité.

Si Price a cette force morale, alors que les fans soient rassurés. C'est le traitement-choc dont avait besoin un bébé gâté pour devenir un athlète capable de grandes choses pour son équipe.

Andre Agassi... et l'antidopage

Quand une grande vedette du sport écrit son livre, on est souvent confronté à une vérité qui choque. Andre Agassi révèle dans son autobiographie qu'il a consommé de la «meth» en 1997 et qu'il a menti aux dirigeants de l'ATP quand les tests ont montré qu'il consommait de la dope.

C'est à partir de cette chute carabinée qui l'a entraîné jusqu'au 140e rang mondial que le beau Andre a repris sa vie en mains pour redevenir le numéro mondial... et ensuite conquérir le coeur de la belle Stefi Graf et devenir un leader dans l'aide aux enfants défavorisés.

Que celui qui n'a jamais péché lance la première pierre, a déjà dit un Juif bien connu.

J'ai couvert l'entrée en scène d'Agassi quelques années plus tôt, tant à Wimbledon qu'à Montréal et à Paris. C'était un jeune homme affable et je n'ai jamais compris l'acharnement maladif de certains journalistes américains à le démolir.

Il était riche à 20 ans et, à 25 ans, il avait conquis le monde du sport et était accueilli partout sur la planète comme une superstar. Sa vie privée était un fouillis total et une belle faillite, qui a provoqué la rupture avec Brooke Shields.

Andre Agassi a dérapé, ce qui n'est pas bien. Il s'est repris, ce qui est fort bien, et il est devenu un père bon et un donateur généreux, ce qui est encore mieux. La vraie farce, ce n'est la glissade d'Andre Agassi. La vraie farce, c'est la facilité avec laquelle les grandes stars, tellement rentables pour le sport professionnel, s'en tirent quand elles se font prendre pour dopage.

Quand Richard Pound, la grande conscience derrière l'Agence mondiale antidopage, a pourfendu le sport professionnel en accusant ses dirigeants de ne pas vouloir livrer une vraie lutte contre le dopage, il avait raison. Ce qui est vrai pour le tennis est tout aussi vrai pour le hockey...

Personnellement, je n'ai aucune confiance dans les programmes antidopage de la LNH. Cette année va sans doute être une année plus propre à compter de décembre à cause des Jeux olympiques de Vancouver. Mais sinon... confiance zéro, comme dans Ouellet.

DANS LE CALEPIN Gabriel Grégoire, l'ancien des Alouettes de Montréal, a fait des progrès énormes à l'émission du matin de CKAC. Grégoire a été plongé dans l'animation et il n'avait pas d'expérience. C'est un métier qui doit s'apprendre. Il apprend bien, et c'est intéressant de l'écouter, parce qu'il ose sortir des foutues redites de puck et de shots dans le top du net!

 

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