La grande discrimination

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Réjean Tremblay
La Presse

Nous avions terminé l'entrevue et le maire Régis Labeaume allait entreprendre sa conférence de presse à Québec. La conclusion est sortie tout droit du coeur et de la tête de Bob Sirois: «Une des conclusions de mon livre, c'est qu'il faudrait retrouver au plus vite une équipe de hockey de la Ligue nationale à Québec. C'est quand les Nordiques étaient dans la LNH que les Québécois francophones ont eu leur chance dans le hockey. Sinon, toutes les données statistiques en font la preuve, les francophones ont souffert d'une nette discrimination depuis 1970, première année du vrai repêchage.»

Bob Sirois a fait carrière dans la Ligue nationale avec les Flyers de Philadelphie mais surtout avec les Capitals de Washington. Blessé au dos, endurant des douleurs atroces, il a quand même trouvé le moyen d'aller jouer deux autres saisons en Suisse. Puis, comme c'est un homme intelligent et un leader naturel, il s'est lancé en affaires.

 

Puis un jour, dans le temps de l'affaire Shane Doan, son associé Neil Hachey lui a posé une question à propos des «frogs» dans le hockey: «J'ai d'abord oublié sa question mais quand il est revenu sur le sujet, j'ai entrepris quelques recherches. Pour découvrir qu'il n'y avait rien sur l'internet ou dans les statistiques qui racontait et expliquait l'histoire des Canadiens francophones dans la Ligue nationale», a-t-il dit hier matin.

C'était une entrevue plus formelle en prévision du lancement de son livre, Le Québec mis en échec, qui aura lieu lundi matin. Mais j'avais déjà rencontré Bob Sirois, il y a quelques mois, quand il peaufinait son manuscrit une dernière fois avant de le remettre aux Éditions de l'homme.

Ce livre est le résultat de trois ans de recherches. Des recherches passionnées qui lui ont demandé un temps fou: «Tout le monde parlait de cette discrimination contre les Québécois francophones, mais personne n'avait les données. Cette fois, on va savoir de quoi on parle et c'est évident, à l'étude des statistiques compilées, que la Ligue nationale est le fief des Canadiens anglais et des Américains qui «tolèrent» la présence d'autres ethnies à condition que les joueurs tolérés soient meilleurs que les autres. S'il n'y avait pas eu le Canadien et les Nordiques pendant ces 40 ans, le bilan serait désastreux», assure Sirois.

Lui-même a été repêché par les Flyers de Philadelphie: «C'est simple. Chez les Flyers, il y avait Marcel Pelletier, et le coach était Fred Shero, qui avait joué à Shawinigan et qui avait marié une fille de la place. De plus, les As de Québec étaient le club-école des Flyers et le contact avec les francophones était facile. On était ouvert. D'ailleurs, les francophones ont souvent accès à la Ligue nationale par des contacts qui leur sont favorables. Ces gens-là sont souvent passés par le Canadien ou les Nordiques. C'était vrai pour Punch Imlach des Sabres de Buffalo, qui avait coaché les As de Québec; c'était vrai pour Bill Torrey, des Islanders; pour Cliff Fletcher, des Flames d'Atlanta; pour Wren Blair, pour le prof Ron Caron. Tous étaient passés par l'organisation du Canadien», rappelle Sirois.

Et aujourd'hui, ça continue avec Jacques Martin, Alain Vigneault, Ray Shero (dont le véritable prénom est Réjean et dont la mère s'appelle Mariette) et les Mario Lemieux de ce monde. Ce n'est pas un hasard s'il y a tant de Québécois avec les Penguins de Pittsburgh: «Si le francophone n'a pas un lien quelconque dans une organisation, c'est très difficile d'atteindre la Ligue nationale», dit Bob Sirois.

Si vous pensez que le nombre de francophones a chuté dramatiquement chez le Canadien depuis l'arrivée de Bob Gainey, vous avez raison. On est passé d'une douzaine de Québécois jouant avec la Flanelle à cinq et six en 2006-2007 et 2007-2008, et à trois cette saison. Même chose pour le repêchage.

Par ailleurs, Sirois note que sous le règne de Gainey, les Stars de Dallas n'ont repêché que trois Québécois pendant toutes ces années, l'un étant Steven Gainey. On peut également noter que les Nordiques, qui repêchaient de nombreux Québécois quand ils étaient dans la Vieille Capitale, ont été complètement muets depuis leur passage au Colorado. Pierre Lacroix ne veut sans doute pas être dérangé par la parenté.

Les amateurs de hockey qui vont dévorer son livre vont découvrir des faits renversants. Les chiffres mentent rarement: «Par exemple, on attribue souvent au midget AAA tous les problèmes des francophones. Savez-vous qu'un jeune du midget AAA sur environ 620 sera repêché par une équipe de la Ligue nationale? S'il est anglophone ou s'il porte un nom anglophone, c'est un jeune sur 325 environ qui sera retenu. Pourtant, ils ont les mêmes coachs, le même environnement et font partie des mêmes structures. C'est le nom et la langue qui font la différence», explique Sirois. Ce n'est que lundi que nous aurons les chiffres précis puisque le livre n'est pas encore disponible.

«En complétant mes recherches, j'ai découvert des faits incroyables qui démolissent de nombreux mythes. Mais elles font la preuve que si tu n'es pas meilleur qu'un Anglais, tu ne passes pas, tu subis une véritable discrimination», ajoute Sirois.

Ses recommandations sont limpides. Ça prend une équipe à Québec puisque Québec aura joué un rôle pratiquement aussi important que le Canadien au cours des dernières 40 années dans l'avancement des jeunes francophones dans le hockey. Et ça prend une équipe junior nationale du Québec pour participer aux championnats du monde. Comment expliquer que six Québécois francophones ont été sélectionnés parmi les 20 premiers au dernier repêchage... mais que seulement deux ont eu une place dans l'équipe du Canada aux championnats du monde?

L'un des deux était Patrice Cormier de Cap-Pelé, au Nouveau-Brunswick. L'autre était Angelo Esposito. Disons que c'était deux francophones.

La réponse devrait être dans le livre de Bob Sirois.

DANS LE CALEPIN

Le maire Régis Labeaume était superbement préparé. Il n'y a pas eu de faux-fuyant dans ses réponses, et les Québécois savent de quoi il en retourne dans son projet d'un nouveau Colisée. On va avoir amplement l'occasion d'en discuter dans les prochains mois. Je voudrais juste souligner que déjà, des gens de Ford se sont informés au sujet du nom de l'édifice. J'aurais cependant une suggestion après avoir écouté M. Labeaume. Peut-être que la chambre de commerce de Montréal pourrait lui payer une maison. Il pourrait se présenter aux élections...

 

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