Entre 18 et 24 ans

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Pierre Foglia
La Presse

Cette chronique, tout comme la précédente, fait écho à la page Et cetera, qui ferme notre cahier des Arts. Mardi, c'était les vieux et l'exercice. Aujourd'hui, c'est l'opinion d'un vieux sur les poils. Demain, on se posera la question: est-ce bien prudent pour les vieux de faire du cheval? Qui va payer si y tombent et si y se cassent quelque chose?

Mais aujourd'hui, les poils. J'ai été élevé par des femmes -- ma mère et mes soeurs -- qui avaient du poil sous les bras. Pas seulement parce qu'elles étaient italiennes: les Françaises de ma rue en avaient aussi. On ne s'en avisait même pas; elles avaient du poil sous les bras comme elles avaient des cheveux.

Un jour cependant que notre voisine Mme Maréchal, en robe d'été, levait les bras, je ne sais plus pourquoi, peut-être bien pour chanter «haut les mains, haut les mains, donne-moi ton coeur, haut les mains», je vis bien qu'elle avait les aisselles nues et j'en fus très ému. Maman! Maman! Mme Maréchal, elle a même pas de poil sous les bras.

On m'expliqua que c'était pour faire comme les Américaines. D'ailleurs, quand ma soeur s'en est allée en Amérique, c'est une des questions que je lui ai posées dans une de mes premières lettres: te rases-tu sous les bras?

À cette époque, tout ce qui nous arrivait de bien ou de mal était à cause de l'Amérique. Il n'y avait pas comme aujourd'hui des sexologues pour nous expliquer que tout ça, c'était à cause de la pornographie. Mais on parlera des sexologues une autre fois, et de la sexualité des vieux aussi. En attendant, envoyez-moi des photos pour m'inspirer.

Quand je suis arrivé au Canada, non seulement les jeunes filles n'avaient pas de poil sous les bras, mais leurs mères non plus. Bref, à mon arrivée au Canada, je me suis mis à embrasser les jeunes filles (et parfois leur maman) sous les bras. Cela s'est su, on disait qu'il rôdait en ville un maniaque de dessous de bras, on en parlait jusque sur la Rive-Sud et à Laval, et bien sûr à Sorel. Je me suis calmé assez rapidement: finalement, elles étaient toutes pareilles, ces jeunes femmes glabres des aisselles. Je suis passé à autre chose, je ne me souviens plus quoi. Ah, si: je me suis marié.

Je n'ai plus jamais reparlé de poils avec qui que ce soit jusqu'à ce matin, jusqu'à ce reportage dans mon journal préféré titré «Sous la jupe des filles» avec, en exergue: «Le retour du poil». En fait, si j'ai bien lu, un retour timide. L'article est surtout consacré au rasage intégral chez les jeunes filles, une pratique si répandue qu'une gynécologue de Sainte-Justine affirme: «Ça fait au moins 10 ans que je ne vois plus de poils chez les adolescentes. Elles viennent tout juste de lâcher Barbie qu'elles se rasent déjà le pubis.»

Le phénomène serait mondial. Même en Indiana. C'est la partie de l'article qui m'a le plus flabbergasté. Des chercheurs de l'Université de l'Indiana affirment que seulement 12% des jeunes femmes de 18 à 24 ans ne s'épilent pas le machin. Êtes-vous déjà allé en Indiana? À Winamac? À Loogootee? À Gas City? À Goshen? À Bluffton? à Tipton? À Kokomo? Quatre-vingt-sept pour cent des gens de Kokomo ont voté Romney, 91% pensent qu'Obama est un musulman marxiste, n'empêche que 88% des jeunes femmes de 18 à 24 ans de Kokomo se rasent intégralement le minou. Vous ne trouvez pas qu'on vit une époque qui porte à la rêverie? Vous êtes là, au Grand Union de Kokomo, au comptoir poissonnerie, vous avez demandé des pétoncles, la jeune femme qui vous sert vous demande en vous montrant le sac: c'est assez comme ça? Vous ne répondez pas. Alors elle répète: c'est assez comme ça, les pétoncles? Oui, oui, mademoiselle, excuse-moi, j'étais ailleurs.

Menteur. Vous étiez en train de vous demander si elle avait entre 18 et 24 ans.

POUAISIE - Ai-je dit que je n'aimais pas la poésie dans ma chronique de mardi? Non, je n'ai pas dit ça. Je n'ai pas dit non plus, comme me le prête un lecteur, que je n'aimais pas «que la poésie surgisse hors des poèmes». Je parlais de fabrication poétique. Serais-je plus clair en remplaçant fabrication par introduction? Pensez à un film, à un roman, représentez-le-vous sous la forme d'une dinde et la poésie comme la farce que vous fourrez dans le cul de la dinde. C'est ce que je veux dire. Je n'aime pas quand on fourre la dinde de poésie.

Si le sujet vous intéresse - la marque du poétique dans une oeuvre -, essayez le minuscule et néanmoins pénétrant essai de Jacques Brault sorti en 2011 au Noroît, Dans la nuit du pouème.

LE PLUS GRAND - Question d'un lecteur: est-ce que Lance Armstrong est le plus grand tricheur de l'histoire du sport? Ben Johnson est pas loin derrière, en tout cas, mais si vous me demandez quels sont mes tricheurs préférés, alors là je n'hésite pas une seconde: l'équipe espagnole de basket en fauteuil roulant qui a gagné l'or aux Jeux paralympiques de Sydney. On devait découvrir que 10 des 12 joueurs de l'équipe n'étaient pas handicapés. J'ai ri, mais ri! Pas sûr que je vais rire autant ce soir en écoutant Lance Armstrong.

MAXIME - Mais si, vous savez bien, Maxiiiiime. Maxime qui est au Japon. Faisait longtemps qu'il ne m'avait pas écrit, alors il me fait un petit résumé. J'ai eu 27 ans cette année et un bébé. Je bois moins de bière, je ne fume plus. J'ai reçu deux cols roulés pour Noël. J'ai rêvé à vous l'autre matin, j'étais chez vous, votre femme est arrivée, une espèce de Karine Vanasse dans la soixantaine, elle m'a demandé si je n'avais pas vu son Télé-horaire. Après, j'ai essayé d'ouvrir un pot en verre avec des anchois dedans. J'ai gossé un moment, pis je me suis réveillé. Bonne année, monsieur. Si vous le souhaitez, je peux vous envoyer un de mes deux cols roulés, le jaune. Maxime.

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