| Commenter Commentaires (27)

Une histoire d'amour et une histoire de mort

Partager

Sur le même thème

Pierre Foglia
La Presse

Les parties se sont fréquentées à compter de l'automne 2006, disent les documents de cour. Et les parties ont cessé de faire vie commune en novembre 2009.

Sonia Blanchette et Patrick Desautels ont eu trois enfants. Les trois ont fait la une des journaux lundi. Vous vous y êtes arrêtés forcément. La grande de 5 ans dans sa robe blanche, le petit garçon de 4 ans et entre les deux, les yeux d'Anaïs comme deux grosses billes noires. Elle aurait eu 2 ans la semaine prochaine.

Comment ça, une petite fille de 2 ans s'ils ne sont plus ensemble depuis 2009? C'est pas la première histoire d'amour qui ne voulait pas finir même si c'était fini.

Sonia sait-elle qu'elle est enceinte d'Anaïs ce 19 mars 2010 quand elle va reconduire les deux autres chez leur père? Peut-être pas. Elle n'en fait aucune mention dans la lettre qu'elle laisse ce jour-là à Patrick.

«Cher Patrick, je suis toute stressée de t'écrire ne sachant pas par où commencer. J'entends déjà tes commentaires sur mon écriture du dimanche...»

Elle écrit drôlement bien, cette fille, le dimanche. Une écriture ronde qui court au but sans détour et presque sans fautes. Sa grande annonce du jour: «Je te laisse les enfants, Patrick, pour toujours. La garde légale et tout, tu auras des nouvelles la semaine prochaine.» Plus loin, elle explique pour la garderie, pour les rendez-vous à venir, un chez le médecin, un autre pour Loïc avec la nutritionniste, et encore un pour des photos (j'aimerais bien être là pour les photos). Prends soin de mes amours, bisous, je t'aime même si je sais que... Sonia, xxx.»

Sauf que 15 jours plus tard, elle revenait sur sa décision: elle voulait maintenant la garde partagée, une semaine papa, une semaine maman. Quinze autres jours plus tard, elle rechangeait d'idée pour la garde et la pension. C'est alors que tout s'est morpionné, que les parties, comme dit la cour, se sont jeté requête par-dessus requête par la tête.

Cette petite guerre sale que se font les couples qui ne s'aiment plus.

Monsieur est un ceci cela. Madame aussi, une ceci cela.

Cette petite guerre encore plus sale lorsque ce sont des couples qui s'aiment encore. Les enfants servant de munitions. Le fric, de punition. Et chez au moins une des deux parties, sous les mauvaises raisons, les braises hautement inflammables d'amours mal éteintes.

Quand Anaïs naît en octobre 2010, la mère «oublie» d'inscrire le père dans sa déclaration de naissance. S'ensuit une requête en reconnaissance de paternité, test d'ADN à l'appui. Le 12 décembre 2011, un juge reconnaît la paternité de Patrick Desautels et lui accorde la garde d'Anaïs (il avait déjà la garde des deux autres).

Le jour même, Sonia Blanchette enlève Anaïs. Son procès pour enlèvement devait se tenir en janvier prochain.

Ce n'est plus la guerre. Pour la mère, c'est le trou noir. Elle verra ses enfants une fois par semaine à la Maison de la famille de Drummondville. En juin, elle obtient de la cour que ces rencontres se fassent chez elle sous la surveillance de sa mère...

Extrait du rapport de l'intervenante de la maison de la famille. «Madame est toujours à l'heure et comme elle est tenue de le faire, elle apporte la collation des enfants. Lorsque les enfants arrivent, elle les prend dans ses bras, leur conversation tourne autour de l'école et des jeux... La mère demande et redemande des nouvelles d'Anaïs, qui ne participe pas à ces rencontres. Elle demande et redemande comment elle va. Nous devons intervenir, la faire changer de sujet, lui rappeler qu'elle doit se concentrer sur le moment présent.

«Elle nous répond qu'elle a bien le droit de savoir comment va sa petite fille.»

Et une histoire de mort

Sonia Blanchette a été accusée mercredi du triple meurtre prémédité de ses enfants, Lorélie, Loïc et Anaïs.

Je lis et j'entends depuis deux jours que cela prendrait des centres d'urgence partout au Québec, des centres où les parents en détresse pourront aller cogner à la porte 24 heures par jour. Comme si la mère ou le père qui vient de se faire enlever la garde de ses enfants allait aller demander de l'aide «au système», ce même système qui vient de le ou la déclarer inapte comme parent. Comme si il ou elle allait faire confiance à un psy, quand c'est sur l'évaluation d'un autre psy que s'est basé le tribunal pour lui retirer la garde de ses enfants.

Comme des milliers d'autres, je suis passé par là et même si ça fait très longtemps, j'en garde un souvenir de grand tumulte intérieur et de surdité totale aux avis et aux conseils des amis. Ce trou noir dans lequel on se débat. Cette mer d'injustice dans laquelle on se noie. Tous ces gens, ce juge, ces avocats qui ne vous connaissent pas mais décident de votre vie. La Chambre de la famille est une usine à fabriquer des barils de poudre.

Je m'étonne que la société qui voit le danger partout, qui s'assure de tout, qui veut qu'on mette un casque pour tout, qui aspire de plus en plus à vivre à risque nul ne se soucie pas plus que ça des barils de poudre de la Chambre de la famille.

La justice familiale, qui a à traiter de désamours, d'enfants, des grands tumultes intérieurs et des dépressions qui viennent avec, est de toutes les justices la plus difficile à rendre parce qu'elle a à choisir entre des innocents et des innocentes.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer