Une journée à Montréal

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Pierre Foglia
La Presse

Je me suis retrouvé à ce show de Leonard Cohen parce que ma petite-fille voulait aller voir Dylan. Tu m'emmènes voir Dylan, grand-papa? Non, mademoiselle. Je peux écouter One More Cup of Coffee toute une journée en boucle, mais je n'irai pas le voir en show, même avec toi. Cohen, si tu veux. Elle voulait bien Cohen.

Cohen est une des plus belles choses que Montréal ait mises au monde. Ma petite-fille aussi. Les deux ensemble, plus quelque amis (parmi les rares qui me restent), cela m'a fait un bel anniversaire.

Il te ressemble, m'a glissé ma petite-fille pendant le show. Un peu, c'est vrai: les mains. Sur les écrans de chaque côté de la scène, des gros plans de ses mains qui tiennent le micro montraient ses taches brunes de vieux. Tiens, regarde, j'ai les mêmes.

La seule fausse note de ce spectacle de trois heures et demie a été quand Cohen a entonné La Manic. Entonné? Cohen n'entonne pas, il rauque. Il a rauqué La Manic, et le public largement francophone était très content. Après tout, La Manic est un des hymnes nationaux du Québec. Pas une mauvaise chanson, mais quand on est de cette génération, ce n'est pas la chanson qui nous vient dès les premières notes, c'est la scie. Et une crainte: un coup qu'elle reprendrait du service pour le Plan Nord?

Le plus beau moment du spectacle a été le poème A Thousand Kisses Deep, que Cohen n'a pas chanté, il l'a récité dans un silence qui n'est pas venu tout de suite. Les gens ont d'abord cru à une anecdote, ça ricanait vaguement dans le Centre Bell - The ponies run/the girls are young -, puis les ricanements se sont étouffés et, dans le silence installé et rendu encore plus profond par un dernier toussotement, la poésie a pris toute la place. J'ai vite perdu le fil du poème qui, sauf pour le renvoi, pourrait aussi bien être une recette de veau marengo. Une poésie de mots qui font seulement du bruit, comme lorsqu'on me lit Lorca en espagnol: je ne comprends rien et je comprends tout, comme le Bukowski de The Days Run Away Like Wild Horses Over the Hills.

Cohen nous a fait A Thousand Kisses Deep en «lazy bastard living in a suit», épaules tombantes, bras pendants, comme un bronze de Giacometti auquel on aurait mis un chapeau.

Il nous a fait Going Home, Amen, du dernier CD, il nous a fait aussi toutes celles qu'on veut réentendre jusqu'à la fin des temps, Dance Me to the End of Love, Tower of Song, Everybody Knows, Le Partisan, que j'aime tant. Il nous a même fait Suzanne, qui est sa Manic à lui.

Son guitariste espagnol, son violoniste moldave, ses girls... Parlant de girl, de temps en temps, je jetais un coup d'oeil à la mienne pour voir si elle dormait. Elle était encore dans son uniforme de l'école, où j'étais allé la chercher et où elle venait de passer une très longue journée. Tu peux dormir, si tu veux... Elle n'y pensait pas, tout au guitariste espagnol, au violoniste moldave, aux girls surtout, au vieux monsieur avec des taches sur les mains qui feule et qui rauque...

Dans 30 ans, jeune fille, tu te rappelleras vaguement qu'une fois t'es allée au Centre Bell avec ton grand-papa, mais tu ne te rappelleras plus pour quel show, tu hésiteras: c'était Cohen ou Justin Bieber?

T'es niaiseux, grand-papa.

Juste un petit peu.

TEXTO - Parlant de niaiseux, dans la rangée devant nous, il y avait une jeune femme, 20 ans peut-être, qui a passé une partie du spectacle à envoyer des textos. Elle ne me dérangeait pas, remarquez, juste la lueur de l'écran de son iPhone que j'accrochais du coin de l'oeil, mais ça ne fait pas de bruit ni rien. La plupart du temps, ça ne fait pas de bruit du tout, la niaiserie, même que des fois on l'appelle la majorité silencieuse.

CALEÇONS - L'école de ma petite-fille est dans ce quartier, entre Peel et Atwater, où je ne vais jamais. Même il y a 50 ans, jeune immigré, je le fuyais d'instinct. Ce n'est pas Montréal, c'est n'importe quoi. C'est la rue de Rivoli à Paris, c'est Market Street à San Francisco: des boutiques et, dans les boutiques, des bougalous chromés et des bougalouses attifées. Donnez-moi une seule bonne raison d'aller dans ce quartier. On me dit un commencement de quartier chinois rue Sainte-Catherine entre Guy et Atwater, mais à part ça? Une bonne librairie? Un magasin de vélo?

Une bonne pâtisserie, dites-vous? De biais avec le Musée des beaux-arts? Ah oui, je vois: Olivier Potier, «ce petit génie de la pâtisserie», a écrit un collègue d'un autre journal, récemment...

On sait que Montréal manque cruellement de grands pâtissiers comme il y en a encore en France, même dans les petites villes de province - ce disant, me voilà qui salive rien qu'à évoquer la pâtisserie Royalty à Tarbes, la pâtisserie Caffet à Troyes, une autre à Sens, une autre à Provins... Mais revenons à notre génie montréalais. J'y allais pour la première fois.

Bonne première impression... Sinon du génie, de l'inspiration et de la légèreté dans la crème au beurre du Paris-Brest. J'aurais dû m'en tenir là. Tout s'est effondré avec l'éclair à la pistache, absolument aucun génie dans cet éclair-là, que du bourratif et du bling-bling; d'ailleurs, je ne l'ai pas fini.

C'est rare que je ne finis pas une pâtisserie, surtout à 7$ pièce. Pardon, à 6,95$. Finalement, c'est ce qui m'a le plus irrité: 6,95$ au lieu de 7$. Quand t'as le culot de demander sept piastres pour un éclair, assume-le, demande pas 6,95$ comme si c'était des caleçons chez Walmart, deux paires pour 4,95$, cinq paires pour 9,95$.

Ah oui, j'ai acheté deux croissants aussi. Complètement rassis. Essayez plutôt ceux de Fous Desserts (Laurier au coin de Saint-Hubert) ou, si vous passez par Granby, ceux de Tartes et Clafoutis.

On dit merci.

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