Superstition

Pierre Foglia
La Presse

Allons bon. Mon collègue Hugo Dumas n'a pas aimé le Bye Bye, ma collègue Nathalie Petrowski si, je vous imagine tout mêlés, ah si Foglia était là, il nous débrouillerait tout ça, lui.

J'arrive! Le Bye Bye, donc. Je ne l'ai pas vu. Ma fiancée si, elle l'a regardé mais on ne peut pas se fier sur elle, c'est une fan d'Hugo Dumas, il y a quelques années il avait recommandé deux CD dans sa chronique «je lévite» (Garden State? The Last Kiss?) je sais plus, deux CD qu'elle écoute encore - t'en as pas des nouveaux à lui recommander, Hugo? -, bref, j'ai pas le droit de parler contre Hugo à la maison.

Pis, fiancée, le Bye Bye?

Bof...

C'est ce que je vous disais. Hugo a pas aimé, elle non plus.

Moi, pendant le Bye Bye, je faisais la vaisselle. C'est toujours moi qui fais la dernière vaisselle de l'année. À minuit j'embrasse ma fiancée, je l'envoie se coucher et je prends un livre.

Quand ils avaient un différend sur la direction à emprunter, ils faisaient appel à un dé en bois de chêne... c'était au tour de la femme de le lancer, elle serra le dé dans son poing fermé. Fit le geste de lancer. Son poing resta fermé au bout de son bras levé... Qu'est-ce que tu fais? dit l'homme. Tu es en train d'écrire le texte?

Chaque fois que je relis cette nouvelle, ces quatre petites pages initiatiques qui ouvrent le dernier recueil de Suzanne Jacob et lui donne son titre - Un dé en bois de chêne -, chaque fois elle me parle différemment de la mort.

C'est toujours comme ça que je finis l'année en faisant la vaisselle, et que je la commence en pensant à la mort. Une tradition? Disons une superstition qui m'a bien réussi jusqu'ici.

L'année d'avant, j'avais relu les dernières pages de Mort d'un jardinier de Lucien Suel, le jardinier meurt dans son jardin, quelqu'un vient qui l'appelle, une noix tombe du noyer, une colonne de fourmis passe déjà sur son soulier.

À PROPOS DE CE QUI RECULE, JUSTE POUR ÊTRE PLUS CLAIR - L'autre jour, j'ai loué un film français relativement récent, Potiche. Dans ce film, on nous raconte, exprès, une histoire sans intérêt, en imitant, exprès, le style des films français des années 70, un film plein de clichés exprès, surjoué exprès, bref de la merde, mais exprès.

Je me suis pompé lorsque je suis allé lire les critiques sur le Net. «Déroutant de drôlerie, réjouissant, le film le plus drôle de l'année» (Le Point), «une farce alerte» (Le Monde).

C'est ce que je voulais dire l'autre jour en disant que l'homme recule. Il ne recule pas parce qu'il fait des films nuls, parce qu'il écrit des livres nuls, parce qu'il érige des statues nulles, ça, il l'a toujours fait, il recule parce que recule sans arrêt la limite au-delà de laquelle de la merde, c'est de la merde. Même dans Le Monde.

Il suffit d'un petit second degré de rien du tout - je vais faire un film nul exprès, qu'est-ce qu'on va bien s'amuser - et la critique applaudit, même si au second degré, c'est exactement la même merde qu'au premier.

On ne juge pas de la capacité de la proposition à transposer, à transformer, on se réjouit seulement qu'il y en ait une, proposition. On se frotte les mains: yé, on n'est pas tout à fait redevenus des babouins.

Pas encore, c'est vrai.

LA LEÇON DE FRANÇAIS - Dans une récente bio de Rimbaud par Edmund White (Rimbaud, la double vie d'un rebelle), il est raconté que lorsque Rimbaud et Verlaine habitaient ensemble à Londres, ils annonçaient des cours de français donnés par eux, ensemble, et à bas prix, sans beaucoup de succès d'ailleurs.

Le lecteur qui me rapporte la chose, Marc Hyland, de s'amuser: vous imaginez! Vous arrivez à votre cours de français, et c'est Rimbaud et Verlaine qui le donnent!

Imaginons.

Entrez, entrez, monsieur Cunneyworth, je vous présente Paul, il pleure parfois des sanglots longs, ne vous inquiétez pas, c'est l'automne qui lui fait ça, moi, c'est Arthur, commençons par les voyelles, O bleu, E blanc, I rouge...

L'INVITATION AU VOYAGE - Mes résolutions de l'année? Je n'en avais pris aucune jusqu'à ce que je feuillette hier matin le dernier numéro de Géo Plein Air, et que je tombe sur ceci:

La Gaspésie, c'est pas juste affaire de paysages, c'est un direct au coeur reçu des Gaspésiens, qui ont le sens de l'accueil inscrit dans leur code génétique. Ceci aussi: les Gaspésiens ont le coeur aussi large que la mer qui les borde.

Vous ai-je déjà dit que je ne suis jamais allé en Gaspésie? Ma résolution pour 2012: ne pas aller en Gaspésie cette année non plus.

Je crois que je vais plutôt retourner au Luxembourg que ne borde aucune mer, seulement la Moselle, modeste rivière où l'on ne pêche pas du tout la morue.

LA PETITE PONQUE - Avez-vous feuilleté notre cahier des bébés 2011? Savez-vous s'ils sont pour adoption? Moi, je prendrais bien la petite ponque rousse en débardeur bleu dans le bas de la première page, c'est un mot que j'ai appris cet été, je sortais d'une pâtisserie à La Roche-sur-Yon, il y avait un type assis sur le trottoir avec un chien, il me tend la main pour mendier, je l'ignore. Vous n'aimez pas les ponques, monsieur?

Les quoi?

Les ponques...

Les punks! ah! Je lui ai donné le chou à la crème que je venais d'acheter. C'est pour dire, t'es pas obligé d'habiter au bord de la mer pour avoir le coeur large.

Pour revenir à la petite ponque de notre cahier bébés, je crois qu'elle s'appelle Hélène Bélanger, qu'elle a justement 1 an aujourd'hui, je peux la garder n'importe quand si les parents veulent aller, je sais pas, au cinéma ou chez Ikea. J'apporterai des choux à la crème.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer