La culture en 2009

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre Foglia
La Presse

J'aime bien les revues de l'année. Sans elles, se souviendrait-on que Michael Jackson est mouru en 2009? Est mouru, parfaitement. Toutes les revues de l'année l'ont passé sous silence; ce fut pourtant un évènement majeur de 2009: l'entrée en vigueur officielle de la nouvelle orthographe. On peut désormais écrire ognon ou oignon ou hognon ou hoignon, nénuphare ou nénufard; on peut écrire que l'imbécillité (ou l'imbécilité) des linguistes qui ont patenté cette réforme est incommensurable ou incaummenssurable ou inquomansurable ou inkommensurable. C'est vraiment comme vous voulez. Y a pu de faute. Soyez-en avertis: cette chronique prend le tournant de la nouvelle orthographe.

J'aime les revues de l'année, j'aime surtout faire la mienne après celle des autres; j'ai pas besoin de chercher, tout est déjà là. Ah, c'est vrai, Laliberté, Labeaume, Tiger Woods, la H1N1, Obama, les livres, la musique, le cinéma. Merci, collègues.

LES PHOQUES ET POLANSKI - Ils ont en commun de marquer la différence entre la culture québécoise et la culture européenne. Paraît que je relève très nettement de la seconde, plus perverse. Ainsi il me dérangerait moins, paraît-il, de sodomiser une gamine de 13 ans un peu saoule que de tuer un bébé phoque à coups de bâton. J'avoue que je n'avais jamais envisagé la culture sous cet angle. Vous me laissez un peu de temps pour y penser? Je vous reviens là-dessus après les Jeux olympiques.

LES MORTS - Sauf pour le magnifique hommage de VLB, il s'est dit de considérables sottises à la mort de Falardeau, le grand cinéaste, le grand écrivain, le grand polémiste. Ce ne seraient pas là des sottises si considérables si, dans la hâte qu'on a mise à encenser l'artiste, on ne devinait pas la détestation que beaucoup avaient pour l'homme. On a beaucoup entendu: je n'aimais pas l'homme mais quel grand ceci, quel grand cela. L'homme surpassait pourtant largement son oeuvre. C'est l'homme qui était grand, précisément dans son refus de la grandeur, dans sa totale subversion, même dans sa colérique intégrité qui l'a fait parfois lourdement déraper.

Les adieux qu'on a faits à Falardeau m'ont curieusement rappelé ceux faits à Claude Ryan, peut-être le plus lourd dérapage de Falardeau; on se souvient de son injustifiable «salut, pourriture», outrance qui a fait oublier que les funérailles politiques faites à Ryan sont passées, elles aussi, largement à côté de l'homme (relire à ce propos l'admirable texte de Robert Lévesque: L'incorruptible épouvantail).

LA MORT, LA MIENNE - Si je devais mourir dans les premières semaines de cette nouvelle année, j'ai demandé à ma fiancée de faire graver sur la petite boîte de mes cendres, avant d'aller l'enfouir dans la prairie: 5555.5.

J'imagine la tête des archéologues quand ils déterreront la petite boîte dans 3000 ans: 5555.5? Ils ne devineront jamais. J'ai atteint ce chiffre il y a tout juste une semaine, le 27 décembre. Pas un souffle de vent, j'avais même ôté mes gants. Le ruban brillant des petites routes, qui avaient été lavées toute la nuit par la pluie, bouclait le paysage comme un paquet cadeau, mon cadeau. Je veux bien mourir après cela, je veux bien que vous disiez n'importe quoi à mes funérailles; tenez, il ne me dérangerait même pas que ma fiancée chante un petit quelque chose en innu.

QUELQUES PERSONNAGES DONT ON A FAIT GRAND CAS EN 2009, MAIS MOI PAS TELLEMENT - Tiger WOODS. J'entendais une psy à la radio expliquer pourquoi c'était une si formidable histoire. À la fin de son explication, je me posais une question, mais pas sur Tiger Woods, sur la psy: vous habitez encore chez vos parents, madame?

Michael IGNATIEFF: je me suis trompé, il ne sera jamais premier ministre du Canada. Pourtant, Trudeau l'a été, et ils sont presque pareils. C'est l'époque qui n'est plus la même. Du temps de Trudeau, les Prairies avaient honte d'être redneck. Aujourd'hui, c'est Toronto qui a honte d'être intello.

Guy LALIBERTÉ: la preuve encore une fois que le génie pratique des grands bâtisseurs n'a rien à voir avec le génie tout court. Même que ça dérange pas du tout d'être un peu con pour bâtir un empire. Je me demande même si ça aide pas un peu.

Claude ROBINSON: justice a été rendue à ce presque martyr; je m'en réjouis pour la justice, pour lui aussi, mais... Mais comment se fait-il que je n'arrive pas à le trouver sympathique? Pas du tout sympathique. Ce n'est tout de même pas parce qu'il ressemble à Le Bigot?

Barack OBAMA: quand ça va mal, on rêve au bien; on en rêve, on en rêve, on en rêve. Et puis le bien arrive. Au bout d'un an, on ne le trouve pas si bien que ça, mais bon, on se dit que c'est quand même mieux que le mal.

Ce qui est un peu plate, c'est qu'on ne rêve plus.

Régis LABEAUME: plein de Montréalais aimeraient l'avoir à Montréal. Ça ne marcherait pas. Je ne dis pas qu'on ne peut pas le sortir de Québec, je suis sûr qu'il serait aussi un maire exceptionnel à Besançon, à Bar-le-Duc, à Wichita au Kansas, à Campobasso en Italie, mais pas dans une grande ville comme Montréal; son leadership de type résolument tribal ne peut fonctionner que là où il y a une tribu, des aborigènes, des «natifs» constitués en une petite bourgeoisie qui mène la tribu justement et la chambre de commerce. Dans une grand ville comme Montréal, c'est mieux pas de maire du tout comme en ce moment.

DEUX MINUSCULES ÉVÉNEMENTS CULTURELS QUI N'ONT RIEN CHANGÉ À LA CULTURE MAIS JE N'EN SUIS PAS SI SÛR - En date du 19 décembre, le Conseil des arts et des lettres du Québec a annoncé que Mme Marie DuPont avait été nommée présidente du conseil d'administration dudit Conseil. Mme DuPont, précise l'avis de nomination, possède une connaissance approfondie des grands enjeux de la mondialisation... Ah ben.

Je comprends que c'est une nomination administrative, mais bordel de Dieu, c'est pas une usine de chaussures. Peut-on nous dire si Mme DuPont possède aussi une connaissance approfondie de la littérature québécoise? Ça tomberait drôlement bien, je trouve.

L'autre minuscule nouvelle culturelle n'a en apparence aucun lien avec la première, mais de cela non plus je ne jurerais pas; je vous laisse en juger: le bar St-Jacques, à Saint-Jean-sur-Richelieu, cherche des lutteuses pour lutter dans le Jell-O. «Pour s'amuser», précise la petite annonce dans le journal Le Richelieu. Légère rémunération.

LES LIVRES - Les 10 meilleurs livres de la décennie, déclinait mon journal l'autre jour. Vous vous rappelez vraiment tous les livres que vous avez lus depuis 10 ans? Vous arrivez à en choisir 10? Mais ma vraie question: comment faites-vous pour inclure dans les 10 meilleurs livres que vous avez lus en 10 ans le Da Vinci Code? L'attentat? Je vous accorde que La route est un bon roman, mais vous le classez avant Les années? Avant Les Bienveillantes? Avant La Tache? Allez, avouez-le, vous vous êtes dit: on va faire gueuler le vieux.

LA MUSIQUE - Lisant vos listes, me vient une question: le rock, ça existe encore? Pas Arcade Fire, pas Radiohead; le rock, voyez ce que je veux dire? Posons la question autrement: y a-t-il quelque part quelque chose qui ressemble à du Stevie Ray Vaughn? Qui lui-même, à l'époque (1980-1990), ressemblait à tout ce qui se faisait. The Sky Is Crying revisité par SRV, ce rock-là, voyez, il existe encore ou il est mouru, lui aussi?

Anyway, faute de rock, j'ai fait un grand retour vers Ferré. Quand je n'en peux plus de son maniérisme, je l'écoute encore mais chanté par Testa ou Philippe Léotard.

Vous allez rire de moi, je capote depuis un an sur les premiers textes de Vincent Delerm, auquel j'ai résisté longtemps tant son père, l'écrivain Philip Delerm, me tombe sur les nerfs. Bêtement, je me disais que le fils devait être aussi nul. Que non. Je ne suis pas loin de considérer la chanson qui a pour titre Patrick Modiano comme une des chansons les plus parfaites jamais écrites en français.

Les tounes que j'ai le plus écoutées en 2009: Désemparé, de Miron, chanté par Plume, de l'album 12 hommes rapaillés. Du même album, du même Miron, La route que nous suivons, par Louis-Jean Cormier. Patrick Modiano, de Vincent Delerm. Le phalène, de Martin Léon. Rue de Ménilmontant, de Camille. Voodoo Child revisité par Harry Manx. Le bateau espagnol, Ferré.

FILM - Le film que j'ai le plus regardé en 2009 (comme en 2008, en 2007, en 2006, etc.): Dogville. J'y retourne chaque fois que le bon sentiment m'englue, après la lecture des pages Forum, par exemple.

TÉLÉ - Ma grande découverte en 2009: trois séries américaines incroyables, Weeds, Madmen, The Wire; Weeds surtout. Incroyable que celle-là soit américaine. Vous êtes sûr que ce ne sont pas des Européens pervers qui sont derrière ça? Il faudrait leur faire passer le test: qu'est-ce que vous préférez? Sodomiser une gamine de 13 ans ou tuer un bébé phoque à coups de bâton?

La H1N1 - J'avais annoncé que j'irais me faire vacciner pour toutes sortes de raisons, dont celle-ci: ne pas me retrouver dans le camp des illuminés et des granoles. À cela un lecteur, Bruno Laforest, me répond dans un très succinct courriel reçu quelque jours plus tard:

1 - Va chier.

2 - Meurs du vaccin, crisse d'ordure.

Voilà c'est tout, amis lecteurs. Je vous souhaite une bonne et heureuse année, à vous aussi, M. Laforest. Je suis sûr que vos mots ont dépassé votre pensée, ce qui ne doit pas être bien difficile. Je vous embrasse tous.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer